Critiques Cinéma

PUPPET MASTER (Critique)

3 STARS BIEN

puppet master affiche cliff and co

SYNOPSIS: Un fabricant de poupées trouve une formule égyptienne permettant d’insufler la vie à des objets inanimés. Il la teste sur ses poupées qu’il nomme les Puppet Masters, avant de mourir. Mais quelques années plus tard, les Puppet Masters reviennent à la vie… 

Sur la grande étagère des séries B/Z des années 80/90 qui ont marqué toute une génération, au-delà de leur qualité cinématographique qui vaudront à certaines le qualificatif non usurpé de nanar, The Puppet Master tient assurément une place de choix. Misant sur une sortie directe en vidéo car bien consciente que la cible du film se trouvait davantage dans les vidéos clubs que les salles de cinéma, la nouvelle production de Charles Band (producteur ultra prolifique associé à d’innombrables séries Z de l’époque) n’est pas restée longtemps inaperçue avec sa jaquette aussi accrocheuse que son pitch totalement improbable, le bouche à oreille se chargeant d’en faire rapidement un petit objet de culte chez les amateurs du genre. Si la première poupée tueuse célèbre a vu le jour dans un épisode de la cinquième saison de The Twilight Zone, diffusé en 1963 (The Living Doll dont nous vous parlions ici), 25 ans plus tard, ses petites sœurs ont le vent en poupe, The Puppet Master se plaçant dans le sillage de deux autres productions emblématiques: Dolls (Stuart Gordon, 1987 / produit également par Charles Band) et Child’s Play (Tom Holland, 1988). De cette liste non exhaustive, ce récit de poupées tueuses ayant pris vie grâce à un Geppetto féru d’égyptologie est le plus Z, le plus « aguicheur » de tous, mixant tous les ingrédients alors en vogue dans le cinéma bis: érotisme, gore soft, personnages dotés de pouvoirs psychiques.

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Cinquante ans après que leur créateur se soit donné la mort dans sa chambre d’hôtel, une équipe d’hommes et de femmes dotés de pouvoirs psychiques se lance à la recherche des poupées d’André Toulon pour percer un secret datant de l’époque des pharaons et ainsi acquérir le pouvoir de donner vie à des objets inanimés. Entre le couple de chercheurs érotomanes dont la femme est capable par exemple de ressentir tout ce qui s’est passé dans une pièce et de préférence dans un lit, la sorcière/ diseuse de bonne aventure qui ne se déplace pas sans son chien empaillé et le professeur d’université qui fait des rêves prémonitoires, le scénario de Charles Band n’a pas pour vocation de proposer des personnages complexes ou une quelconque sous intrigue. Il est rapidement clair que Carissa (Kathryn O’Reilly), Alex (Paul Le Mat), Dana (Irene Miracle) et Frank (Matt Roe) n’ont guère d’autre fonction que de se faire occire l’un après l’autre par la petite équipe de poupées fabriquées par André Toulon (William Hickey). On aurait presque plus de compassion pour deux de ces acteurs, en mettant donc de côté les nanardeux et rapidement irritants Matt Roe et surtout Kathryn O’Reilly, que pour leurs personnages dont les motivations et la personnalité restent au stade de l’esquisse: Paul Le Mat découvert dans American Graffiti (Georges Lucas), nommé aux Golden Globes pour Melvin et Howard (Jonathan Demme) et Irene Miracle révélée dans le rôle de Rose dans Inferno (Dario Argento) puis retrouvée dans celui de la fiancée de Billy Hayes dans Midnight Express (Alan Parker). Totalement miscastes et absolument pas dirigés, ils ne parviennent guère à donner de l’épaisseur à leurs personnages. Ce constat ne vaut pas pour autant condamnation quand on sait ce qu’on vient chercher dans ce type de films (un deuxième acte en forme de jeu de massacre) et qu’on sourit quand même à l’inanité de ces personnages et à la gratuité de certaines scènes.  puppet master image 2 cliff and co.jpg

Aucun personnage ne se détache de cette drôle d’équipe menée très mollement par Alex et si le film ne reposait que sur eux, il est clair qu’il serait resté à prendre la poussière sur les étagères des vidéos clubs et n’aurait donc pas traversé les décennies pour inspirer, encore très récemment, une énième itération scénarisée, excusez du peu, par Craig Zahler (Puppet Master: The Littlest Reich). Car ce qui fait tout le charme du film de David Schmoeller, ce n’est ni sa mise en scène anonyme, ni sa direction d’acteurs et le scénario « prétexte » dont il s’accommode, c’est évidemment la confrontation (certes un peu longue à arriver) avec les poupées d’André Toulon : Blade (la plus emblématique de toutes, vêtu d’un long manteau noir d’officier de la gestapo ressemble à Klaus Kinski dont Blade était fan et est armée d’un crochet et d’un couteau), Leech Woman (qui tue ses victimes avec des sangsues qui sortent de sa bouche), Pinhead (qui a des énormes mains avec lesquelles il étrangle ses victimes après les avoir étourdies à coups de poings), Tunneler (qui a une foreuse sur le sommet du crâne) et Jester (réduit dans ce film au rôle de vigie et observateur des meurtres de ses camarades).

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Leur animation en stop motion, technique développée par le légendaire Ray Harryhausen, utilisée ici par l’excellent David Allen (qui a notamment supervisé les effets spéciaux du Hurlements de Joe Dante) paraitra évidemment datée pour ceux qui n’ont connu que les effets numériques. Elle ne l’est donc pas à nos yeux mais, au delà de ce jugement subjectif d’éternel amoureux de cette technique qui nous a donné nos premières grandes émotions de cinéma, bien avant l’ère du tout numérique, elle est parfaitement adaptée à ces petites poupées qui prennent vie grâce à un rituel/ une incantation (point non développé dans le scénario). Cette technique rend mieux compte de ce que sont ses poupées: des objets inertes mus par une force magique dont les mouvements sont donc plus heurtés/saccadés qu’une créature de chair et de sang. L’imperfection de leur animation loin de gâcher les scènes leur donne ainsi un côté plus réaliste que si elle était parfaitement fluide. C’est un monde magique qui s’invite dans le réel avec ce que ça comporte d’incongruité à voir une petite poupée étrangler ses victimes , régurgiter des sangsues, percer un crâne avec la foreuse se trouvant sur sa tête, trancher une gorge avec son petit couteau … De ce point de vue, les meurtres sont suffisamment variés et les scènes bien exécutées pour divertir, à défaut de faire peur, ce qui n’est pas vraiment le but du film qui assume, son côté décalé dès la première entrée en scène de ses petits serial killers. Puppet Master fait partie de ces films qui surpassent largement leurs défauts et leur maigre budget, parviennent à toucher un large public, jusqu’à entrer dans la pop culture et inspirer de nouvelles suites plusieurs décennies après leur sortie. Cela tient sans doute au fait que l’on sent dans ces productions une forme de sincérité, loin du cynisme de beaucoup de productions actuelles. Les cols blancs ont, dans la plupart des cas, remplacé les passionnés comme Charles Band, lequel n’était bien sûr pas un philanthrope, cherchait lui aussi à faire de l’argent mais avec des films pour lesquels il avait une affection qui se transmet au spectateur.

puppet master affiche cliff and co

Titre Original: PUPPET MASTER

Réalisé par: David Schmoeller

Casting : Paul Le Mat, Irene Miracle, Matt Roe,

Kathryn O’Reilly, Robin Frates…

Genre: Épouvante Horreur

Sortie en vidéo le: 12 octobre 1989

Distribué par : –

3 STARS BIEN

BIEN

 

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1 réponse »

  1. (evilashymetrie) C’est dingue comme Monsieur Band a toujours eu une fascination pour les poupées, de toutes sortes. De Dolls à Bloodgnomes et Gingerbread Man, PuppetMasters et Demonic Toys… Tout un monde fascinant à découvrir si on est courageux 🙂

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