Critiques Cinéma

VELVET BUZZSAW (Critique)

3 STARS BIEN

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SYNOPSIS: Le thriller Velvet Buzzsaw se déroule dans le milieu de l’art contemporain à Los Angeles, où artistes et collectionneurs richissimes sont prêts à débourser des fortunes pour des pièces pouvant rapporter gros. 

En 2014, Dan Gilroy, que l’on connaissait alors surtout comme scénariste, notamment sur le reboot de Jason Bourne réalisé par son frère Tony (Jason Bourne: L’Héritage, 2014), avait fait une entrée très remarquée dans l’univers du film de genre avec le très noir et réussi Night Call qui offrait à Jake Gyllenhaal un rôle méphistophélique et l’une des plus grandes performances de sa carrière. Depuis, le soufflé est malheureusement un peu retombé avec un second film beaucoup plus conventionnel (L’Affaire Roman J, 2017) qui ne trouvait jamais le bon ton, tiraillé entre les aspirations trop larges, voire contradictoires, de son scénariste metteur en scène, bien moins inspiré par le personnage de Roman J. Israel et son idéalisme mis à l’épreuve que par celui, prêt à tout et sans scrupules, qu’était Lou Bloom dans Night Call. Pour son troisième film, Dan Gilroy retrouve des personnages qui, comme Lou Bloom, ne s’embarrassent guère de questions de morale, ni de scrupules, dans un univers qui paraît d’abord très éloigné de ceux qu’il a exploré jusqu’alors, tant comme metteur en scène, que comme scénariste: celui de l’art contemporain et en particulier de ceux qui gravitent autour des artistes et sont les piliers de ce qui est devenu un énorme business.

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Ce faisant, Dan Gilroy s’attaque à un sujet dans lequel on peut vite tomber dans la facilité, la caricature et les poncifs éculés, l’art contemporain étant une cible de choix pour nombre de personnes qui en dénoncent la vacuité notamment de celui paré de tous les maux d’une époque à laquelle ils se sentent étrangers. Dan Gilroy n’est heureusement pas Ruben Ostlund et s’il est clair qu’il règle aussi quelques comptes avec la critique ciné au travers du personnage de Morf Wendevalt (Jake Gyllenhaal), l’horreur et même, au détour de quelques scènes, le gore, s’invite dans une comédie satirique qui sans cela, aurait vite fait de tourner à vide. Avec une mécanique qui rappelle celle de Destination Finale (James Wong, 2000) et un ton qui nous fait penser à celui que l’on retrouvait dans les épisodes des Contes de La Crypte, dont il semble être un (trop) long épisode, Velvet Buzzsaw se révèle être une bonne petite série B luxueuse, presque aussi vite oubliée que consommée, avec un casting et un écrin de série A grâce, encore une fois, à la superbe photographie de Robert Elswit, déjà présent sur les précédents films de Gilroy et qui était, faut-il le rappeler le directeur photo attitré de Paul Thomas Anderson sur ses cinq premiers films.

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Pour apprécier Velvet Buzzsaw, il faut en accepter les outrances et le parti pris d’embrasser toutes les caricatures dans la caractérisation des personnages jusqu’au choix même de leur nom, pour rendre plus efficace et jouissif le petit jeu de massacre qui se mettra progressivement en place. Jake Gyllenhaal interprète jusqu’à la caricature, totalement assumée, un critique d’art dont les avis sont redoutés et ressemblent à des sentences irrévocables. Jusque dans sa bisexualité, ses mimiques et attitudes tour à tour ostensiblement efféminées, outrées ou hautaines, toutes les cases de la grossière caricature sont cochées. Cela aurait pu devenir très rapidement indigeste, voire problématique avec un autre acteur mais Gyllenhaal trouve, à de rares exceptions près, le bon dosage pour que la caricature reste drôle.  René Russo (Rhodora Haze) directrice d’une puissante agence artistique, Toni Collette (Gretchen) galeriste, Tom Sturridge (Jon Dondon) jeune agent ambitieux, sont sur la même fréquence, celle de la comédie satirique dont le gros trait ne bave pas grâce au talent de ses interprètes. Seuls deux personnages sont un tant soit peu écrits et développés et constituent un salutaire point d’ancrage pour le récit: Josephina (Zawe Ahston) et Coco (Natalie Dyer) qui sont toutes les deux des jeunes assistantes qui n’ont pas encore le vice de leur aînées.

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La découverte des toiles abandonnées peintes par un voisin de Josephina dont tout le monde semblait ignorer l’existence jusqu’à son décès est le point de bascule du récit à partir duquel Dan Gilroy s’amuse à injecter du fantastique et de l’horreur dans la comédie satirique. Celle-ci se transforme en un slasher dans lequel le boogeyman est remplacé par les œuvres de ce mystérieux artiste rapidement devenu la nouvelle coqueluche de ce petit milieu. Le propos n’est pas forcément subtil « Ceux qui ont vécu par l’art ou voulu se l’approprier périront par celui-ci » mais le ton volontiers ironique rappelle les petites contes moraux que proposaient les épisodes des Contes de La Crypte. Les scènes d’horreur attendues sont suffisamment réussies et graphiques pour emporter l’adhésion, en particulier lorsque l’horreur jaillit dans le cadre immaculé et aseptisé d’une galerie d’art. On aurait souhaité qu’elles aillent un peu plus loin et, pour certaines, soient moins vite exécutées mais, derrière chacune d’entre elle, se dégage une petite morale qui fait sourire et sert le propos du film. Ça ne révolutionne certes pas le genre, le propos est beaucoup moins fort et incarné que dans Night Call mais Velvet Buzzsaw, soutenu par son excellent casting, se place plutôt dans le haut du panier si l’on considère le niveau actuel des comédies horrifiques américaines.

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Titre Original: VELVET BUZZSAW

Réalisé par: Dan Gilroy

Casting : Jake Gyllenhaal, Toni Collette, Rene Russo, Zawe Ashton…

Genre: Comédie, Horreur

Sortie le: 1er février 2019

Distribué par: NETFLIX

3 STARS BIEN

BIEN

 

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