Critiques Cinéma

CEUX QUI TRAVAILLENT (Critique)

ceux qui travaillent affiche cliff and co

SYNOPSIS: Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Alors qu’il doit faire face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend – seul et dans l’urgence – une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa vie en question. 

Il existe une veine d’un cinéma social, traversée par des auteurs qui auscultent la société contemporaine par le biais du monde du travail et de ses travers, composant une mosaïque souvent sombre et désenchantée de la façon dont les entreprises fonctionnent en général. Cela donne des films aussi divers et variés que Corporate, Nos Batailles, Discount, La Loi du Marché, En Guerre, Amin, Numéro Une et quelques autres dépeignant un tableau qui fait froid dans le dos. En s’attaquant au sujet particulièrement sensible d’un cadre qui sacrifie tout à son entreprise et qui ne reçoit en échange que la froideur et le mépris de sa hiérarchie, le suisse Antoine Russbach s’affranchit d’un certain nombre de ses collègues qui préfèrent épouser la cause des travailleurs de l’ombre, pour s’intéresser à une frange moins souvent mise en lumière. Tout l’intérêt de la démarche est d’ailleurs de montrer la fragilité des statuts de ceux qui se croient intouchables mais qui ne sont en fait que des colosses aux pieds d’argile, la grande force du film étant de d’observer avec un regard d’entomologiste comment toutes les certitudes de ce père de famille nombreuse qui s’est construit à la force du poignet, vont se fracasser sur une triste et douloureuse réalité.

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Aussi difficile soit le constat effectué par Ceux qui travaillent, le film parle d’un monde en pleine mutation, où les employés dévoués corps et âme à leur entreprise n’obtiennent plus la considération qu’ils étaient en droit d’attendre. Désormais c’est le profit couplé à une image irréprochable qui font profession de foi, les valeurs essentielles sont bafouées et peu importe votre fidélité, votre dévouement, ou votre statut, au premier pas de travers, plus personne ne vous regarde, ni ne vous connait. En perdant ce qui comptait le plus à ses yeux, Frank (Olivier Gourmet) va prendre conscience qu’il n’a pas vu ses enfants grandir et qu’il s’est mis en réserve de sa propre vie pendant que la société qui l’employait et à laquelle il se donnait corps et âme, l’a prémâché puis recracher.

En trouvant un bon équilibre entre la critique du capitalisme, l’entrave à la liberté et l’aspiration à retrouver la bonne respiration dans sa vie, Ceux qui travaillent est réellement efficace et passionnant lorsqu’il fait se confronter le monde de l’entreprise et son manque d’humanisme avec cet homme rongé jusqu’à l’os par sa dévotion. Avec une caméra pour faire office de scalpel, le réalisateur suisse décortique cette lente descente vers une vie privée de ses repères mais qui va lui restituer l’essentiel. Un peu trop didactique dans son dernier tiers, Ceux qui travaillent n’en reste pourtant pas moins un film qui sait rester à l’os de son sujet et n’use d’aucun artifice superflu ou de rebondissement spectaculaire pour amplifier sa thèse. Olivier Gourmet est incroyable dans ce rôle d’homme monolithe dont la complexité va se faire jour petit à petit. Il restitue des nuances impressionnantes et sa performance devrait lui valoir tous les louanges. Ses partenaires, méconnus par chez nous, sont d’une justesse folle et ils les bonifient en les faisant profiter de son talent. Si le film impressionne par sa maturité, sa mise en scène reste relativement sage ce qui nous prive un peu trop du côté viscéral que l’on retrouve par exemple dans le cinéma de Stéphane Brizé, même si faire l’impasse sur la musique démontre une capacité à faire des choix forts. Ceux qui travaillent, qui pourrait être le premier volet d’une trilogie, parvient pourtant avec conviction à nous attraper par le col (blanc) pour ne plus nous lâcher. Âpre et glaçant, tel est le portrait au vitriol du monde du travail dressé par Antoine Russbach et l’humanité, l’épaisseur dramatique et la densité d’Olivier Gourmet confèrent au film une charpente extrêmement solide!

ceux qui travaillent affiche cliff and co

Titre Original: CEUX QUI TRAVAILLENT

Réalisé par: Antoine Russbach

Casting : Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Louka Minnella …

Genre:  Drame

Sortie le: 25 septembre 2019

Distribué par: Condor Distribution

EXCELLENT

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