J'ai quelque chose à vous dire...

J’ai quelque chose à vous dire… Sidney Lumet

Très cher Sidney Lumet

Sidney Lumet cliff and co

(Photo by Frank Micelotta/Getty Images)

Il était temps, alors que sort dans un superbe coffret Network, l’un des nombreux chocs de votre filmographie, que je prenne ma plume pour vous rendre ne serait-ce qu’une part infime de ce que je vous dois. Il y a quelques années j’ai lu un livre de Philippe Djian intitulé Ardoise. Il y était question de payer son tribut aux écrivains qui avaient favorisé sa vocation et lui avaient apporté un bonheur plus grand que la vie. Il y a un peu de ça dans ces missives que j’envoie dans l’immensité numérique et je vous dois tant dans la construction de ma cinéphilie qu’il ne pouvait en être autrement. Je devais, d’une manière ou d’une autre vous en faire part, vous faire savoir que vous avez contribué à rendre meilleure une part de ma personnalité que vous avez sensibilisée au système judiciaire américain et alertée sur la corruption des institutions et sur la découverte de ces hommes droits mais friables… Que je vous dois tant quant à l’éveil d’une conscience sur les maux qui gangrènent la société contemporaine là où l’appât du gain est souvent plus fort que les professions de foi. Mais je vous dois aussi et surtout de garder cheviller au cœur cette croyance intacte qu’être le porte drapeau d’un idéalisme chevronné et se dresser parfois seul contre les autres n’est pas vain. Que le salut et le repos passent par ne jamais renoncer sur l’autel du risque et du danger…

Jérôme de Perlinghi

Que ce soit avec Douze hommes en colère, Point Limite, La colline des hommes perdus, Le Gang Anderson, The Offence, Serpico, Le Crime de l’Orient-Express, Un après-midi de chien, Network, Le Prince de New York, Le verdict, Les coulisses du pouvoir, À bout de course, Family Business, Contre-Enquête, Dans l’ombre de Manhattan, 7h58 ce samedi-là vous avez notamment arpenté les arcanes du système judiciaire, mis le doigt sur ses travers, placé des hommes devant leurs responsabilités, dépeint l’effritement de leurs rêves lorsque les obstacles à franchir semblaient trop hauts, trop grands… vous avez fait un cinéma à hauteur d’homme cher Sidney Lumet, à l’os de vos obsessions, à l’aune de vos certitudes, sans sacrifier à l’entertainment mais en ne rognant jamais sur la nécessité d’offrir un spectacle fort et immersif. Vous n’avez jamais renoncé à vos prérogatives de cinéaste exigeant, pointant du doigt les failles béantes qui pourrissaient le système mais conservant toujours ce sens du rythme, du découpage, cet œil perçant pour impulser à vos cadres une dynamique perpétuelle. Regarder un de vos films est la promesse d’en découvrir encore et encore les ressorts, les multiples niveaux de lecture…

A n’en pas douter Franck Serpico est le personnage emblématique de votre carrière et Al Pacino la figure centrale même si vous n’avez tourné que deux films ensemble (Serpico (1973)  et Dog Day Afternoon (Un après-midi de chien) (1975)) mais ils sont assurément des sommets de vos filmographies respectives. C’est avec Serpico que je suis définitivement et irrémédiablement devenu votre admirateur le plus farouche, ce film étant à mes yeux la perfection absolue. Je me suis fait dès lors votre représentant le plus fidèle, défendant d’arrache-pied chacun de vos projets quand bien même ils n’étaient pas tous aux mêmes hauteurs paroxystiques, mais votre cinéma me parlait tant et si bien et faisait vibrer en moi tant de cordes que je n’aurais pas su voir un désastre au milieu d’un champ de fleurs. Lorsque j’égrène la liste de mes réalisateurs favoris, celle-ci varie forcément de temps à autre, au gré des amours et des désamours, des fluctuations de carrière, de l’inspiration du moment… Mais invariablement avec quelques autres (Spielberg, Tarantino et Scorsese pour ne pas les nommer) votre nom revient inlassablement truster les premières places. Ceux qui ont cru bon de dire que vous étiez dépourvu de style, de patte identifiable, se sont à mes yeux grandement trompés sur votre compte. Car vous étiez un auteur au sens le plus noble du terme en ce que vous ne vous placiez jamais au-dessus de vos sujets. Vous nous manquez cher Sidney Lumet car vous regardiez droit dans les yeux les problématiques sociétales avant de nous les restituer, vous les anticipiez de façon magistrale comme dans Network avant de les servir avec abnégation puis de les emmener là où ils pouvaient déployer leurs charges émotionnelles : Au cœur des spectateurs. Pour ça et pour tout le reste vous resterez niché dans mon panthéon personnel d’où rien  ni personne ne pourra jamais vous déloger.

Votre dévoué Fred Teper.

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