Critiques Cinéma

LATE NIGHT (Critique)

SYNOPSIS: Une célèbre présentatrice de « late show » sur le déclin est contrainte d’embaucher une femme d’origine indienne, Molly, au sein de son équipe d’auteurs. Ces deux femmes que tout oppose, leur culture et leur génération, vont faire des étincelles et revitaliser l’émission. 

Imaginez un monde dans lequel une femme serait actuellement à la tête d’un talk-show américain, ces institutions du divertissement télévisé qui existent depuis des décennies. Fournisseurs de séquences drôles sur les réseaux sociaux, parfois créateurs d’émissions directement inspirées par des segments cultes (Carpool Karaoké, Lip-Sync Battles…) . Des émissions depuis longtemps admirées et très souvent recopiées de notre côté de l’Atlantique, l’efficacité en moins. Eh bien, dans notre monde, il n’y a quasiment aucune femme à la tête d’un talk-show pareil. Jimmy Fallon et Jimmy Kimmel, Seth Meyers, Conan O’Brian, Stephen Colbert, John Oliver… Il ne faut pas longtemps avant de s’apercevoir de l’absence de diversité dans ce milieu. Si quelques femmes tirent leur épingle du jeu comme Oprah Winfrey ou Ellen DeGeneres, elles restent cependant de grandes exceptions à l’heure actuelle. C’est pour cela que le pitch de Late Night, qui sort en France ce mercredi, intéresse. Une femme de plus de 50 ans, interprétée par la divine Emma Thompson, à la tête d’un talk-show ? Oui, Mindy Kaling, scénariste et actrice du film, a de bons arguments. Encore plus quand elle engage une réalisatrice indienne, Nisha Ganatra pour tourner le résultat final. Et qu’elle s’entoure d’une pléthore d’acteurs talentueux autour de ce duo féminin (Hugh Dancy, Reid Scott, John Lithgow, Ike Barinholtz…).

late night 1 cliff and co

Pourtant, on ne peut pas dire que le scénario brille par son intelligence. Réflexions maladroites et pas assez poussées sur « l’ère post-Me Too », moquerie en règle d’une influenceuse qui n’a pourtant pas mérité l’humiliation publique que lui fait subir le personnage d’Emma Thompson… Le début se révèle aride à suivre, parce que les personnages n’ont aucun mérite si ce n’est d’être odieux et d’exagérer à outrance l’aspect « boys club » de ce type de profession. Il faut attendre l’arrivée de Mindy Kaling en débutante scénariste pour enfin apporter un peu de douceur et d’humanité à tout cela. Si les blagues ne font pas tout le temps mouche et les intrigues secondaires assez redondantes, Late Night devient alors une chronique intéressante d’un univers des médias qui ne prend plus assez de risques et range les crocs devant la toute-puissance de la bien-pensance. A l’heure où les talk-shows américains n’ont pris que trop tard leur responsabilité quant à l’élection de Trump, Late Night se veut timidement militant, ré-affirmant la place que peuvent avoir des discours militants, dans ce type d’émissions. Tout est politique, nous rappelle Mindy Kaling, et chaque voix peut apporter une contribution indispensable à n’importe quel débat.

late night 2 cliff and co

Lorsque le film ne parle pas de politique, il parle tout simplement de la place des femmes dans la société. Blanche ou indienne, riche ou pauvre, les deux héroïnes de Late Night expriment à quel point chaque femme peut être complémentaire de l’autre et lui en apprendre sur son environnement et ses problématiques de tous les jours. C’est là où le film brille le plus : il s’agit avant tout de splendides portraits de femmes dans une société qui refuse l’évolution quand bien même elle est inéluctable. A ce jeu-là, forcément, la grande Emma Thompson brille dans un rôle où elle vampirise chaque plan où elle apparaît. Mindy Kaling paraît alors un peu pâle à côté, son intrigue versant en plus dans un simili Diable S’Habille en Prada qui n’est pas des plus inspirés, mais a le mérite de rappeler les grandes heures de sa comédie The Mindy Project. Chez les garçons, les rôles sont plus superficiels (et pour une fois que les femmes sont mieux écrits que les hommes dans ce type de films, ne nous en plaignons pas), même si Reid Scott incarne parfaitement le prototype du mâle qui a tout intérêt à déconstruire ses idées reçues auprès de ses collaboratrices.

late night 3 cliff and co

On passe un bon moment devant Late Night et son allure de petit feel-good movie idéal en cette fin d’été. On aurait cependant aimé qu’avec une plume comme celle de Mindy Kaling, le film ait eu davantage à dire sur notre société et la place des femmes dans les médias, en plus de rendre hommage à la profession trop discrète de scénariste. Il faut savoir qu’aux États-Unis, Amazon avait acheté les droits de distribution du film pour 13 millions de dollars, une somme considérable. Un investissement qui aura provoqué des pertes colossales pour la société au vu du flop du film là-bas. Échec injuste, le film étant loin d’être médiocre, mais on peut se demander, malgré tout, si une arrivée directe sur un service de streaming n’aurait pas pu offrir une meilleure vie à Late Night. Une interrogation inquiétante, quand on voit les tentatives de plus en plus infructueuses d’Amazon d’offrir dans les salles un cinéma indépendant de qualité, et que l’on retrouve souvent aux Oscars.

LATE NIGHT AFFICHE CLIFF AND CO

Titre Original: LATE NIGHT

Réalisé par: Nisha Ganatra

Casting : Emma Thompson, Mindy Kaling, John Lithgow…

Genre: Comédie

Sortie le: 21 août 2019

Distribué par: ARP Sélection

3 STARS BIENBIEN

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