Critiques Cinéma

APOCALYPSE 2024 (Critique)

SYNOPSIS: À la suite d’une guerre ayant opposé l’Est et l’Ouest en l’an 2007, la Terre a été ensevelie. Dix-sept années ont passé. La planète ressemble à un désert habité par des vagabonds qui se disputent les restes de l’ancienne civilisation. Vic, un jeune garçon d’une vingtaine d’années, est l’un d’eux. Il a pour compagnon un chien (Blood), qui parle et comprend le langage des hommes et qui est à la fois son confident et son précepteur.

Nul besoin d’être Sherlock Holmes pour deviner qu’Apocalypse 2024 va vous emmener dans des terres désolées après de tragiques et dévastateurs évènements : vous risquez malgré tout d’être surpris en découvrant le produit final. Réalisé par L.Q. Jones, le long métrage sorti en 1975 est l’adaptation de la nouvelle A Boy and His Dog (qui est d’ailleurs également le titre original du film, que nous préférons au titre français) d’Harlan Ellison publiée en 1969 (et également disponible en bande dessinée). Le film, injustement méconnu, est un objet que nous trouvons extrêmement intéressant à bien des égards, et nous ne saurions trop vous conseiller de le découvrir, en particulier les aficionados des dystopies. L’histoire regorge en effet d’idées et ce dès son postulat de départ : un garçon (Vic), et son chien télépathe (Blood), arpentent un monde apocalyptique, chacun donnant un coup de pouce à l’autre pour survivre et passer le temps. Entre respect mutuel, chamailleries et prises de becs dignes d’un vieux couple, leur affection réciproque est bien dissimulée derrière le marché qu’ils ont plus ou moins conclu ensemble : leur relation reposera sur le donnant-donnant, chacun pouvant être utile à l’autre pour sustenter ses besoins naturels. Blood est le cerveau qui repère et analyse, Vic le débrouillard zélé qui exécute quand il n’en fait pas qu’à sa tête. Dès le départ, sous la forme d’une brève leçon d’histoire du chien à son camarade d’infortune, le film nous brosse un rapide tableau des évènements qui ont transformé le monde en cet immense bac à sable teinté d’insécurité et de sauvagerie.

Ainsi après une troisième guerre mondiale chaude et froide, qui a duré de 1950 à 1983 entre l’Est et l’Ouest, une quatrième guerre mondiale a eu lieu en 2007 : elle a duré 5 petits jours, le temps nous l’apprenons, que des missiles quittent leurs silos et atteignent leurs cibles respectives. Depuis, le monde est plongé dans un capharnaüm absolu qui nous rappelle celui des suites du premier Mad Max. Nous retrouvons bien évidemment ici toutes les craintes liées au contexte de guerre froide de l’époque, où chacun avait le loisir de s’imaginer le pire en cas d’offensive de l’une ou l’autre des grandes puissances. Et c’est (entre autres) ce qui est intéressant avec ce film qui aurait mérité de durer plus longtemps (il ne fait qu’1h30) : avec une facilité déconcertante et un naturel à toute épreuve il nous amène un background ainsi que des modes de vie pour bien planter le décor. Les habitudes des autochtones sont ainsi mises en avant : au-delà de l’aspect survie, ces derniers paient pour accéder à un cinéma de fortune érigé au milieu de nulle part, et visionner des vestiges réchappés de l’ancien temps (dont des films pornographiques). Outre ce genre d’habitudes plutôt communes, nos héros ont aussi les leurs et pas des moindres car tout cela est de surcroit immergé dans un bain d’une immoralité totale : les choix, les coutumes, et les attitudes des personnages sont tout à fait égoïstes et dissolus. Mais puisqu’ils évoluent dans un monde pleinement immoral où les bas instincts ont repris le dessus, ils n’ont rien d’anormaux et ne nous empêchent pas d’éprouver pour eux un minimum d’empathie. Vic et Blood ne sont pas meilleurs que les autres, ils ne sont aucunement des héros, ils font juste leur petit bonhomme de chemin à leur façon. Le chien étant télépathe, il peut sonder les alentours pour aider Vic à rester en vie, en le prévenant de la présence d’individus à proximité, de leur nombre, et le cas échéant de leur emplacement approximatif. Vic a néanmoins très vite détourné ce « don » à son avantage afin que Blood lui trouve des femmes (qui se font rares) et qu’il puisse combler ses besoins primitifs avec lesdites dames, quitte à les violer de façon totalement décomplexée et détachée s’il le faut. C’est là où le film est aussi brillant : il nous amène des postulats sans chercher à excuser les personnages et sans nous faire broncher. C’est comme ça et puis c’est tout. C’est d’ailleurs amené d’une façon si légère et un brin naïve, que dans ce nouveau monde plus rien ne semble grave, le pire étant déjà arrivé. Le chien évoque également l’au-delà, une oasis qui existerait quelque part et qui serait l’équivalent d’un paradis, une terre promise où tout serait beau et possible ; endroit dont il a bien du mal à légitimer l’existence auprès de Vic qui n’a rien connu d’autre que le sable.

Le chien télépathe apparaît d’emblée comme la mémoire d’un monde dont la culture est morte en même temps que ses hommes, les souvenirs de la société d’avant comme cultiver des fleurs ou faire pousser ses légumes relevant pour Vic davantage du mythe ou des affabulations d’un vieux cabot, que du souvenir, même si Blood ne se décourage pas pour faire intérioriser ces connaissances à son camarade. Si Blood a certes le savoir et un côté philosophique qui lui donne une stature de mentor, cela ne l’empêche pas de faire des blagues d’un cynisme absolu totalement en phase avec son monde actuel et de ne pas respecter pour un sou la dignité des êtres humains qui vont croiser son chemin (donner des femmes en pâture à Vic ne semble lui poser aucun cas de conscience). Quant à Vic il est l’archétype du jeune homme qui n’a rien connu d’autre que la surface malade et dévastée : il est immature, ne réfléchit pas beaucoup et se contente la majorité du temps d’écouter les pulsions dictées par son corps (et plus particulièrement ses pulsions sexuelles qui le guident énormément).

Le film se découpe en trois parties bien distinctes de durées assez équivalentes qui permettent de voir différentes facettes de ce qui subsiste après l’Armageddon. A la manière d’un La Machine à explorer le temps de H. G. Wells, le film va opposer deux visions du monde (on avait déjà rapidement eu l’Ouest et l’Est pour les guerres mondiales au début du film) : le monde de la surface, et celui qui se trouve sous terre. L’occasion pour Apocalypse 2024 de nous faire radicalement voyager en peu de temps. Nous ne dévoilerons pas les détails de chacun de ces deux « mondes » afin de vous laisser des surprises mais gageons que si un jour quelqu’un se décidait à faire un remake d’Apocalypse 2024 il y aurait énormément de choses intéressantes à approfondir. Le film semble avoir été fait avec quelques dollars et beaucoup de bricolage mais il n’en reste pas moins un objet riche en termes d’idées, ces dernières pouvant largement être peaufinées dans leur mise en œuvre afin de donner à l’ensemble un aspect moins guignolesque, moins décousu et moins expédié.

Jusqu’à sa chute où l’immoralité règne en maître, le film se démarque du lot en traitant les pires horreurs avec une large désinvolture. Nous ne pouvons qu’espérer dans le futur la réalisation d’un remake, à condition que celui-ci garde l’impunité des agissements de ses personnages en son sein…mais vu le produit fini et l’actualité du moment, rien n’est moins sûr (la façon dont sont traitées les femmes dans le film ne nous apparaît pas forcément réitérable actuellement car ici elles ne sont pas représentées comme des femmes fortes et rebelles à la The Handmaid’s Tale et il semble de mauvais ton ces derniers temps de prendre trop de risques). Un tel ovni, comme il existe aujourd’hui, risque de rester longuement au placard sous les coups de l’oubli ou de l’édulcoration.

Titre Original: A BOY AND HIS DOG

Réalisé par: L.Q. Jones

Casting : Charles McGraw, Alvy Moore, Jason Robards, Don Johnson …

Genre: Science fiction, Comédie

Sortie le: 21 avril 1976

Distribué par: –

TRÈS BIEN

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s