Critiques Cinéma

MORTELLE SAINT-VALENTIN (Critique)

mortelle saint valentin affiche cliff and co

SYNOPSIS: En 1988, durant le bal de la Saint-Valentin à San Francisco, les garçons tentent leur chance en invitant à danser les quelques filles encore sans cavalier. L’un d’eux est Adam Carr, le premier de la classe. Chacune de ses demandes est systématiquement repoussée. Un groupe de garçons le surprend en train d’insister auprès de Dorothy Wheeler. Ils le remettent alors rapidement à sa place en lui infligeant une bonne correction.
Tandis qu’il gémit couché sur le sol, un filet de sang coulant de son nez, les filles qui ont décliné ses avances viennent se moquer de lui. Ce sont Paige Prescott, Lily, Kate Davies, Shelley et Dorothy.

Une douzaine d’années se sont écoulées. Les cinq amies inséparables d’autrefois mènent aujourd’hui une vie d’adulte. Elles n’ont toutefois jamais eu de véritable succès en amour et se sentent bien seules lorsqu’arrive la Saint-Valentin. Il faut dire qu’elles sont toujours restées quelque peu superficielles.
Mais cette année, un prétendant inconnu leur a envoyé à chacune un cadeau. Shelley est alors retrouvée morte, assassinée. Un ancien amoureux a décidé de se venger à la venue du 14 février, et elles en feront toutes les frais s’il n’est pas arrêté à temps. Relaxe et confiant, le tueur masqué au smoking bleu attend patiemment sa dernière nuit d’amour avec ses anciennes flammes.

Depuis que Mario Bava a lancé les festivités avec La Fille qui en savait trop en 1963 et surtout le matriciel Six femmes pour l’assassin en 1964, le slasher – dérivé du giallo – n’a cessé de pulluler sur les écrans, avec les hauts et les bas qu’un genre codifié se doit de rencontrer (ça fait fureur à un moment, puis ça s’arrête, et puis ça revient soudain, et ainsi de suite…). Le cas qui nous intéresse aujourd’hui vise les derniers rejetons de cette vague de slashers opportunistes et débiles qui ont inondé les multiplexes suite au carton de Scream en 1996. Soyons honnêtes : aucun film de cette période n’avait réussi à se distinguer, débordant de cynisme calculé et de clichés montés sur burnes qui n’auront fait qu’anesthésier la portée prétendument subversive du genre. À quoi bon en rajouter une couche, donc, en faisant l’effort de revenir sur Mortelle Saint-Valentin ? Peut-être parce que ce slasher-là, réalisé par un « connaisseur » en la matière (Jamie Blanks, déjà coupable du très oubliable Urban Legend) et sorti au moment même où le genre commençait sérieusement à péricliter, fait l’effet d’un retour en arrière assez effarant. D’abord parce qu’il nous renvoie aux moments les plus faibles du slasher 80’s (genre Le Bal de l’horreur ou Meurtres à la Saint-Valentin), ensuite parce qu’il exacerbe avec gourmandise tout ce que le slasher a pu produire de pire, enfin parce qu’il ose faire preuve d’un génie parfaitement inattendu à deux ou trois moments… Si si…

mortelle saint valentin 2 cliff and co

Au premier abord, rien de neuf sous le soleil, et on ne se trompe pas : on est bel et bien face à du slasher comme on avait l’impression de s’en bouffer trois par semaine à la fin des années 90, avec le même tueur maniaque qui zigouille du cliché repoussant et de la bimbo siliconée par paquets de douze, qui use de tous les outils tranchants pour y arriver, et qui ne réussit jamais à tuer la seule pucelle du casting (selon la logique puritaine du genre, seuls les accros au sexe sont condamnés à finir ad patres). Notons toutefois que, malgré un titre annonçant un récit centré sur la fête des amoureux, on n’est clairement pas là pour causer romance. À l’exception du couple conflictuel formé par Marley Shelton et David Boreanaz, tout le reste du casting se résume à un paquet de stéréotypes dont le crâne sonne aussi creux que l’entre-jambe sonne plein. Côté mecs, rien de moins que des ersatz de Mickaël Vendetta avec le fric, le cul et le culte de l’apparence comme seuls moteurs de rapport social – sans oublier le petit rictus du salaud qui s’assume fièrement lorsqu’on le prend la main dans le sac. Côté meufs, on est carrément dans « Pétasse-Land », avec 90% de perruches californiennes bitchy, aussi moches que bien roulées, qui cochent toutes les cases : la studieuse (Katherine Heigl, zigouillée dès la 5ème minute afin de privilégier les idiotes à fort décolleté), la rigolote (Jessica Cauffiel), la niaise (Marley Shelton), la grosse (Jessica Capshaw, belle-fille de tonton Spielberg) et la salope (Denise Richards, forcément…). À noter que cette dernière limite tellement son jeu à des regards revolver et des poses pour couverture de FHM qu’on en vient carrément à se demander si elle est humaine – on aurait été à peine surpris si le twist final avait consisté à nous révéler sa nature de cyborg. Tout ça pour quel pitch, en somme ? Tout bêtement la vengeance d’un petit gars à lunettes humilié vingt ans plus tôt par les cinq reines de bal de son école, et qui enfile un masque de chérubin en plastoc pour s’en aller zigouiller les garces en question le jour de la Saint-Valentin. Moralité : si t’es jeune et beau, évite de t’en prendre au jeune et moche qui ne parle à personne, on ne sait jamais…

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Avouons-le, la phrase précédente est exactement celle qui, une fois posée dès l’apparition du titre, va suffire à nous griller le twist final en moins d’un quart d’heure. Le plus fort, c’est que ce dernier reste encore aujourd’hui dans les annales du genre en raison de son exécution maladroite. Sans spoiler la chose, signalons juste à Jamie Blanks qu’oser le double twist nécessite de faire en sorte que le second paraisse crédible au vu de ce qu’impliquait le premier. Par un montage bizarre qui nous pousse à nous interroger sur la crédibilité de ce que l’on vient de voir, la toute dernière image du film réussit presque l’exploit de nous faire sourire – tout en nous confortant sur notre hypothèse première. Signalons aussi qu’offrir à David Boreanaz le rôle du beau brun ténébreux était tout sauf une bonne idée : l’ex-bellâtre de Buffy contre les vampires traverse tout le film avec un regard éteint, tout à fait fidèle à sa posture éternelle de sosie amaigri de David Douillet. Il n’est cependant pas le seul à paraître mou de la fesse jusqu’au bout. Enchaîné à la logique de fabrication d’un genre qui délaisse l’innovation au profit de la répétition fallacieuse, Jamie Blanks tente ici l’esquive en mettant le paquet dans l’humour noir et les atrocités gore. Sur le premier plan, c’est raté : hormis celui incarné par Marley Shelton, tous les personnages du film sont si irritants dans leur relief de cliché répugnant qu’attendre leur sortie de scène morbide fait figure de seule excuse valable pour regarder le film jusqu’au bout. Sur le second plan, là, il y a en revanche de quoi se réjouir – un peu.

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Passons sur la multitude d’accessoires utilisés par le tueur pour massacrer tous ces clichés à la fois sexy comme des benêts et cons comme des robinets : ce n’est pas parce qu’on utilise les flèches, le couteau de boucher, le fer à repasser ou les chocolats blindés d’asticots qu’on est sûr d’aboutir à des mises à mort qui resteront dans les annales – celles-ci visent ici la suggestion la moins habile et s’enchaînent avec une rare mollesse. Passons aussi sur le gimmick du tueur qui pisse du sang par le nez après chaque meurtre (curieuse façon d’atteindre l’orgasme…). Passons enfin sur les pillages gratuits à tout un tas de films déconnectés (la douche de sang à la Carrie, le coulis de cire brûlante sur le service trois-pièces façon Body, etc…). Mais voilà, surprise, deux ou trois idées brillantes arrivent à faire leur effet. D’abord une certaine maîtrise de la Steadycam et des éclairages colorés lors d’un final un minimum baroque. Ensuite une traque dans un dédale d’écrans vidéo où se noie l’angoisse de la future morte, brouillée dans ses repères face à des postures nunuches et des phrases hypocrites qui torpillent l’image de la fête des amoureux – c’est le genre de séquence théorique et cruelle que Brian De Palma aurait pu imaginer. Enfin, une pure scène choc à la Dario Argento, où le tueur masqué joue de la perceuse sur une Denise Richards diablement hot qui joue du bikini dans un jacuzzi vitreux et cadenassé. On ne sait pas si ces trois zestes d’audace découlent d’un pur hasard ou d’un regain de conscience professionnelle, mais ils sont bien là. Il est clair qu’entre un slasher bêta qui ne varie pas d’un iota dans sa médiocrité et un slasher débile qui fait encore pire tout en frisant le génie à deux ou trois moments, mieux vaut lorgner vers le second. Voilà pourquoi on préfèrera toujours Mortelle Saint-Valentin  à n’importe quel Urban Legend 3 ou Souviens-toi l’été dernier 5…

mortelle saint valentin affiche cliff and co

Titre Original: VALENTINE

Réalisé par: Jamie Blanks

Casting : David Boreanaz, Denise Richards, Marley Shelton …

Genre: Thriller, Epouvante-horreur

Sortie le: 27 juin 2001

Distribué par: Warner Bros. France

ASSEZ MAUVAIS

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1 réponse »

  1. (evilashymetrie) Il est clair que c’est ici un très mauvais slasher, malgré ses quelques fulgurances dont tu fais d’ailleurs part dans ta chronique enflammée. Cependant, moi, j’aime beaucoup Jamie Blanks, son Urban Legend contenait de très jolis moments et une chouette atmosphère et il avait le mérite d’être très fun. Quant à Storm Warning, il offrait à Nadia Farès un rôle de femme vénère plutôt sympa. Ensuite, oui, Prom Night de Paul Lynch est très oubliable (sa musique disco, ses ados qui se trémoussent, au secours…) mais My Bloody Valentine de Mihalka ? Il a certes un peu vieilli mais moi j’aime bien ce slasher : son huis clos dans la mine, ses ouvriers (ça change des ados / étudiants de confrérie), ses meurtres (surtout dans sa version intégrale) >> miam ! Enfin, tu fais allusion à Urban Legend 3 et Souviens toi l’été dernier 5 et… si le second n’existe heureusement pas, le premier, par contre, a bel et bien connu une exploitation vidéo sous son titre Urban Legends Bloody Mary… Tout un programme dispensable avec des meurtres en numérique hideux ! :p

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