Critiques Cinéma

CAPTIVE STATE (Critique)

1 STARS TRES MAUVAIS

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SYNOPSIS: Les extraterrestres ont envahi la Terre. Occupée, la ville de Chicago se divise entre les collaborateurs qui ont juré allégeance à l’envahisseur et les rebelles qui les combattent dans la clandestinité depuis dix ans.

Peut-on encore faire un film d’invasion extraterrestre qui apporte réellement quelque chose à ce genre qui compte quelques sommets mais aussi des fourgons entiers de films au mieux jetables, au pire tellement médiocres que seuls quelques amateurs de nanars pourront les sauver? On serait sincèrement tenté de répondre par la négative et rejeter en bloc tous les nouveaux films du genre. Pourtant, depuis son annonce et jusqu’aux premiers trailers, Captive State a fait naître en nous une certaine attente, se plaçant dans une sous catégorie de ces films, où le propos n’est pas de mettre en scène le débarquement ennemi et la façon dont les forces alliées y feront face, ménageant un suspens plus ou moins factice sur l’issue de cette guerre. Le propos est de savoir comment vivre sous l’occupation alien, comment s’organisent la vie sur terre et les poches de résistance. Avec ce sujet très rarement traité aussi frontalement au cinéma et plus familier à la télévision, on pense notamment à V (1984-1985), Invasion Planète Terre (1997-2002) et plus récemment Colony (2016-2018)Captive State déplace l’échelle de ses enjeux, quand ce qui compte ici n’est pas de savoir comment se gagnera la guerre mais plutôt comment la déclencher, dix ans après le débarquement alien et l’abdication de l’ensemble des pays qui remettent leur sort entièrement entre les mains de ceux que l’on appelle les législateurs.  Evidemment, lorsque l’on ambitionne de ne pas se cacher derrière ses effets spéciaux et un enchaînement de scènes spectaculaires, d’aborder par un angle original un genre aussi essoré, il vaut mieux avoir toutes les clés en main et c’était à priori le cas pour Rupert Wyatt, portant la double casquette de scénariste et metteur en scène, comme il l’avait fait sur son premier film (Ultime Evasion, 2008). Avec Captive State, Rupert Wyatt revient sur un projet original, lui qui sortait d’un remake (celui de The Gambler, le chef-d’oeuvre de Karel Reisz) et d’un reboot (La Planète des Singes: Les Origines, 2011) qui sans être inoubliables, laissaient penser qu’il avait les épaules pour que son petit dernier soit une belle réussite.

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Le bât blesse malheureusement tant en terme d’écriture que de mise en scène. Sur une telle trame on aurait souhaité rencontrer des personnages très forts : complexes pour ceux qui collaborent avec l’ennemi, attachants et émouvants pour les résistants. Dans un film qui ambitionne de faire réfléchir plutôt que de divertir, d’émouvoir plutôt que d’en mettre plein les yeux, ce sont là des faiblesses quasi rédhibitoires qui viennent singulièrement doucher nos attentes. Passé un prologue qui laisse quelques espoirs et une première partie déjà plus brouillonne dans laquelle Wyatt introduit un peu laborieusement et sans grande conviction les principaux protagonistes de ce récit dont l’enjeu se dessine, Captive State tombe dans un trou noir dont il ne parviendra plus jamais à s’extraire. Narrativement le film ne cesse de s’écrouler sur lui-même en se rêvant thriller / film de casse, emmenant dans son sillage les membres d’un groupe de résistants qui ont mis au point un plan fumeux qui doit, comme il est répété à maintes reprises, « créer une étincelle » de nature à inciter la population à se révolter. Le désastre est tel qu’on a l’impression de se trouver devant un autre film que celui que laissaient espérer les premières minutes. Plusieurs scènes paraissent avoir été collées les unes à la suite des autres, sans aucun souci d’immersion dans ce que le film essaye très péniblement de nous raconter. On s’attendait à un film sur la résistance, prenant le temps de développer ses enjeux, ses personnages, de rendre palpable et crédible ce monde et on se retrouve devant le climax d’une série télé dont on aurait manqué les 8 premiers épisodes, avec des personnages dont on ne sait rien, une tension installée à grands renforts de musique, faute d’y parvenir par la mise en scène.

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Si Captive State avait d’emblée renoncé à être un film spectaculaire il s’y essaye dans quelques courtes scènes, sortant du thriller neurasthénique pour rendre tangible le pouvoir de ces occupants. Il y échoue avec une constance assez sidérante, à l’exception d’une des premières scènes, et atteint un sommet dans une séquence qui devrait être précédée d’un carton d’avertissement pour tous les fans de Terminator et de Predator qui risquent une crise cardiaque, même si la crise de rire n’est pas loin. Il est assez incompréhensible, lorsque l’on repense à ses précédents films, de voir Wyatt se prendre à ce point les pieds dans sa mise en scène, ne rien proposer d’autre qu’une succession de plans brouillons dignes d’un DTV, qui ne sont connectés ni aux personnages, ni au récit, qui ne permettent aucune immersion, ne créent aucune tension. Il en est de même dans sa direction d’acteurs, alors qu’il s’est entouré d’un casting plutôt solide. Dans le rôle du jeune résistant qui marche dans les pas de son frère (sorte de Jean Moulin local dont le portrait apparaît sur les murs de la ville) on retrouve Ashton Sanders, si prometteur dans Moonlight et si transparent ici, peu aidé il est vrai par l’écriture de son personnage. Le toujours excellent John Goodman finit presque par nous agacer dans le rôle de ce policier collabo, dans lequel il semble totalement engoncé. Quant à Vera Farmiga, on se demande bien ce qu’elle est venue faire dans cette galère… On est sévère, oui, certainement, comme rarement même, mais devant un tel ratage, fracassant contre le mur toutes les promesses semées, il est bien difficile de faire preuve d’indulgence.

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Rien de ce qui est semé au cours du récit n’est développé, n’a de poids et ne résiste à ce qui ressemble à une succession aléatoire de scènes assemblées sans une ligne directrice claire. Quid notamment de ce  gigantesque réseau souterrain, de cette « ville alien » construite sous leurs ordres, dans laquelle ils semblent tous s’être réfugiés et depuis laquelle ils dirigent tout de l’exploitation des ressources naturelles, jusqu’aux décisions politiques? Quid de la vie de cette cellule dormante de la résistance et des moyens dont elle dispose pour mettre en œuvre leur plan? Quid de la vie des citoyens lambda réduits à n’être que des silhouettes alors qu’ils vivent dans un régime Orwellien ou toute leur vie est surveillée par la « puce » qui leur a été implantée, des groupes entiers étant nous dit-on, régulièrement déportés sur une autre planète? Il y avait là une matière extrêmement riche pour que Captive State soit au mieux une version SF de l’Armée des Ombres, à minima une version ciné réussie des séries télé qui ont abordé ce même sujet avec infiniment plus de cœur, d’esprit et de talent.

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Titre Original: CAPTIVE STATE

Réalisé par: Rupert Wyatt

Casting : Ashton Sanders, John Goodman, Vera Farmiga…

Genre: Science fiction, Thriller

Sortie le : 3 avril 2019

Distribué par: Metropolitan FilmExport

1 STARS TRES MAUVAISTRÈS MAUVAIS

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