Critiques Cinéma

LES FILLES DU DOCTEUR MARCH (Critique)

SYNOPSIS: Une nouvelle adaptation du classique de Louisa May Alcott, narrant l’histoire de quatre filles de la classe moyenne durant la Guerre de Sécession. 

On ne compte plus le nombre d’adaptations et de déclinaisons que Les Quatre Filles du Docteur March, le roman mondialement connu de Louisa May Alcott, a pu avoir depuis quelques décennies. La plus marquante en date incluait le duo Winona Ryder/Christian Bale en Jo et Laurie, marquant l’inconscient collectif des années 90 en plus de contribuer à la prospérité d’une histoire vieille comme le monde, toujours découverte par les nouvelles générations aujourd’hui. D’une certaine manière, chaque génération mérite une nouvelle adaptation de cette histoire. Et pour ouvrir en beauté la décennie 2020, le 1er janvier sort une nouvelle adaptation concoctée par Greta Gerwig, à la réalisation comme au scénario. Accompagnée d’un casting mêlant ancienne comme nouvelle garde d’Hollywood, comment Gerwig parvient-elle en moins de 2h30 à condenser tout l’esprit d’une saga se déroulant sur plusieurs années ? Quiconque a vu Lady Bird, le premier essai en tant que réalisatrice de Greta Gerwig, sait que la jeune femme à la double-casquette aime les portraits de jeune fille, se dirigeant vers l’âge adulte dans un mélange de confusion, d’incompréhension des parents, de peur de l’avenir… Bref, l’adolescence, cet âge compliqué à tous les niveaux. Les Quatre Filles du Docteur March, œuvre de coming-of-age par excellence, semblait être l’évidence même pour Gerwig. Et dès la première scène, cela se ressent : au-delà de raconter une histoire connue, le film semble aussi presque autobiographique par moments, décrivant bien les difficultés de se frayer un chemin dans un environnement de travail fortement masculin, où les histoires féminines ne semblent pas être légitimes à être racontées. De la même manière que Louisa May Alcott était Jo March, Greta Gerwig est Louisa May Alcott... Qui est donc, elle-même, Jo March. Le méta féministe à son meilleur.

Cette note d’intention dans l’introduction donne le ton d’un film frontalement engagé pour l’indépendance et la légitimité des femmes dans n’importe quel corps de métier. Qu’il s’agisse de Jo March, future romancière, ou même Amy March, passionnée de peinture, chaque sœur de cette famille March, composée uniquement de quatre sœurs aux intérêts différents mais à l’amour indéfectible les unes pour les autres, veut vivre de sa passion, en dépit des convenances patriarcales dans une Amérique des années 1860 ravagée par la guerre de Sécession. Maternées par leur mère Marmie, leur tante March et bientôt entourées par le jeune Laurie, les sœurs vont donc apprendre à conquérir leur indépendance, tout en jonglant avec leurs devoirs et leurs passions. Un gros programme donc, que Greta Gerwig prend le parti de fractionner pour conférer au film un aspect davantage thématique que chronologique. Scindant son récit pour alterner entre passé et présent, le film surprend par ses audaces de montage, lui conférant une modernité que n’ont pas les autres adaptations. Ce montage permet de mieux se concentrer sur les personnages et leurs différentes épreuves : tandis que Jo a le droit à un segment sur sa relation amicale avec Laurie, ce sera plus tard Meg qui aura le droit à la lumière, illustrant son parcours entre adolescente et adulte couronnée par l’amour et les difficultés financières. Cela contribue à une harmonie entre les différentes intrigues qui permet un attachement à chaque sœur. Les puristes seront tout de même ravi.es de constater qu’en dépit du montage légèrement différent, Amy reste une vraie peste, même si le scénario de Gerwig lui confère davantage de sensibilité. A ce jeu-là d’ailleurs, si Saoirse Ronan sonne comme une évidence en Jo March, c’est Florence Pugh qui tire le plus son épingle du jeu et impose son Amy comme une figure forte, voire attachante. Elle a l’un des parcours les plus intéressants du film, et son alchimie avec les autres acteurs et actrices est phénoménale. De manière générale, le casting est un sans-faute. Laura Dern est superbe en Marmie, mère-courage dotée d’un grand cœur. Même Emma Watson, pour lesquels certains avaient un peu de mal, s’impose naturellement en Meg March malgré le fait qu’elle soit en retrait des autres. Quant à Eliza Scanlen, la révélation troublante de Sharp Objects, elle est une Beth fragile mais attachante, ce qui rend la fin de l’histoire d’autant plus marquante.

Car même si on connait tous et toutes l’histoire, qu’on aimerait forcément, par exemple, voir l’issue de la fameuse discussion entre Jo et Laurie prendre une tournure différente, c’est toujours un plaisir de voir une œuvre jongler aussi habilement entre thématiques personnelles et immense respect de l’œuvre initiale. Chaque personnage a un parcours auquel on peut s’identifier, et plus que jamais il est difficile de ne pas comprendre l’envie d’indépendance de Jo, pourtant tiraillée entre cette précieuse notion et ses sentiments mêmes. Et le tout est fait avec un immense soin, et une grande douceur. La bienveillance que Grewig ressent envers ses personnages, même les moins vertueux, est contagieuse. En ces temps cyniques et désabusés, voir un film sincèrement vibrer pour l’émancipation de ses personnages est salvateur. Et surtout, au-delà même de cette absence de jugement, Greta Gerwig réaffirme la liberté de chaque femme à vouloir un chemin de vie différent, avec les personnes qu’elle seule devrait choisir à ses côtés. Un féminisme somme toute vieux comme le monde, et comme le livre, mais cela ne fait jamais de mal de rappeler certaines évidences. Enveloppé dans un score délicieusement tendre d’Alexandre Desplat, et mis en scène avec nettement plus de soin que Lady Bird, cette nouvelle adaptation des Quatre Filles du Docteur March est un vrai régal de cinéma, aussi doux qu’un chocolat chaud parsemé de crème chantilly et accompagné de scones. La preuve éblouissante qu’avec des talents tous au sommet de leurs capacités, une histoire vieille de 150 ans peut encore avoir une résonance des plus actuelles. A ne pas rater pour commencer 2020 en beauté !

Titre Original: LITTLE WOMEN

Réalisé par: Greta Gerwig

Casting : Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh …

Genre: Romance, Drame

Sortie le: 1er janvier 2020

Distribué par: Sony Pictures Releasing France

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4 réponses »

  1. Et bien, j’ai commencé l’année 2020 en beauté puisque je suis allée voir ce film avec ma fille ! Votre critique m’a permis d’élargir ma réflexion sur cette œuvre et je vous en remercie. Je suis d’accord avec vous, Florence Pugh, que je ne connaissais pas, propose une autre proche de Amy, la petite peste de la fratrie !

  2. Avec mes excuses, je suis allée trop vite, c’est approche et non proche que je voulais écrire !

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