Critiques Cinéma

THE DEAD DON’T DIE (Critique)

the dead don't die affiche cliff and co

SYNOPSIS: Dans la sereine petite ville de Centerville, quelque chose cloche. La lune est omniprésente dans le ciel, la lumière du jour se manifeste à des horaires imprévisibles et les animaux commencent à avoir des comportements inhabituels. Personne ne sait vraiment pourquoi. Les nouvelles sont effrayantes et les scientifiques sont inquiets. Mais personne ne pouvait prévoir l’évènement le plus étrange et dangereux qui allait s’abattre sur Centerville : THE DEAD DON’T DIE – les morts sortent de leurs tombes et s’attaquent sauvagement aux vivants pour s’en nourrir. La bataille pour la survie commence pour les habitants de la ville.

Un film de zombies réalisé par Jim Jarmusch en compétition à Cannes, il faut bien avouer que l’idée paraissait étonnante. Cinq ans après Only Lovers Left Alive, le réalisateur américain revient au film de genre après le formidable poème du quotidien Paterson (qu’il avait présenté en Sélection Officielle en 2016), en soulevant d’autant plus d’attentes que son film réunit un casting cinq étoiles (Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Chloë Sevigny, Steve Buscemi, bien sûr l’habituel Tom Waits et même Selena Gomez !). Mais un casting ne fait pas un film, et restait à voir comment Jarmusch allait adapter le genre si codifié du film de zombies à son style et ses thématiques.

Après visionnage, il ne fait aucun doute que le film de zombies convenait finalement parfaitement aux thématiques de Jarmusch. En effet, The dead don’t die est, sur le papier, comme une synthèse de ses deux précédents films : la mort (ou plutôt, la non-mort) qui viendrait s’immiscer dans l’absurde banalité du quotidien n’est-elle pas la rencontre entre le monde sans drame de Paterson et la tragique errance sans fin d’Only Lovers Left Alive ? Le projet paraît comme évident après coup, Jarmusch puisant dans le genre sa portée politique presque innée (quitte à parfois la re-souligner inutilement) pour la mêler à un portrait amusé et désabusé mais empathique d’une petite ville américaine. Les nombreux personnages présentés ne sont pas tant là pour servir de chair à canon que pour former une cartographie de la société, en tout cas d’une société, avec ses rapports sociaux et générationnels, qui se veut dans l’air du temps. On aimerait ne pas citer l’usante formule « « Amérique de Trump », mais il y a littéralement dans le film un gag détournant la casquette rouge « Make America great again ».

Jarmusch s’est déjà montré plus subtil, mais beaucoup plus que pour ses films précédents, The dead don’t die est « conscient » d’être un film. C’est d’ailleurs là la vraie scission qui se fera avec ses adorateurs, car contrairement au film de vampire Only Lovers Left Alive que Jarmusch prenait très au sérieux, ici il semble s’amuser du film de zombies et de ses codes : il fait jouer un zombie par Iggy Pop, les personnages font constamment référence à des films (ou des réalisateurs comme Romero) avec nonchalance, le personnage d’Adam Driver parle sans sourciller du « Theme Song » du film ou de son scénario, et telle la seconde saison de Fargo, Jarmusch fait intervenir de manière complètement inattendue une… soucoupe volante. Là où Shaun of the dead était une parodie fait par un fan de film de zombies, The dead don’t die pourrait presque ressembler à l’ironie méprisante d’un auteur prenant la moelle épinière d’un genre pour mieux lui faire un bras d’honneur dans le dos.

Mais il serait bien péremptoire d’être aussi virulent, tant le film regorge de richesse. Afin de l’accepter pour ce qu’il est, la première condition est de ne pas vraiment le prendre pour un film de zombies, car malgré quelques clins d’œil aux connaisseurs, le film de Jarmusch est à peu près vidé de tout morceau de bravoure : les zombies et la lutte contre les zombies ne sont pas intéressants en tant que tels, mais par rapport à ce qu’ils représentent comme symbole de mortalité, voire de refus de deuil. Ce n’est bien sûr pas un hasard si la présentation de la ville commence par un cimetière, avant de continuer sur une société de pompes funèbres. Dans la série Six Feet Under, les morts hantaient l’esprit des vivants, dans The dead don’t die, la grand-mère d’un personnage revient directement d’entre les morts pour lui bouffer les boyaux. La deuxième condition est de prendre l’aspect très référentiel du film comme faisant partie intégrante de son caractère mortifère : la saga Star Wars, référencée au travers d’un porte-clés porté par Adam Driver (ce qui n’a pas manqué de beaucoup faire rire), n’est-elle pas en quelques sortes une saga enterrée en son temps puis ramenée à la vie ? La société, comme ses citoyens et comme sa culture, est en pleine léthargie, laissée pour compte et vouée à s’auto-détruire, semble nous dire Jim Jarmusch. Les hispters achètent des vieilles voitures, collectionnent les anciens comics et s’auto-congratulent sur leur cinéphilie, tandis que la « »vraie » jeunesse reste enfermée, prisonnière. Ainsi, derrière un humour absurde et méta qui fait mouche mais pouvant parfois apparaître comme une trahison au genre, se cache un constat certes facile mais bien plus amer de la part de Jim Jarmusch sur la société actuelle. The dead don’t die n’en reste pas moins un film plutôt plaisant mais inabouti, qui divisera très certainement. Il est peu probable qu’on le retrouve au palmarès du festival dans dix jours, mais il serait dommage de le condamner à un simple projet vain et raté.

the dead don't die affiche cliff and co

Titre Original: THE DEAD DON’T DIE

Réalisé par: Jim Jarmush

Casting :  Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton…

Genre: Comédie, Epouvante-Horreur

Sortie le: 14 mai 2019

Distribué par: Universal Pictures International France

3 STARS BIEN

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