Critiques Cinéma

SEA OF LOVE (MÉLODIE POUR UN MEURTRE) (Critique)

4 STARS EXCELLENT

SYNOPSIS: A New York. En l’espace d’une semaine, deux hommes qui organisaient leurs rendez-vous amoureux par l’entremise d’un magazine spécialisé sont assassinés. Frank Keller, un policier intègre mais usé depuis sa rupture avec sa femme, est chargé de l’enquête. Il organise alors des rencontres avec les nombreuses correspondantes des victimes. C’est ainsi qu’il va rencontrer Helen dont il tombe amoureux mais qu’il ne peut s’empêcher de soupçonner d’être la meurtrière.

Réaliser un film avec un acteur dont la carrière est riche de rôles inoubliables dans des longs métrages qui, pour la plupart d’entre eux, ont profondément marqué le public, la critique et même l’histoire du cinéma est à priori, évidemment, une grande chance. Cela peut aussi s’avérer, sur le long terme, toute proportion gardée, une forme de malédiction, valant au dit film de n’être jugé qu’à l’aune des sommets de la filmographie de ce prestigieux interprète dont les plus grands accomplissements prennent toute la lumière. Cette chance a frappé plusieurs fois à la porte de Harold Becker, avant même d’avoir pu compter dans son casting Al « Tony/Michael/Sonny/Frank » Pacino, lequel sortait de la plus longue période d’inactivité de sa carrière, 4 ans après le très moyen Révolution (Hugh Hudson, 1985). Avant lui, Harold Becker avait donc fait tourner James Woods (Tueur de Flics, 1979 et État de Choc, 1988 ), Georges C.Scott (Taps, 1981), ou encore Matt Dillon (La Gagne, 1987) et de ce point de vue son CV n’a pas à pâtir de la comparaison avec bien d’autres de ses confrères dont l’aura est pourtant supérieure. Mélodie Pour Un Meurtre, comme ces précédents films, ne sera que rarement cité en évoquant la filmographie de son célèbre acteur. Au delà de la qualité réelle du film qui ne souffrira que d’être comparé à des chefs-d’œuvre, c’est à nos yeux une injustice, tant s’agissant de l’interprétation de Pacino qui lui vaudra une nomination aux golden globes, que de l’importance que ce rôle eut pour lui dans une décennie qui avait sérieusement fait pâlir l’étoile de celui qui fut l’un, sinon le roi de la précédente (il faut se rappeler que tout comme Révolution, Scarface fut nommé au Razzie Awards et qu’on était encore bien loin de parler de rôle culte dans un film qui ne l’est pas moins).

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De même qu’il vit dans l’ombre des plus grands rôles de son interprète, Mélodie pour un Meurtre vit dans celle de deux films qui appartiennent à ce même genre, alors en vogue, à la fin des années 80 et début des 90. Avec Liaison Fatale (Adrian Lyne, 1987) et Basic Instinct (Paul Verhoeven, 1992), Mélodie pour un Meurtre est le porte étendard de cette vague de polars hautement chargés en tension sexuelle, se construisant sur une trame de film noir dans laquelle l’archétype de la fameuse femme fatale est poussé à son paroxysme, quitte à assumer de flirter avec une certaine vulgarité que seule une grande interprète pourra transcender et  Ellen Barkin est assurément de cette trempe. Au delà de l’habilité d’un scénario qui parvient à ménager le suspense en jouant sur l’ambiguïté de la culpabilité de celle qui est d’abord décrite comme une « chasseuse d’hommes », c’est bien la performance de Barkin et l’incroyable alchimie de son duo avec Al Pacino qui crève l’écran et fascine. Il y a plus de tension sexuelle dans un de leurs échanges de regard et d’érotisme dans leur scène d’amour que dans l’immense majorité des films dont ce serait la seule vocation.

SEA OF LOVE, from left: Ellen Barkin, Al Pacino, 1989, © Universal

Dans un mouvement de balancier continu qui nourrit chacun de ces registres, l’intime et l’enquête, le drame et le thriller sont étroitement imbriqués et se répondent l’un à l’autre, par le jeu de dialogues ciselés et de la performance d’Al Pacino qui porte dans son regard tout ce qui brûle à l’intérieur dans son personnage. Frank Keller est un détective qui arrive en bout de course aussi bien dans sa vie personnelle que professionnelle. Séparé, solitaire, rattrapé et usé par le poids des années et de son métier, il n’en est pas moins roué et charmant, aussi implacable avec les criminels que sensible au charme vénéneux de Helen Kruger. Al Pacino parvient à nous faire ressentir toute les failles de son personnage et comprendre ce contre quoi il doit alors lutter quand son attirance pour Helen lui fait prendre des risques inconsidérés pour lui, comme pour l’enquête en cours et donc les potentielles futures victimes de ce mystérieux tueur. Le jeu de Pacino est aussi minimaliste dans ce rôle qu’il était expressionniste dans Scarface. Tout passe par son regard, sa posture, sa démarche, par une somme de petits détails qui composent le personnage de l’intérieur.

Face à lui, Ellen Barkin impose son charme si particulier, loin des canons de beauté classique, dans une attitude volontairement aguicheuse mais en réalité bien plus subtile que ne peuvent le laisser penser les premières minutes où l’on découvre finalement le personnage à travers le regard de Frank. C’est là, l’une des belles réussites de Harold Becker que d’avoir poussé Barkin dans ses retranchements, quitte à se brouiller avec elle, lors de quelques scènes où il lui demanda d’aller assez loin dans le côté mangeuse d’hommes et sulfureux de son personnage. C’est en même temps que Frank que l’on découvre puis apprend à connaître Helen, en même temps que lui que notre opinion sur elle va évoluer, il est ainsi parfaitement cohérent, à notre sens, que le curseur soit d’abord poussé aussi loin, dans une caricature/projection de la femme fatale.

Mélodie pour un Meurtre ne joue pas sur une seule note et fonctionne aussi bien du strict point de vue du polar, donc du suspense crée et du danger qu’il fait peser sur ses personnages, que de celui de la comédie dramatique par l’attachement qu’il crée à Frank, Helen et même, un formidable personnage secondaire, Hank.  Interprété par le non moins formidable John Goodman, on pourrait isoler ses scènes et les revoir en boucle, en rêvant même qu’il ait pu donner lieu à un « spin-off » tellement on prend du plaisir et sourit à chacune de ses répliques. Peu de films parviennent à un dosage aussi subtil entre les différents registres qu’ils explorent et nous embarquer ainsi dans tout ce qu’ils tentent, à réussir à réinjecter de la tension dans une scène à priori plus légère.  Que l’on voit de plus grosses ficelles au moment de la résolution du mystère de l’identité du tueur et l’attachement que l’on a pour cette histoire et ses personnages nous maintient dans le récit et nous fait passer sur une facilité d’écriture. Harold Becker n’est peut être pas dans la A-List des grands réalisateurs de son époque, mais c’est assurément un excellent « faiseur » et directeur d’acteurs qui a su tirer le meilleur de son scénario et de l’inoubliable duo qu’il a eu la chance de diriger.

Titre Original: SEA OF LOVE

Réalisé par: Harold Becker

Casting: Al Pacino, Elle Barkin, John Goodman…

Genre: Thriller, Drame

Sortie le : 10 janvier 1990

Distribué par: United International Pictures

4 STARS EXCELLENT

EXCELLENT

 

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