Critiques

MYTHO (Critique Saison 1) Un bon début avant un ennui poli…

SYNOPSIS: Elvira Lambert vit avec sa famille dans une banlieue pavillonnaire aux rues paisibles et aux jardins proprets. Entre un mari qui ne la regarde plus, trois enfants dont deux en crise d’adolescence et son boulot dans une agence d’assurances tenue par un patron odieux, Elvira est au bout du rouleau. Elle se sert alors de son rendez-vous chez le radiologue pour une mammographie de contrôle afin d’attirer l’attention des siens…

Avec Mytho – que l’on pourrait sous-titrer par 50 nuances de mensonges – Fabrice Gobert (Les Revenants, Simon Werner a disparu) se lance dans l’exploration satirique, sur un scénario d’Anne Berest, du quotidien aux tracas tout à la fois banals et inattendus d’une famille moyenne au sein de laquelle chacun a ses petits arrangements avec la vérité. Et c’est effectivement frappant dans le premier épisode : au beau milieu de personnes singulières – toutes quasi artificiellement fort singulières – qui se donnent le droit d’exister et d’exprimer leur marginalité, la seule qui ne parvient pas à faire entendre sa voix – et ce, littéralement – la seule qui paraît condamnée à ne jamais s’extirper du cadre étriqué de son petit quotidien plan-plan, suffocant et abrutissant, de banlieusarde moyenne inverse brutalement la tendance par un mensonge irréfléchi. Et cet acte non-prémédité, comme un appel au secours, une inspiration dans sa longue apnée, va avoir un étonnant effet domino dans la vie d’Elvira (Marina Hands) et un impact d’abord positif. Très vite, on prend conscience que tous les membres de la famille mentent. Sur ce qu’ils sont ou font (Jérémy Gillet), ce qu’ils savent ou non (Marie Drion), ce qu’ils promettent (Mathieu Demy), à eux-mêmes ou aux autres. Mais il suffit d’un mensonge pieux pour soudain ébranler les consciences, et générer une vague de bienveillance au cœur de ce microcosme dont les rouages étonnants vont peu à peu nous êtres révélés.

Néanmoins, passée la même impression goguenarde que l’on ressentirait face à un arroseur arrosé, on éprouve aussi rapidement une sorte d’ennui poli devant l’avalanche de complications qui s’abat sur la petite famille, dont les liens nouvellement noués ne paraissent fatalement pas pouvoir tenir. Un peu comme si, une fois la farce jouée et ayant rendu ses effets, la suite, qui se veut pourtant être le clou du spectacle, nous importait peu. Sans doute parce que l’on acquiert aussi immédiatement la certitude que ce troublant mécanisme du mensonge va finir par imploser et faire de terribles dégâts… sans que l’on en tire le moindre plaisir coupable. D’ailleurs, à partir de l’épisode 4, l’intrigue part vraiment dans tous les sens, et l’on ne sait plus bien de quel faisceau se désintéresser en premier (si, en fait : le secret de jeunesse, celui de trop, qui arrive comme une perruque permanentée dans la soupe). De même, à trop vouloir brosser en long et en large les travers des quartiers pudibonds cernés de jardins proprets, on n’obtient finalement qu’un lavis déroutant, sur lequel s’incrustent des clichés rendus incompréhensibles (la voisine qui donne dans le transcendantalisme et cautionne l’esclavage moderne par exemple). Si la série se veut fantasque, l’effet folie douce à la Gondry tombe à plat. L’avant-dernier épisode sonne le glas du capital sympathie de la série, toujours cohérente par rapport à son sujet – le mensonge et ses conséquences – mais devenue trop cruelle, trop amorale, trop pénible à regarder en somme, engluée dans sa spirale négative. Car, si tout le monde ment autour d’Elvira, tout le monde s’engage aussi dans une démarche vertueuse… à l’exception d’Elvira. L’empathie que l’on avait pour elle s’envole, remplacée par de plus en plus de défiance. A cet égard, Marina Hands est convaincante en personnage maudit, tour à tour potiche et manipulatrice, tour à tour adorée et détestée, variant de l’abnégation à l’égocentrisme dévastateur. Son personnage lancé en mode autodestruction est destiné à imploser en plein vol, et l’on n’a curieusement pas du tout envie d’assister au crash.

On retiendra de Mytho le personnage solaire campé par Marina Hands, l’interprétation brillante des membres fictifs de la petite famille – Jérémy Gillet, fantastique espoir – quand trop d’approximations rendent les personnages secondaires tout à fait dispensables, et son premier épisode, pas loin d’être parfait. C’est déjà un bon début.

Crédits : Arte

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