Critiques Cinéma

UN NOMMÉ CABLE HOGUE (Critique)

SYNOPSIS: Cable Hogue est laissé pour mort dans le désert du Far West par ses collègues. Alors que tout semble le condamner, il trouve miraculeusement de l’eau. Remis sur pied, il décide d’utiliser cette source à des fins lucratives. Il débute sa nouvelle vie en suivant les conseils d’un homme louche et il rencontre Hildy, une prostituée, dont il tombe sous le charme…

1969. Le grand Sam Peckinpah réalise probablement son film le plus important The Wild Bunch (La Horde sauvage), western crépusculaire et ultra-violent qui relate le destin tragique de personnages qui ne se reconnaissent plus dans ce « nouveau » monde. La scène finale associée au meurtre de Sharon Tate et le festival d’Altamont viennent mettre un terme brutal à cette époque de révolution libertaire et de flower power. 1970. Peckinpah entre dans cette nouvelle décennie avec un film qui ne restera pas comme le plus souvent cité dans sa filmographie majuscule : Un nommé Cable Hogue. Le réalisateur américain introduit toujours ses thèmes de prédilection mais à l’opposé de La Horde sauvage, il le fait avec un ton beaucoup plus léger comme si la démesure de son précédent film l’avait épuisé. Qu’on se rassure, Peckinpah tournera un an plus tard le terrible Straw Dogs, (Les Chiens de Paille) qui entrainera une vive polémique sur la représentation de la violence au cinéma. Ce Cable Hogue peut donc être considéré comme une récréation pour ce metteur en scène colérique à la réputation sulfureuse. Un nommé Cable Hogue est historiquement très intéressant puisque l’action se déroule juste avant la révolution de l’automobile sur le territoire américain. Ce n’est donc pas encore l’ère du pétrole roi mais encore des chercheurs d’or et d’eau. Cable Hogue fait partie de ces chercheurs avec ces deux comparses. Malheureusement leur maigre découverte les amène à abandonner lâchement Cable au milieu du désert. C’est finalement grâce à cet abandon et dans un dernier geste désespérée que notre héros va découvrir une source d’eau. Cette entrée en matière ne correspond pas véritablement à l’ambiance générale du film, plus frivole. En effet, Peckinpah utilise une imagerie souvent cartoonesque (un montage accéléré, un objet qui bouge) ou l’utilisation de situations propres au théâtre de boulevard avec ce mari trompé qui cherchera vengeance pour se détacher un maximum de son précédent film qui privilégiait le ralenti et les situations réalistes. Le personnage principal correspond parfaitement à l’archétype du héros des 70’s. Un type finalement assez banal qui ne cherche qu’à vivre le rêve américain et qui s’y cassera les dents. Interprété par le charismatique Jason Robards ayant vraiment le physique de l’emploi, ce personnage est à la fois bourru et attachant. Après La Horde sauvage, film au casting XXL, Peckinpah se concentre donc sur un seul personnage à travers ses diverses rencontres.

Le metteur en scène cherche une nouvelle fois à casser les codes du western puisque le film va là où on ne l’attend pas. On pense dans un premier temps à une simple histoire de vengeance puis on se tourne rapidement vers un film centré sur une utopie avec la création de ce Cable Springs, territoire créé autour de ce puits pour enchainer sur une grande histoire d’amour et revenir vers le western classique. A travers tous ces changements de ton, on sent le réalisateur totalement libre de traiter les sujets qui lui tiennent à cœur : la violence des relations humaines dans un premier temps avec ce lâche abandon, l’hypocrisie de la religion dans un second temps avec ce prédicateur louche et pervers interprété par David Warner et enfin la déception amoureuse. C’est dans cette sorte de troisième partie que le film devient très émouvant.

Cable croise Hildy, une prostituée (interprétée par Stella Stevens), lors de son passage en ville pour faire reconnaitre sa désormais propriété. Leur relation sera le fil conducteur du récit. Sans oublier le côté sexuel de ladite relation (Cable ne peut s’empêcher de plonger dans le décolleté d’Hildy et la caméra de Peckinpah avec lors de leur première rencontre) qui ramène bien à cette époque de libération sexuelle, le metteur en scène construit au fur et à mesure une formidable chronique amoureuse toute en pudeur. Ayant eu maille à partir avec Hildy lors de leur premier rendez-vous, Cable s’attachera finalement à cette fille insolente qui comme lui est une individualiste forcené. Malgré ce trait de caractère, ces deux êtres vont vivre durant trois semaines une idylle qui leur était auparavant interdite. Magnifiquement accompagné par des mélodies chantées par les acteurs eux-mêmes, ce passage est un des moments forts du long-métrage. D’autant que le naturel revenant vite au galop, c’est finalement Hildy qui partira pour découvrir un monde meilleur à San Francisco.

La rédemption sera également un des thèmes majeurs de la décennie qui s’ouvre. Pour la seconde fois, notre héros épargne la vie de ses anciens comparses et préfère sauver son âme en déléguant sa fructueuse affaire à un de ses anciens bourreaux. L’amour l’a définitivement changé et lui a fait changer ses priorités. C’est finalement par un coup du sort dû à cette foutue modernité que Cable verra tout son monde s’effondrer alors que le bonheur avec Hildy lui tendait enfin les bras. Fin tragique mais peu étonnante de la part du réalisateur qui annonce par là même les thèmes de la décennie la plus intéressante de l’histoire du cinéma US.

Titre Original: THE BALLAD OF CABLE HOGUE

Réalisé par: Sam Peckinpah

Casting : Jason Robards, Stella Stevens, Strother Martin …

Genre: Western, Comédie, Romance

Sortie le: 13 mai 1970

Distribué par: –

EXCELLENT

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