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THE UNTHINKABLE (Critique)

SYNOPSIS: Alors que la Suède subit une attaque mystérieuse supposée terroriste, Alex est forcé de retourner dans son village natal. Il y retrouve Anna, son amour de jeunesse, ainsi que Bjorn, son père qu’il n’a plus vu depuis plusieurs années. Ensemble, ils devront renouer les liens brisés afin de survivre dans un pays plongé dans le chaos… en attendant le prochain assaut.

Venu tout droit des contrées scandinaves (plus précisément de Suède), The Unthinkable, ou en version originale Den Blomstertid Nu Kommer, est un petit miracle. Malheureusement, comme bien trop souvent dans l’histoire du cinéma, un bon film est souvent victime d’une industrie sans pitié pour les propositions de genre. Mais revenons au début. The Unthinkable est déjà lors de sa production un projet inhabituel. Réalisé par le collectif suédois Crazy Pictures, composé de cinq personnes (!), ce film fait suite à de nombreux courts-métrages à succès qui ont donné au groupe une petite notoriété internationale, ainsi qu’une grosse popularité en Suède. Le film sort en 2018 chez eux, et c’est un gros succès. Gros succès qui l’amènera naturellement vers le plus gros Festival de film fantastique au monde : Gérardmer, à l’édition 2019. Le film survole la remise des prix en en ramassant 3 (Prix du Jury, Prix du Jury Jeunes et Prix de la Critique). The Unthinkable se fait remarquer, et évidemment, les distributeurs pensent à une sortie cinéma. D’abord programmée le 3 avril, elle est très vite abandonnée, à cause de la concurrence due à la quantité astronomique de long-métrages qui sortent ce mercredi-là. Donc, c’est décidé, le film ne sortira pas en salles, mais directement en vidéo. Cependant, nous avons eu l’occasion de le voir avant la sortie officielle dans une salle de cinéma lors des très rares occurrences du film en projections privées.

On suit plusieurs personnages (Alex, Anna, Björn, …), menant leurs vies tranquillement, lorsqu’une catastrophe d’une ampleur et d’une origine inconnue bouleverse leurs habitudes et leurs projets. Ils vont devoir survivre malgré le monde qui s’écroule autour d’eux. Du pitch, on perçoit aisément qu’il s’agit d’un film catastrophe. Mais The Unthinkable à ça de spécial qu’il se centre surtout sur ses personnages. Ce sont eux qui sont le cœur de l’histoire, et à certains moments de l’intrigue, leurs préoccupations personnelles semblent plus importantes que la catastrophe en elle-même. Le film commence par une première partie plutôt paisible. On nous conte l’adolescence d’Alex, un jeune homme qui vit avec sa mère et son père, Björn, colérique et légèrement paranoïaque. Il passe son temps à jouer sur le piano de l’église du village avec Anna, la fille dont il s’est épris. Cette partie est racontée avec une poésie et une beauté si prononcée qu’elle sert de base à la surprise et au choc que crée l’arrivée de la catastrophe. Car cette dernière est si imprévisible et si violente qu’elle balaye tout le premier acte profondément humain en un claquement de doigt, ou plus précisément, en un crissement de pneu. On remarque également une montée de la puissance et de la violence au long du film qui nous cloue à notre siège et nous fait nous demander quand le long-métrage récidivera à nous secouer avec une scène. Car des scènes chocs, il y en a dans The Unthinkable. On pense par exemple à un carambolage sur un pont, aux pièges de Björn dans l’usine, ou encore aux hélicoptères dans le climax. Bourré d’adrénaline, de puissance et de tension, ce film est une mèche reliée à un bidon d’essence, menaçant d’exploser à chaque instant. Et la force du projet, c’est que celui-ci paraît exploser de nombreuses fois, tant on ne s’attend pas à une telle force de mise en scène.

On a une sensation d’immersion et de menace constante, apportées par un design sonore calibré au millimètre près pour frapper juste, ou encore par des acteurs ultra convaincants dans leurs rôles respectifs. En évoquant ces derniers, ils arrivent en un rien de temps à provoquer un attachement à leurs personnages. On citera Christopher Nordenrot, incarnant un Alex fragile psychologiquement, constamment à la limite du craquage et de la folie, tout en jouant avec cette innocence perdue et son choc suite aux événements déclencheurs du film qui l’emmènent à revenir dans son village natal. Il est accompagné par Jesper Barkselius, incarnant ce père de famille, qui a complètement sombré dans la paranoïa suite au départ de sa femme et à la fugue de son unique fils. On s’attache relativement tard à ce personnage (par rapport aux autres) dans l’intrigue, mais le revirement de pensée du spectateur est le signe d’un développement de celui-ci dans le scénario très juste et très précis. Les accompagnent dans cette mésaventure Lisa Henni, incarnant Anna, l’amour de jeunesse d’Alex, Pia Halvorsen, ou encore Magnus Sundberg, dans des seconds rôles passionnants et à aucun moment relégués à l’arrière-plan. Du film on retiendra l’évidente maestria technique et de mise en scène, amenant une tension et de l’action impressionnante et inattendue de la part d’un cinéma suédois actuel pas forcément connu pour ses audaces de narration. On note également de nombreux emprunts et hommages aux Blockbusters américains. Crazy Pictures lui rend cet hommage flamboyant de réussite en s’inspirant de Steven Spielberg dans son scénario, teinté d’aventure et de survie (tantôt La Guerre des Mondes, tantôt Jurassic Park), ainsi que Christopher Nolan, notamment dans sa superbe et majestueuse bande-originale (on pense parfois aux thèmes de Hans Zimmer dans Interstellar, avec ces synthés vibrants et puissants, symbolisant à la fois l’aventure et le danger). De plus, le montage, le sound design et la lumière donnent cet aspect très esthétique, jouant entre le jaune/rouge à la fois menaçant (la couleur du feu, du sang) et réconfortant (la couleur du soleil, d’un intérieur où l’on est en sécurité) et le bleu poisseux de l’extérieur, qui devient encore plus inquiétant lorsque le twist intervient, et que l’on comprend un peu mieux la cause de cette effroyable catastrophe.

Une catastrophe remarquablement bien gérée scénaristiquement, car elle mène à cette superbe scène finale, suivie par cette conclusion douce-amère, remplie d’humanité et de poésie (avant d’être rattrapé par une réalité un peu déstabilisante, et, on en conviendra, un peu gratuite). Ce que démontre cette dualité des genres, c’est que The Unthinkable, au-delà d’être une proposition de cinéma de genre, est surtout et avant tout une proposition de cinéma, dans ce qu’il a de plus pur et de plus merveilleux. Donc oui, The Unthinkable est bien ce petit miracle qu’on n’avait pas vu venir, à l’instar de sa catastrophe. La salle obscure est véritablement taillée pour lui, mais, évidemment, on se contentera de mettre le DVD dans notre salon. Et c’est déjà ça.

Titre Original: DEN BLOMSTERTID NU KOMMER

Réalisé par: Victor Danell

Casting : Christoffer Nordenrot, Jesper Barkselius, Lisa Henni

Genre: Action

Sortie le: 03 avril 2019

Distribué par: Wild Side Video

4,5 STARS TOP NIVEAUTOP NIVEAU

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3 réponses »

  1. Pour ma part, « The Unthinkable » est un film surprenant, et ce, pour diverses raisons. D’une part, c’est une production suédoise, et c’est plutôt agréable que de tels films arrivent jusqu’à nous, et d’autre part, les valeurs de productions sont de très bonnes qualités, démontrant ainsi qu’il n’y a pas qu’à Hollywood qu’on peut réaliser des films d’actions d’un bon niveau. L’intrigue est captivante, mais malheureusement le développement laisse à désirer, notamment dans le choix d’offrir un côté lunaire au personnage principal. Le rythme est sympathique, le récit est fluide, et la narration est linéaire, en dehors d’un ou deux flashbacks très courts. L’ensemble offre un bon divertissement, légèrement gâché par l’orientation donnée au personnage central… Dommage !
    Ma critique : https://wp.me/p5woqV-7ix

  2. J’ai pu le voir également et bon sang que c’est bien. Un film tourné par un collectif, loin des gros studios, et qui envoie du lourd tant dans la mise en scène, les effets et les acteurs. Une vraie claque. Un poil trop long peut être mais bon sang que c’est puissant.

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