Critiques Cinéma

AU NOM DE LA TERRE (Critique)

au nom de la terre affiche cliff and co

SYNOPSIS: Pierre a 25 ans quand il rentre du Wyoming pour retrouver Claire sa fiancée et reprendre la ferme familiale. Vingt ans plus tard, l’exploitation s’est agrandie, la famille aussi. C’est le temps des jours heureux, du moins au début… Les dettes s’accumulent et Pierre s’épuise au travail. Malgré l’amour de sa femme et ses enfants, il sombre peu à peu… Construit comme une saga familiale, et d’après la propre histoire du réalisateur, le film porte un regard humain sur l’évolution du monde agricole de ces 40 dernières années. 

On découvre parfois certains premiers films avec un mélange d’excitation et de suspicion. La promesse d’une parole inédite, d’un territoire vierge de toute idée préconçue matinée malgré tout de l’inquiétude de l’inconnu. Découvrir un film sur le milieu agricole avec ce qu’il escorte de constat de dépit et de dureté n’était de prime abord pas spécialement engageant. Qu’Edouard Bergeon, journaliste sur une station régionale de France 3 puis à la rédaction nationale de France 2 au service société, se lance dans une telle entreprise découle pourtant d’une logique intime implacable. Après s’être fait remarqué en 2010, avec Les fils de la terre, un documentaire sur le suicide des paysans français, Edouard Bergeon, s’attelle avec Au Nom de la Terre à raconter l’histoire de son père, agriculteur ambitieux, passé sous l’éteignoir d’un système qui l’aura usé jusqu’à la corde, le poussant à commettre l’irréparable.

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Il émane d’Au Nom de la Terre, -au-delà même de la connaissance de son sujet et des défauts inhérents à un premier film-, un désir irrépressible de cinéma, un souffle romanesque et une puissance dramatique étourdissantes. Et bien que le film soit inspiré largement de la vie du père du réalisateur, il s’agit là d’une œuvre de fiction, qui n’a pas la vocation d’être un documentaire sentencieux et factuel, ni un sujet du journal télévisé développé sur deux heures. Le film, aussi réaliste soit-il, épouse les codes de la saga familial, utilise le langage du cinéma pour rendre son sujet plus universel, passe de l’insouciance et du bonheur au drame le plus total avec une écriture juste, un découpage précis et un sens de l’ellipse efficace (mais quelque peu dommageable aussi). En effet, le récit est si foisonnant, le sujet si large et complexe, que l’on a le sentiment qu’Edouard Bergeon a fait énormément de coupes dans son film, qui parait du coup amputé d’une partie de sa progression, donnant l’impression qu’en voulant aller à l’essentiel, il a dû faire des concessions.

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C’est pourtant plutôt bon signe lorsqu’un film nous semble trop court, lorsque l’on se dit qu’on en aurait bien repris pour une heure de plus. Et pourtant miracle, cette sensation n’entache pas la réception de l’œuvre, elle nourrit juste quelques regrets d’être peut être passé à côté d’un film somme qui nous aurait étendu pour le compte par son ampleur. Le film nous assomme d’ailleurs, mais c’est finalement par sa densité, par la force des émotions qu’il véhicule et par la performance grandiose d’un Guillaume Canet extraordinaire, qu’Au Nom de la Terre nous prend dans ses filets avec une telle poigne. En dressant la cartographie d’un milieu agricole qui s’est émietté depuis 40 ans, en racontant le quotidien de ces travailleurs sans relâche qui à force d’investissement financier et de sueur se sont retrouvés pris à la gorge par les emprunts et les grands groupes industriels, le réalisateur n’oublie pas de nous raconter aussi l’amour, la liberté et l’envie de réussite.

D’une désarmante sincérité, porté par la conviction de son interprète principal, Au Nom de la Terre est une très belle réussite, traversée de quelques plans magnifiques et de la mise en place d’une atmosphère qu’un cinéaste chevronné ne renierait pas. Autour de Guillaume Canet, Veerle Baetens (digne et émouvante), Samir Guesmi (juste et solide), Rufus (dur et digne) sont parfaits et totalement à leur place. Anthony Bajon (La Prière, Tu Mérites un amour…) qui n’en finit plus de percer est quant à lui, littéralement époustouflant. On n’a de cesse de chercher des superlatifs à accoler à ses prestations et il tient la dragée haute à un Canet qu’on n’a pas vu aussi bouleversant depuis un moment, car plus que la transformation physique, il réussit une interprétation déchirante dans Au Nom de la Terre, premier film magnifique d’Edouard Bergeon. Peut-être trop court pour aller à l’essentiel, cette chronique nous broie d’émotion. Puissant uppercut!

au nom de la terre affiche cliff and co

Titre Original: AU NOM DE LA TERRE

Réalisé par: Edouard Bergeaon

Casting : Guillaume Canet, Veerle Baetens, Anthony Bajon

Genre: Drame

Sortie le: 25 septembre 2019

Distribué par: Diaphana Distribution

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