Critique Blu-Ray

RAGTIME (Critique)

SYNOPSIS: Au début du XXe siècle, un homme noir devient pianiste de jazz. Il gagne ainsi correctement sa vie et aspire à fonder une famille. Mais peu de temps avant son mariage, il est victime d’une injustice de la part d’hommes blancs qui n’acceptent pas de le voir rouler au volant de sa voiture neuve. Tout le monde autour de lui l’incite à ne pas envenimer la situation. Mais il ne peut accepter de voir ses droits bafoués et nourrit une profonde aspiration à voir reconnaître ses droits.

Auréolé des succès de Vol-au dessus d’un nid de coucou et de la comédie musicale Hair, le réalisateur tchèque Milos Forman a toute la latitude nécessaire pour réaliser cette fresque issue du roman éponyme de E.L Doctorow sous la houlette du célèbre producteur Dino de Laurentiis.  Ce film de plus de deux heures trente est à mettre en relation avec les grandes fresques hollywoodiennes de l’époque comme Le Parrain 2 réalisé en 1974, La Porte du Paradis en 1980 ou encore Il était une fois en Amérique en 1984. Un peu oublié contrairement à ces illustres aînés, la ressortie en Blu-Ray nous permet de découvrir cette œuvre imparfaite mais plus que nécessaire. On ressent d’entrée le budget confortable alloué à Milos Forman tant la qualité des décors et des costumes sont au rendez-vous. Le metteur en scène nous transporte ainsi dans l’état de New York à l’aune de la première guerre mondiale. Toutefois, malgré cette reconstitution épatante, la première partie nous décontenance un peu puisque le film introduit une multitude de personnages plus ou moins reliées entre eux mais nous n’arrivons pas à déterminer le fil conducteur de l’intrigue. On suit les personnages d’Evelyn Nesbit, jeune arriviste du monde du spectacle, son époux qui commet un crime passionnel puis, dans le même temps, on s’attarde sur une famille sans histoire qui ne sera jamais nommée qui recueille une femme noire avec son bébé. La famille est composée d’un couple et du frère de la mariée qui s’éprend d’Evelyn. On a cette vague impression d’un charcutage en bonne et du forme du montage final par De Laurentiis qui entrainera une brouille entre le réalisateur et le producteur.
Cependant, le film va prendre tout son sens à la suite d’une scène de ce que l’on peut qualifier de racisme du quotidien, ce désespérant racisme ordinaire. Le père du bébé abandonné a refait surface et il veut faire sa vie avec sa nouvelle famille. Ce jeune pianiste de jazz, beau parleur, se retrouve confronté à des hommes blancs qui ne supportent pas de voir un homme noir au volant d’une belle voiture. Humilié à la fois par ces hommes et par un policier qui trainait autour, ce dernier décide de se venger à n’importe quel prix pour faire reconnaitre ses droits. Le metteur en scène nous avait démontré par deux ou trois touches auparavant ce racisme omniprésent à l’époque avec notamment cette fille noire attachée comme un animal. On est bien au cœur du propos de Ragtime et c’est bien à partir de ce moment que la mise en scène de Forman va prendre tout son sens (on est d’ailleurs toujours épaté de voir des cinéastes étrangers capter l’essence des problématiques américaines et si bien les traiter). Alors que leurs ancêtres avaient réussi à s’affranchir de l’esclavagisme, la population noire américaine tentaient de monter les étages de l’ascenseur social. Mais la vieille garde blanche rétrograde était là pour veiller sur sa succession et exclure les nouveaux demandeurs du rêve américain. On remarque ainsi dans la première scène l’absence totale de personnes de couleur dans cette réception plus que fastueuse de la riche bourgeoisie. Ce racisme du quotidien est à mettre en relation directe avec ce racisme institutionnalisé.
On retrouve au casting le jeune Howard E. Rollins Jr. qui joue magnifiquement le personnage de Walker, tout d’abord naïf, puis jusqu’au-boutiste (cet acteur décédera en 1996 du virus de sida). Mary Steenburgen, la jeune Elizabeth McGovern et Brad Dourif complètent le casting. Ce dernier a un rôle particulièrement intéressant puisque, contrairement à sa communauté, il prendra fait et cause pour Walker dans sa vengeance. A noter, les apparitions des jeunes Jeff Daniels en flic raciste et Samuel L. Jackson qui planifie la prise d’otage de Walker. Deux scènes sont la source d’une réflexion profonde chez le spectateur et témoigne de la profondeur thématique du film de Forman. Alors que Walker cherche une voie légale pour retrouver sa dignité et récupérer son véhicule, il va se retrouver face non seulement à un mur administratif mais également à un mur de sa propre communauté. On ne va pas plaindre un riche noir qui a perdu sa nouvelle voiture flambant neuve alors que sa communauté meurt de faim et fait face à la misère du quotidien. Ce face à face est particulièrement terrible puisque le personnage principal se sent trahi des deux côtés de la société : les blancs qui le haissent pour sa couleur de peau, les noirs à cause de sa réussite. De plus, lors de cette prise d’otage désespérée, l’administration envoie un militant de la cause noire négocier avec Walker et ses comparses. Ce dialogue est d’une profondeur immense sur la place de l’homme noir en Amérique. L’épilogue tragique finira de nous bouleverser et  nous permettra de laisser de côté cette première partie un peu bancale. Ragtime est donc à mettre au panthéon de de la filmographie du réalisateur américano-tchèque au même titre qu’Amadeus, Vol au-dessus d’un nid de coucou et Man on the Moon.

DÉTAIL DES SUPPLÉMENTS :

Un livret de 32 pages
Forman Versus Chytilova 1h24 min
Remembering Ragtime 18 min 30
American tapestry 15 min
Une séquence coupée 10 min
Bande-annonce

Titre Original: RAGTIME

Réalisé par: Milos Forman

Casting : Howard E. Rollins Jr, James Cagney, Mary Steenburgen …

Genre: Drame

Sortie en DVD et Blu-ray Digibook le: 20 mars 2019

Distribué par: Arte Editions / L’Atelier d’Images

TOP NIVEAU

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s