Critiques Cinéma

DERNIER AMOUR (Critique)

SYNOPSIS : Au XVIIIe siècle, Casanova, connu pour son goût du plaisir et du jeu, arrive à Londres après avoir dû s’exiler. Dans cette ville dont il ignore tout, il rencontre à plusieurs reprises une jeune courtisane, la Charpillon, qui l’attire au point d’en oublier les autres femmes. Casanova est prêt à tout pour arriver à ses fins mais La Charpillon se dérobe toujours sous les prétextes les plus divers. Elle lui lance un défi, elle veut qu’il l’aime autant qu’il la désire. 

C’est la cinquième fois que Benoît Jacquot travaille avec Vincent Lindon. Le metteur en scène décide cette fois, non sans une hésitation compréhensible, de lui donner le rôle de Giacomo Casanova, l’éternel séducteur. Ici, il n’est point question de le montrer en action, enchaînant les conquêtes. Là où Jacquot innove, c’est qu’il choisi une période bien précise de la vie de Casanova : son exil londonien. En s’imprégnant de ses mémoires Histoire de ma Vie, le metteur en scène traite d’un moment bien précis, recours assez habile pour réussir à tout faire rentrer dans un long-métrage d’1H40. Mais remettons le contexte : Casanova arrive à Londres. Alors qu’il retrouve d’ anciennes conquêtes et discute liberté avec des aristocrates londoniens, il rencontre une jeune femme, La Charpillon. Il découvre une femme légère, volatile. S’ensuit une attirance inexplicable, mais pour la première fois de sa vie, une personne résiste aux charmes de Casanova : elle se refuse à lui. Voilà l’origine du titre, Dernier Amour. Il s’agit de la première et la dernière fois où il a aimé au sens premier du terme, sans que jamais cet amour (si amour il y a bel et bien) ne lui soit accessible. Jacquot dépeint une sorte de relation impossible, où la passion ne fait que grimper au fur et à mesure de l’histoire. Casanova sera marqué à jamais par La Charpillon, qui restera un profond mystère pour lui. On assiste à un jeu du chat et de la souris, où chacun se joue de l’autre en usant de ses charmes.

Le réalisateur, qui s’attaque une nouvelle fois à une reconstitution historique, fait le choix de se consacrer à l’intime dans sa mise en scène. En effet, beaucoup d’autres cinéastes auraient plutôt eu envie de construire ce film en misant sur le spectaculaire, l’esthétique. Mais Benoît Jacquot raconte cette passion et cette histoire d’amour platonique de l’intérieur. Le travail visuel  et de reconstitution est très réussi, et certains plans trouvent même un aspect pictural saisissant, mais là n’est pas l’objectif. C’est avant tout des personnages que l’on parle, et l’intérêt du spectaculaire et du contemplatif se limite seulement à montrer de façon pragmatique et gratuite son talent. Mais Jacquot n’a plus besoin de ça.

Le film possède une structure narrative classique pour un tel biopic historique : le protagoniste est à la fin de sa vie, et raconte à un personnage secondaire (qui représente de façon allégorique le spectateur, en attente de réponses) un épisode de sa vie. Des séries de flashbacks ponctués de voix-offs exposant le contexte spatio-temporel. Usant des codes de ce genre de production, Jacquot réussit quand même à ne pas tomber dans la reconstitution incomplète d’une époque passée. Il pousse les efforts sur la recherche de détails, pour créer un univers aussi réaliste que possible. Car c’est seulement dans un contexte crédible que deux personnages peuvent exister, et ainsi s’aimer (si parler d’amour dans ce cas là est bien justifié…). Nous voilà ainsi plongés dans une autre époque, où l’écriture des dialogues et des intrigues est travaillée pour ne pas laisser le spectateur et son point de vue contemporain sur le bord de la route. Mais le travail qui marque le plus est bien évidemment les performances des comédiens, remarquables de complexité et de crédibilité.


Ainsi, Vincent Lindon dans le rôle de Casanova est accompagné de Stacy Martin dans le rôle de La Charpillon. Le premier paraît aux premiers abords un choix étrange, mais il étonne par sa justesse, sa robustesse, et par la suite, par sa fragilité et la sensibilité que Casanova découvre à ses dépens. Ce virage dans la vie de Casanova est bien périlleux pour un comédien, mais Lindon n’est certainement pas un comédien lambda. De plus, il trouve une alchimie surprenante et flamboyante avec Stacy Martin, l’incandescente Marianne de Charpillon. Ce rôle, toujours à cheval entre l’innocence, la manipulation et l’insolence lui va à merveille. Elle offre une prestation toujours en nuances, accentuant le côté mystérieux et ambivalent de sa relation avec Casanova.


Aussi, la pléiades de formidables comédiens et comédiennes secondaires parviennent toutes et tous à exister derrière le duo de tête. On peut notamment citer Valeria Golino, Julia Roy, Nathan Willcocks ou encore Anna Cottis. Par la peinture de cet amour-passion qui marquera à vie le plus célèbre séducteur de l’histoire, Benoît Jacquot construit un film épuré et efficace, qui utilise la force de sa mise en scène et son travail de l’intimité pour livrer une histoire passionnante et réaliste, menée par un duo de comédiens flamboyants. Montrant pour la première fois au cinéma de façon aussi centrale la relation complexe entre Casanova et Marianne de Charpillon, Dernier Amour fait partie de ces reconstitutions historiques réussies, qui sondent l’intime de ses personnages sans faire du spectateur un voyeur à la recherche de spectaculaire.

Titre Original: DERNIER AMOUR

Réalisé par: Benoît Jacquot

Casting : Vincent Lindon, Stacy Martin, Valeria Golino…

Genre: Drame, Historique, Romance

Date de sortie: 20 mars 2019

Distribué par: Diaphana Distribution

3,5 STARS TRES BIENTRÈS BIEN

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