Critique Blu-Ray

FAT CITY – LA DERNIÈRE CHANCE (Critique)

SYNOPSIS: Stockton, Californie. Billy Tully, un ancien boxeur devenu alcoolique après la mort de sa femme, décide de remonter sur le ring pour sortir de sa déchéance… Son ami Ernie Munger accepte de l’aider à s’entraîner. 

Fat City ou La dernière chance en français est un film du grand John Huston réalisé en 1972. Il faut rappeler que cette décennie reste la plus inventive, la plus intéressante de l’histoire cinématographique américaine et nous n’avons jamais fini de découvrir des films qui décrivent magnifiquement cette période remplie de doutes et de bouleversements sociaux. Deux livres sont ainsi indispensables pour prolonger cette réflexion : Le Nouvel Hollywood de Peter Biskind et Le Cinéma américain des années 70 de Jean-Baptiste Thoret. John Huston s’inspire directement de sa propre expérience pour nous conter cette histoire de boxeurs déchus dans ce film inspiré d’un livre de Leonard Gardner. Avant l’arrivée de l’ère Reagan, l’Amérique est déboussolée par le conflit mené au Vietnam (ce conflit dura jusqu’en 1975) et on retrouve cette ambiance défaitiste dès le début du film. Les gueules sont usées, la musique est très mélancolique. L’action se situe dans une petite ville moyenne californienne Stockton où Billy Tully (l’excellent Stacy Keach, déjà pourvu d’un magnifique rôle dans The New Centurions de Richard Fleischer la même année) représente à lui tout seul cette fatigue, ce désespoir dans sa chambre miteuse. Il passe son temps dans les bars à se souler avec des inconnus tout aussi paumé que lui, à ressasser sa vie. La mise en scène est à l’aune de l’époque, sobre, quasi documentaire, créant une empathie immédiate pour ses personnages.

Ancien surdoué de la boxe, Billy décide de relancer sa carrière après sa rencontre avec le jeune Ernie Munger alias Jeff Bridges. Bridges n’était pas un inconnu pour le public américain puisqu’il connut l’année précédente un énorme succès avec La dernière Séance de Peter Bogdanovich. Il joue ce chien fou qui tente de sortir de son quotidien d’ouvrier en voulant percer dans le milieu de la boxe amateur. C’est d’ailleurs grâce à Billy et à ses anciennes connaissances qu’il décroche ses premiers combats pro. La boxe n’est traité ici comme le seul et unique espoir d’une population désespérée et misérable.

Alors qu’on pouvait croire dans un premier temps à une histoire autour de la filiation et de la passation autour de la boxe, Huston ne quitte jamais le vrai sujet du film : le prolétariat américain et ses oubliés du rêve américain. Le metteur en scène nous emmène à de nombreuses reprises dans l’enfer des maraichers californiens où il faut quémander sa place au quotidien pour gagner sa croute sous un soleil accablant et un travail physique considérable. L’utilisation de la boxe filmé de manière platonique sans héroïsme n’est donc pas surprenante puisqu’il prolonge cette réflexion autour du corps de l’ouvrier trituré par le système des exploitants. On peine à croire ce qu’est devenu le cinéma américain lorsqu’on voit un film comme Fat City qui affrontait le réel droit dans les yeux et qui n’avait pas peur de décrire la misère de l’époque.

Enfin, une des grandes forces du film est la démonstration des sentiments dont fait preuve le personnage principal malgré sa situation. Son besoin d’aider et son besoin d’amour seront les seules choses que le système ne lui aura pas pris. Malgré sa relation chaotique avec Oma (Susan Tyrell) ou sa relation avec Ernie, Billy est en attente de contacts humains ou amoureux qui lui apporteraient sa dignité perdue. Cela se matérialise dans cette dernière scène déchirante où le dernier espoir de Billy, devenu une épave après sa rupture, est de discuter autour d’un verre avec Ernie avant que ce dernier ne parte une bonne fois pour toute pour trouver une vie meilleure. Cet antagonisme est bouleversant et clôt parfaitement ce film sobre dans sa conception mais magistral dans sa réflexion.

Titre Original: FAT CITY

Réalisé par: John Huston

Casting : Stacy Keach, Jeff Bridges, Susan Tyrrell

Genre: Drame

Sortie en Blu-ray, dvd + livre le : 29 octobre 2014

Distribué par: Wild Side Video

4,5 STARS TOP NIVEAU

TOP NIVEAU

 

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