Critiques Cinéma

A LA POURSUITE DU DIAMANT VERT (Critique)

SYNOPSIS: Une jeune romancière à succès part en Colombie à la recherche de sa soeur qui a été kidnappée. Accompagnée d’un aviateur quelque peu blasé, elle affrontera les dangers d’une jungle inhospitalière pour récuperer un fabuleux diamant qui servira de monnaie d’échange.

En 1984, la carrière de Robert Zemeckis n’a pas encore complètement décollé. Diplômé en 1973 de la prestigieuse Université de la Californie du Sud (U.S.C.) en cinéma-télévision et repéré par Steven Spielberg en personne qui, impressionné par son excellent court-métrage de fin d’études (A Field of Honor, récompensé en 1973 du Student Academy Award), accepte de lancer le trublion en réalisant à la fin des 70’s l’un de ses scénarios co-écrit avec John Milius et son ami Bob Gale (1941), en l’autorisant à assister au tournage de Rencontres du troisième type, et en produisant ses deux premiers films en qualité de cinéaste (Crazy Day en 1978, puis La Grosse Magouille en 1980), eux aussi co-écrits avec Bob Gale, Robert Zemeckis n’obtient hélas pas tout de suite les faveurs du public – ces trois longs-métrages, bien que relativement bien accueillis par la critique de l’époque, subissent en effet un revers au box-office, récoltant respectivement 31, 2 et 11 millions de dollars de recettes sur le territoire américain.

 
Le binôme Zemeckis/Gale ne lâche pas l’affaire pour autant, ils ont un projet d’envergure en tête, qui sera lui aussi produit par leur chaperon Spielberg via sa société Amblin Entertainment, alors en pleine effervescence : l’histoire d’un adolescent qui voyage dans le temps pour remonter en 1955. Malheureusement pour eux, aucune major hollywoodienne ne croit pour l’instant au pedigree commercial de ce Retour vers le futur : il est convenu que Robert Zemeckis fasse d’abord ses preuves en mettant en boîte un film (de studio) qui rapporte gros, et c’est ainsi qu’il se met à développer pendant un an le projet d’une adaptation en film de Cocoon, le roman de David Saperstein, jusqu’à ce que son téléphone sonne et que Michael Douglas lui propose de réaliser À la poursuite du diamant vert. C’est en effet à l’âge de 31 ans à peine qu’il entame en solo en 1983 la réalisation d’À la poursuite du diamant vert, une romance pleine d’action et d’aventure produite par 20th Century Fox pour surfer sur la vague du grand succès du premier Indiana Jones (sorti 2 ans plus tôt) et interprétée par Kathleen Turner et Michael Douglas. C’est en effet ce dernier qui dénicha Zemeckis pour mettre en chantier le film, après que le style de Crazy Day et surtout la récréation de La Grosse Magouille lui aient tapé dans l’œil. L’histoire raconte que Michael Douglas tomba amoureux du script d’À la poursuite du diamant vert – écrit avec fougue et passion par la jeune débutante Diane Thomas, alors serveuse le jour au resto Alice sur la jetée de Malibu (où se rendait régulièrement le fils de Kirk Douglas) et scénariste à ses heures perdues – au point de le payer 250.000 dollars (une coquette somme !) aux enchères pour le produire et d’offrir une Porsche Carrera à Diane Thomas pour la remercier de lui avoir soumis directement l’idée du long-métrage (et de l’avoir aidé à polisser le scénario de sa suite). Diane Thomas mourut d’ailleurs quelques mois plus tard d’un traumatisme provoqué lors d’un accident de la voie publique alors qu’elle était passagère arrière du véhicule et qu’elle travaillait ardemment sur le script d’Always de Spielberg et venait d’achever pour lui une première version d’une suite potentielle des Aventuriers de l’Arche Perdue, qui devait prendre place dans un manoir hanté. Mais revenons à nos moutons. Il faut rappeler qu’au début des 80’s, Michael Douglas a le vent en poupe mais n’était pas l’immense étoile qu’il est aujourd’hui. Il a certes cartonné une décennie plus tôt en tant qu’acteur dans la série policière Les Rues de San Francisco, dans laquelle il a officié pendant 4 ans et surtout en tant que producteur avec le triomphe phénoménal de Vol au-dessus d’un nid de coucou – qui récolta 5 Oscars majeurs l’année suivant sa sortie en salles – et le joli succès du Syndrome Chinois – réalisé en 1979 par James Bridges – mais il n’a pas encore connu la gloire comme acteur au cinéma.

Le comédien et producteur américain se met alors en tête de trouver un interprète pour camper Jack T. Colton, l’aviateur quelque peu blasé mais intrépide d’À la poursuite du diamant vert, mais aucun des comédiens envisagés par la major (Christopher Reeve, Sylvester Stallone, Burt Reynolds, Clint Eastwood) n’accepte l’offre. Il propose alors au studio de jouer lui-même le personnage mais la Fox refuse au départ … avant de finalement accepter après que Douglas les ait convaincus. Kathleen Turner, de son côté, a aussi dû batailler fort pour obtenir le rôle de Joan Wilder, romancière à succès spécialisée dans les histoires à l’eau de rose et héroïne qui se retrouve embarquée malgré elle dans une véritable chasse au trésor dans une jungle colombienne inhospitalière pour mettre la main sur un diamant convoité. En effet, elle n’était pas la première actrice envisagée (Debra Winger était première sur la liste), et ce n’est qu’après avoir rencontré Michael Douglas et que leur alchimie à l’écran ait pu être testée qu’elle fut engagée. Danny DeVito, ancien colocataire de Douglas lors de leurs années de galère à New-York et qui a vu sa carrière décoller après qu’il ait tenu le rôle du célèbre Martini dans Vol au-dessus d’un nid de coucou (d’abord au théâtre puis au cinéma), est quant à lui embauché pour camper Ralph, le cousin empoté de Ira (Zack Norman), un brigand qui a kidnappé la sœur de Wilder comme rançon pour récupérer le fabuleux diamant vert du titre. L’acteur mexicain Manuel Ojeda et le comédien Alfonsa Arau, aperçu dans La Grosse Magouille, complètent la distribution en interprétant respectivement le rôle du méchant Zolo, un chef militaire local qui aspire lui aussi à déterrer le butin, et celui de Juan, un narco-trafiquant fan des romans de Wilder. À la poursuite du diamant vert, c’est aussi et surtout la rencontre entre Robert Zemeckis et le talentueux compositeur Alan Silvestri, crédité ici à la musique et qui assurera par la suite les bandes-originales de tous les films du cinéaste. Les autres membres du staff technique d’À la poursuite du diamant vert se nomment Dean Cundey (chef opérateur de génie, qui vient tout juste à l’époque d’éclairer les premiers chefs-d’œuvre de John Carpenter), Lawrence G. Paull (chef décorateur exceptionnel lui aussi et nommé à l’Oscar des meilleurs décors en 1983 pour son fabuleux travail sur Blade Runner), Marilyn Vance (costumière attitrée des meilleurs teen movies 80’s mais aussi des Incorruptibles de DePalma) et Donn Cambern (monteur d’Easy Rider, de The Last Picture Show et d’Excalibur). Une fois tout ce beau monde réuni et quelques réécritures amélioratives (du scénario de Thomas) effectuées, attribuables aux script doctors Lem Dobbs (scénariste de Dark City et de plusieurs œuvres de Soderbergh), Howard Franklin (auteur de l’adaptation en film du Nom de la Rose et de la comédie culte Hold-Up à New-York) et Treva Silverman (créditée sur quelques séries 60’s), la production du film est lancée. Tourné sur plusieurs mois entre le Mexique et les USA avec un budget modeste mais relativement confortable de 10 millions de dollars, À la poursuite du diamant vert connaît 2-3 déboires en cours de route, notamment quelques disputes terribles sur le plateau entre Turner et Zemeckis (l’actrice reprochant au cinéaste d’être davantage tourné vers la technicité que vers la direction de comédiens – mais cela ne les empêchera heureusement pas de collaborer à nouveau ensemble sur Qui veut la peau de Roger Rabbit ?), l’intervention chirurgicale non prévue de Turner (suite à un trauma physique causé par un éboulement de terrain, lui-même provoqué par des pluies torrentielles) et surtout des projections tests jugées calamiteuses par le studio. La 20th Century Fox ne croit en effet tellement pas au potentiel commercial du film qu’elle se débrouille pour faire virer Zemeckis de Cocoon et que le projet échoue entre les mains de Ron Howard, avec le résultat mi figue mi raisin que l’on connaît.


Mais à l’arrivée, que vaut À la poursuite du diamant vert ? Trépidant et réussi, voici les premiers mots qui viennent en tête à l’issue de la séance. À la poursuite du diamant vert est un effet un film d’aventure captivant et drôle, appartenant au genre dans ce qu’il a de plus noble. Un honnête divertissement, tout à fait respectueux du cinéma de l’âge d’or hollywoodien (le serial évidemment, mais aussi le western auquel Zemeckis déclare son amour à travers une introduction parodique assez cocasse) menée tambour battant avec une ferveur incroyable, avec laquelle le réalisateur s’amuse comme un fou et enchaîne les scènes d’action et de comédie à un rythme effréné. À cet égard, on gardera en mémoire la célèbre glissade de Wilder et Colton avec la coulée de boue, ainsi que la course-poursuite haletante avec les jeeps, deux scènes qui valent leur pesant de cacahuètes pour leur originalité, leur ton enjoué, leur lisibilité et leur sens prononcé de l’aventure. Le décor principal, une jungle luxuriante baignant dans un climat humide, est efficacement exploité par Zemeckis qui, avec une verve enviable et une imagination joyeusement débridée, fait preuve d’une certaine maîtrise derrière la caméra pour en constituer un personnage à part entière et ainsi dépayser l’audience. L’intrigue, peut-être le point noir du film, est extrêmement basique, mais reste tout de même jubilatoire, extravagante et généreuse, forte de péripéties nombreuses et palpitantes qui suffisent à embarquer les spectateurs dans cette chasse au trésor. Zemeckis alternant en effet sans temps mort et avec une efficacité indéniable les passages de suspense et les dialogues comiques irrésistibles. Si la légèreté est globalement de mise dans À la poursuite du diamant vert, catapulté par un humour particulièrement efficient, plus surprenants sont par contre la violence graphique de certaines plans – l’extraordinaire mutilation du vilain notamment, qui se fait becqueter un bras par un crocodile lors du final – et le renversement de certains codes en vigueur à l’époque – Wilder remet souvent Colton à sa place (« un vrai homme n’a pas besoin d’attirer l’attention sur ses actions ») et se dépatouille toute seule et avec courage de la menace incarnée par Zolo lors du climax dans le fort, Colton faisant quasiment office de figurant. Kathleen Turner et Michael Douglas, parlons-en ! Les deux comédiens, ainsi que Danny DeVito, apparaissent particulièrement investis, et le film ne serait certainement pas ce qu’il est sans la fougue juvénile de ce trio, héros et antagoniste idéaux de cette aventure dont l’alchimie est parfaitement tangible et rappelle constamment la dynamique de personnages issus de screwball comedies. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Douglas et Turner seront à nouveau réunis à l’écran quelques années plus tard devant la caméra de Danny DeVito pour les besoins de sa Guerre des Rose.


Comparé à tort par certains critiques aux Aventuriers de l’Arche Perdue – ce dernier a beau être sorti plus tôt, le script du film de Zemeckis a été écrit 2 ans avant celui du long-métrage de Spielberg À la poursuite du diamant vert surfe plutôt sur la vague du succès de L’Homme de Rio, sorti en 1964 et ayant aussi servi d’inspiration à Spielberg pour les péripéties de son archéologue baroudeur. A l’instar du célèbre film d’aventure de Philippe de Broca, qui était lui-même une sorte de patchwork ciné des aventures de Tintin, À la poursuite du diamant vert s’avère un excellent divertissement, à la fois tonitruant et enlevé, porté par une réalisation efficace de Zemeckis, une musique engageante et des interprétations immédiatement empathiques. On pourrait peut-être reprocher au film son manque de profondeur et de personnalité, au regard de l’œuvre future de Zemeckis, teintée par la suite de thématiques et de figures récurrentes, mais ce serait sans doute pinailler tant À la poursuite du diamant vert est de bonne facture et constitue un spectacle vraiment fun. A sa sortie en salles, À la poursuite du diamant vert devient un immense carton public, à la grande surprise des producteurs donc, récoltant 76 millions de dollars sur le sol américain et 10 millions dans le reste du monde pour un total aux alentours de 86 millions de billets verts. Ce joli pactole transforma Michael Douglas, Kathleen Turner et Danny DeVito en stars mondiales, donna le feu vert à la mise en chantier d’une suite – Le Diamant du Nil, réalisée très rapidement après par Lewis Teague et sortie l’année suivante au cinéma – et propulsa surtout Zemeckis comme légende, en 1985, avec la sortie du premier épisode de sa trilogie culte Retour vers le futur. À la poursuite du diamant vert se revoit toujours aujourd’hui avec grand plaisir, n’ayant pas tellement vieilli et se trouvant régulièrement cité par des cinéastes comme sources d’inspiration pour leurs œuvres à la qualité très discutable (par Breck Eisner pour Sahara et très dernièrement par James Wan pour son Aquaman). Un projet de suite, intitulée The Crimson Eagle, a rapidement vu le jour après la sortie du Diamant du Nil, puis à nouveau en 2005 et en 2008 sous l’impulsion de Michael Douglas qui relança l’idée sous l’appellation Racing the Moonsoon ; et c’est enfin un remake qui a été développé en 2009 [avec Gerard Butler (ou Taylor Kitsch) et Katherine Heigl dans les rôles principaux, et Robert Luketic à la réalisation] puis une série télé en 2011. Zéro nouvelle depuis cette date !

Titre Original: ROMANCING THE STONE

Réalisé par: Robert Zemeckis

Casting : Michael Douglas, Kathleen Turner, Danny DeVito …

Genre: Aventure, Action, Comédie

Date de sortie: 04 juillet 1984

Distribué par: –

3,5 STARS TRES BIENTRÈS BIEN

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