Critiques

YOU (Critique Saison 2) Lourd à digérer…

You était passée sous le radar lors de sa diffusion l’an dernier sur la chaine Lifetime, se faisant annuler au bout d’une saison de 10 épisodes. La série adaptée des romans de Caroline Kepnes ne doit son salut qu’à Netflix qui, ayant flairé le bon filon, a racheté les droits de la série pour la diffuser fin 2018 sur sa plateforme. Résultat des courses : ce plaisir coupable, diffusé entre Noël et le jour de l’An, a vite remporté en plus d’une saison 2 un certain bouche-à-oreille, offrant un nouveau rôle symbolique à Penn Badgley, quelque peu en difficulté depuis la fin de Gossip Girl. La première saison de You était intéressante car elle prenait le parti de suivre Joe, un libraire new-yorkais aux obsessions malsaines voire carrément dangereuses pour les femmes qui l’attirent. Sa proie de la première saison, Beck, en avait fait les frais dans un final morbide et sombre, faisant définitivement comprendre au spectateur que sous sa bouille de nice guy, Joe est un prédateur comme un autre… Et comme il peut en exister des dizaines autour de nous. Pour autant, si le message de la série était explicite quant à la nocivité que Joe représente, ce dernier aura quand même trouvé un public pour défendre et justifier ses actes ; nécessitant d’ailleurs que Penn Badgley lui-même rappelle que son personnage n’a rien d’un homme en détresse et que les sévices qu’il inflige sont des plus condamnables. Malgré ses imperfections scénaristiques et son manque de budget rideaux criant (les fans auront compris la référence), You parlait de choses compliquées, avec une ambiguïté fascinante pour une série aussi soapesque. C’est donc avec curiosité qu’on attendait cette deuxième salve d’épisodes, toujours narrés par la voix de Joe.

Exit New-York, Joe (ou plutôt, Will) fuit son ex Candace, aperçue en fin de saison 1, et trouve refuse dans la cité des Anges, Los Angeles itself. Nouvel appartement, nouveau petit job en attendant que la tempête Candace ne passe, Will veut remettre sa vie sur les bons rails, même s’il goûte peu la superficialité de Los Angeles et de son creux symbolisé par ses habitants. Pourtant, évidemment, ses bonnes résolutions vont être mises à la poubelle quand il va croiser le regard de Love (Victoria Pedretti). Et pourquoi changer une recette qui gagne ? Le début de saison est sensiblement similaire à la saison 1, avec Joe/Will se rapprochant dangereusement de sa proie en dépit d’un entourage plus ou moins hostile à sa présence. On retrouve encore un jeune pour accentuer la caution humaine de Joe (ici, une ado de 15 ans fan de cinéma-vérité – ça ne s’invente pas), les amis de la proie semblent peu sympathiques, et les rapports familiaux entre Love et sa famille sont compliqués. On avance donc en terrain connu, mais rapidement la machine se grippe.

Les meurtres continuent de pleuvoir, avec leur lot de justifications plus ou moins plausibles. Les twists s’enchaînent sans laisser le temps au spectateur de souffler, et la réalisation souffre toujours autant de sa platitude malgré quelques idées de montage intéressantes, signe que la série Hannibal aura marqué les esprits. Surtout, les sous-intrigues finalement peu présentes en saison 1, se multiplient ici, à l’instar des personnages secondaires. On se retrouve alors avec une sombre affaire de pédophilie dans le milieu du stand-up ; à la tragédie de Forty, le frère de Love luttant contre ses addictions et tentant de réaliser un film ; sans oublier les multiples femmes toutes aux pieds de Joe malgré son passé extrêmement lourd et le retour de Candace. Le pudding devient alors lourd à digérer. Surtout que la dimension dénonciatrice de la saison 1 est aux abonnés absents. Joe entre dans une introspection douloureuse, nécessaire mais finalement vaine de ses actes passés. Et si, évidemment, son passé avec Beck est ramené à la surface, c’est pour mieux l’effacer d’un coup de main, au nom de l’amour. La voix-off ressasse beaucoup de choses pour un résultat vite agaçant.

A vouloir dénoncer bien des abus (et évidemment, prendre le stand-up comme milieu de prédilection pour un violeur pédophile n’a rien d’anodin au vu des révélations des dernières années), You n’arrive plus à dénoncer grand-chose. Sous l’aspect satirique de Los Angeles se cache finalement une ville qui n’arrive pas à avoir le poids qu’avait New-York en saison 1. La série se loupe complètement sur l’ironie et la satire de la ville. Et pour un ou deux gags franchement réussis, l’ensemble devient vite embarrassant tant il n’a pas conscience que ses effets sont ratés et que son peu de substance devient nocif pour la crédibilité déjà fragile mais assumée de l’ensemble. Le pic étant atteint lors de l’épisode 8, hommage assumé à Las Vegas Parano mais qui n’en atteint ni la folie, ni quoi que ce soit. Surtout, ce qui fâche, c’est que là où la saison 1 prenait le parti de dénoncer les agissements de Joe envers les femmes, envers son obsession effrayante qui est injustifiable à tous les niveaux, le final de cette saison 2 impose une contre-proposition osée, pas si inintéressante mais maladroite, sorte d’apologie de ce que l’amour peut faire pardonner au détriment de beaucoup de vies humaines. Dans un contexte où environ 150 femmes ont été tuées en 2019 par leurs (ex)-conjoints rien qu’en France, la pilule de conclusion de You passe mal. Alors à voir ce que la saison 3, peut promettre. You va-t-elle encore plus assumer son aspect Dexter, ou essayer de recreuser un sillon différent ? On espère que la deuxième option sera la bonne, et que Joe n’échappera pas au destin qui doit l’attendre.

Crédits:  Netflix France

Catégories :Critiques, Séries

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1 réponse »

  1. Je ne suis pas tout à fait en accord avec toi sur les méfaits de cette série, j’en relèverai d’autres points.
    En revanche, il est vrai qu’il est étrange de voir fleurir des fan-girls autour de ce personnage psychotique… l’être humain et ses paradoxes. L’ouverture et l’analyses que tu glisses dans ta conclusion « Dans un contexte où environ 150 femmes ont été tuées en 2019 par leurs (ex)-conjoints rien qu’en France, la pilule de conclusion de You passe mal » est parfaite ! Merci pour cet article.

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