Critiques

MORTEL (Critique Saison 1) Une jolie réussite…

SYNOPSIS: Dans un lycée de banlieue, Sofiane, Victor et Luisa, trois ados que tout oppose, se retrouvent liés par une force surnaturelle incontrôlable. Unissant leurs nouveaux pouvoirs vaudou pour retrouver le frère de Sofiane, le trio découvre que l’amitié au lycée est surtout un moyen de survie…

2019 fut une année probablement clef dans le monde de la série française. On a vu naître sur la plateforme Netflix des productions inédites, qui donnent espoir en un renouveau frais et percutant des réalisations françaises, notamment dans le genre. Récemment, c’est la série Marianne qui a fait parler d’elle, en installant une histoire de sorcière bien réalisée, écrite et incarnée. Et sur cette belle lancée a été mise en ligne la saison 1 de la toute nouvelle série originale Netflix bleu blanc rouge : Mortel. Mortel raconte l’histoire de Sofiane, un ado qui tente de résoudre le mystère de la disparition de son grand frère Reda, de Victor, un jeune solitaire sortant à peine d’un séjour en hôpital psychiatrique après une tentative de suicide, et de Luisa, baignant depuis sa naissance dans un univers mêlant vaudou et autres arts mystiques. Leurs vies seront chamboulées et liées par l’arrivée dans leur quartier d’Obé, une entité divine qui leur octroie des pouvoirs après avoir passé un pacte avec eux. L’objet de ce pacte : savoir la vérité sur ce qui arrive à Reda.

Mortel se pose comme une série ado, autant de par les thèmes qu’elle explore que par le public qu’elle semble viser. Et dire ça d’un show n’a rien de péjoratif, car chaque production a son audience cible, celle qu’elle cherche à faire vibrer, et surtout à laquelle elle veut parler. La série a ça de notable qu’elle transcrit les problèmes et dysfonctionnements d’une génération, autant que ses particularités et ses caractéristiques. Mortel est un reflet de la jeunesse qu’elle dépeint, et est plus juste et profonde que ce qu’elle paraît être. Ce qui marque en particulier, et ce dès le premier épisode, c’est sa mise en scène et son style de cadrage. Gourmand en caméra épaule et en mouvements aussi rapides que parfois déstabilisants, certains spectateurs auront du mal à passer outre ces décisions, et on pourra certainement lire des comparaisons peu flatteuses (et peu justifiées, on en conviendra) avec un format peut-être « amateur ». Car, c’est parfois vrai, le manque de budget peut se faire ressentir, mais quand l’honnêteté du propos et l’efficacité de l’écriture sortent autant du lot, on oublie les cadrages à quelques instants hasardeux, et on se laisse prendre au jeu. Le tout pulsé par une BO colorée et aussi éclectique que juste, on ne peut qu’avouer le plaisir qu’on prend devant ces épisodes.

Mortel, à travers ses histoires de Dieu, de monde de l’au-delà et de pouvoirs magiques, parle avant tout de l’adolescence. De ce moment fatidique ou tu dois choisir ta place (sauf si on te l’impose). En ça, Mortel est un show ado qui doit énormément à l’écriture de ses personnages, et à leurs interactions. À travers eux, la série parle de harcèlement (social et sexuel), de dépression adolescente, de la question de l’héritage face au désir de liberté… D’un côté, on a un Sofiane impulsif, parfois manipulateur et direct, qui va être mis en confrontation dans le scénario avec le personnage de Victor, timide, solitaire et -probablement un peu plus que Sofiane– réfléchi. Leurs courbes d’évolution au cours de la saison se croisent et se complètent avec beaucoup de justesse, pour leur permettre de découvrir qui ils sont en réalité. Car toute la trame de la saison se mue en un récit d’initiation, où la quête d’identité est au centre de l’histoire. De son côté, Luisa essaie de suivre son propre chemin alors que sa grand-mère a d’autres plans pour elle. Tout en se basant sur une histoire aussi efficace que divertissante, Mortel est une jolie réussite.

Ça passe aussi par un casting attachant, mené par le trio Carl Malapa/Nemo Shiffman/Manon Bresch (Sofiane, Victor et Luisa). Ils trouvent une alchimie évidente tout en parvenant à briller chacun leur tour. L’ambiance créée, entre réalisme à la Kechiche et ésotérisme ado à la Stranger Things (pour citer une autre série Netflix), trouve un équilibre précis et qui attrape très vite le spectateur. Car Mortel dégage cette sympathie si caractéristique des séries françaises de genre (qui font office de propositions rafraîchissantes et originales), en faisant la part belle à de jeunes comédiens débutants bourrés de talents soutenus par un script joliment écrit et qui donne directement envie de voir la suite des événements. En ça, la France et Netflix ont bien fait de se trouver. Et on ne peut qu’espérer que ça continuera sur cette lancée.

Crédits : Netflix France

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