Critiques

VERNON SUBUTEX (Critique Mini-Série) Une œuvre par moments réellement éblouissante et singulière…

SYNOPSIS: Vernon Subutex, disquaire au chômage, se fait expulser de son appartement. En quête d’un endroit où dormir, Vernon sollicite d’anciens amis de la bande de Revolver, son mythique magasin de disques, dont Alex Bleach, rock-star sur le retour. Mais celui-ci meurt d’une overdose et lui laisse trois mystérieuses cassettes vidéo. Alors que Vernon disparaît dans l’anonymat de la ville, il devient l’homme le plus recherché de Paris…

Avec la trilogie Vernon Subutex la romancière Virginie Despentes (Baise-moi) a réussi un monument littéraire qui lui a valu un énorme succès populaire. En parvenant à tisser les parcours croisés d’une multitude de personnages à travers les classes sociales et les idéologies  les plus diverses de notre pays par l’intermédiaire de ce personnage de disquaire expulsé de chez lui, obligé de squatter chez ses anciens amis chez qui il essaye de retrouver les vestiges de sa jeunesse, avant de se retrouver à la rue, Virginie Despentes racontait rien moins que l’humanité et notre société contemporaine. En se lançant dans cette adaptation (sans le concours de l’écrivaine) Cathy Verney (Hard), qui réalise les neuf épisodes et Benjamin Dupas (Dix Pour Cent, Un Village Français…) n’avaient pas la tâche facile tant le matériau littéraire était dense, singulier et magnifiquement écrit. Si comme pour toute adaptation, il faut s’attendre à des différences fondamentales (notamment pour des soucis de dramaturgie, certains personnages ont fusionné), on peut difficilement se plaindre du travail réalisé tant Vernon Subutex s’avère enthousiasmante tant par son tissu narratif que par les performances de comédiens qui atteignent un niveau stratosphérique. Et si la BO du roman procurait un plaisir intense mais par définition inassouvi, celle de la série est un régal auditif permanent (qui va de Jesus and Mary Chain à Poni Hoax en passant par Daniel Darc, Kim Wilde, Alan Vega ou New Order... ).

Non seulement la musique est géniale mais comme elle exprime les émotions successives ressenties par Vernon elle est essentielle à l’intrigue, elle innerve le récit et impulse une dynamique qui ne se dément pas. Elle ne souligne pas les intentions, ne surligne pas les situations, mais apparait comme un personnage à part entière tout comme Paris est filmé comme rarement dans une série française. Sur un format propre aux dramédies (entre 30 et 35 minutes par épisode) Vernon Subutex dresse une mosaïque de la France des années 2010 où les illusions du passé se sont fracassées sur l’autel de la réalité. Drôle, enlevée, mélancolique, insufflant tantôt de la hargne, tantôt de la résignation, on avance dans le sillage de Vernon et de ses rencontres avec un plaisir continu. Car Vernon Subutex vous mettra en transe, vous touchera, vous séduira, vous vous reconnaitrez dans les idéaux que la série charrie et dans ceux auxquels vous avez renoncé, vous verrez dans le portrait de cet homme qui perd tout, tout en s’accrochant à sa philosophie de vie, le reflet de celui (ou celle) que vous auriez voulu être et de celui (ou celle) que vous êtes devenu(e)… Avec sa nonchalance et sa gravité en filigrane, la série raconte autant son époque qu’une période de vie heureuse et révolue, où l’insouciance présidait à nos choix et à nos aspirations.

En choisissant Romain Duris pour incarner le charismatique Vernon Subutex, la série a fait le choix le plus judicieux qui soit. Le comédien né au cinéma au cœur des années 90 et qu’on a vu tout au long des années incarner les multiples facettes d’un homme, de l’adolescent insouciant (Le Péril Jeune) à l’adulte inconséquent (L’âge d’homme… Maintenant ou jamais) en passant par le père aimant et sacrificiel (Nos Batailles) est absolument bouleversant et charismatique. D’une minceur effrayante, plus voûté à mesure que les épisodes avancent, la barbe broussailleuse et le regard hagard, l’acteur réussit une de ses meilleures performances. Tant que la série reste dans ses pas, qu’elle s’attache à suivre son parcours et ses rencontres, ses élans de tendresse et ses éclats d’angoisse jusqu’à sa chute inexorable, on se retrouve face à une œuvre par moments réellement éblouissante et singulière. Lorsque l’on s’éloigne de Vernon, on perd un peu de cette perfection, le récit part dans une direction moins poétique et plus convenue même si elle reste extrêmement efficace (et qui jusqu’au huitième épisode suit brillamment la trame du premier tome). La série condense le second tome très (trop) rapidement et pour les lecteurs de Despentes il en résultera forcément une amère frustration. Mais cette autre part du récit a pour elle d’être portée par des comédiens extraordinaires qui livrent des partitions exceptionnelles. L’incroyable Céline Sallette, la fracassante révélation Flora Fischbach, le délirant Philippe Rebbot, le virulent Laurent Lucas ou la démentielle Florence Thomassin (et même la toujours brillante Adèle Wismes de la série Les Grands), mais aussi tous les plus petits rôles gravitant autour d’eux, emmènent la série sur des sommets de comédie humaine et Vernon Subutex pourrait largement trouver de nouvelles trames narratives à explorer. Se dire qu’on va en rester là est d’autant plus difficile à accepter.

Crédits: Canal + / Je Films / Tetra Media Fiction

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s