Critiques

PHILHARMONIA (Critique Mini-Série) Une partition prenante et addictive…

SYNOPSIS: Hélène Barizet est une musicienne prodige devenue chef d’orchestre. Nommée à la tête du Philharmonia contre l’avis de la Direction et des musiciens, elle est la première femme à diriger un orchestre permanent. Son audace et sa conduite nourrissent les rancœurs tout autant qu’elles forcent l’admiration. Le Maestro a une saison pour faire sa place et sauver l’orchestre. Elle peut compter sur Selena Rivière, une jeune violoniste virtuose pour l’y aider. Hélène l’a nommée premier violon, bien décidée à lui transmettre sa passion et son génie musical. Mais comment transmettre quand tout ce que l’on souhaite, c’est rompre avec le passé ? 

Quand une série vous cueille et vous chope d’entrée, que d’emblée vous êtes plongé dans une ambiance qui vous fascine, que la mise en scène, fluide et élégante vous séduit et qu’en moins de dix minutes vous assistez à une scène méta savoureuse, vous pouvez raisonnablement vous dire que vous avez devant les yeux une denrée rare. On ne vous fera pas le coup du « Enfin une série française de qualité » ou du « Enfin on se hisse à la hauteur des américains » mais une chose est sûre Philharmonia est une série éblouissante, une partition prenante et addictive qui, de bout en bout réserve ses surprises et qui, par un regard passionnant et une véritable intelligence affirme sa singularité. Avec son histoire percutante et son ambiance envoûtante, nantie d’un cast dément à la justesse de jeu irréprochable et de dialogues brillants, on bascule dans l’univers de Philharmonia et on reste scotché sur son fauteuil grâce à un rythme impeccablement géré. Si le début fait beaucoup penser à Mozart in the Jungle, il ne faut pas pour autant se fier aux apparences. La série est un thriller psychologique racé qui tire le téléspectateur vers le haut grâce à un récit où aucun personnage n’est fonctionnel et où chacun sert l’histoire et apporte à la densité et à la psychologie des uns et des autres. Le premier épisode est un modèle du genre en terme de mise en place et de gestion dramatique dans lequel très vite une relation de soumission/fascination entre Hélène et Séléna va se nouer jusqu’à une fin étourdissante avec un suspense et une intrigue familiale sous-jacente qui vient s’imbriquer entre les lignes narratives des relations de la chef avec les membres de son orchestre.

Si parfois un premier épisode est porteur de promesses qui ne s’avèrent que partiellement tenues par la suite, Philharmonia ne cède pas à ce travers et embraye immédiatement avec un second segment de haut vol où des personnages secondaires dévoilent petit à petit leur background sans avoir besoin de présentation superflue, à l’aide de petites touches subtiles tandis que les deux héroïnes déploient peu à peu une palette de jeu hallucinante. Tous les interprètes semblent être sur un tapis volant, entre un excellentissime Laurent Bateau et un impeccable Olivier Chantreau, un Tomer Sisley intense et mystérieux, un François Vincentelli charismatique et multi-facettes… Il faudrait les citer tous pour rendre justice à une distribution étincelante où aucun ne fait retentir de fausse note: Charlie Bruneau (d’un naturel infini), Tom Novembre (prenant), Guillaume Dolmans (séduisant), Audran Cattin (confondant de justesse et qui confirme après Les Bracelets rouges tout le bien que l’on pense de lui), sans oublier les participations d’un François Bureloup inattendu et de Véronique Jannot et Jacques Weber qui confèrent un peu plus encore à la série un cachet réellement prestigieux.

Mais on l’a dit ce sont Marie-Sophie Ferdane et Lina El Arabi qui portent la série au sommet dans un pas-de-deux incroyable de puissance dramatique. L’une comme l’autre dévoile des atouts incandescents dans des compositions saisissantes, la première pleine de nuances et de profondeur, la seconde oscillant entre douceur et noirceur, au cœur d’un suspense psychologique qui étend sa toile peu à peu, mâtiné de quelques éléments de soap qui ne font jamais sortir la série des rails dans lesquels elle avance. Un transfert finit même par s’opérer entre les deux jeunes femmes comme une passation dans leurs comportement, jusqu’à un plongeon surprenant dans les tréfonds de la psyché humaine. Il faut également saluer la rareté d’une série avec deux rôles féminins extrêmement forts, maîtresses de leur destin et qui sont le moteur du récit ainsi qu’une noirceur totalement assumée, un jusqu’au boutisme payant qui tranche avec les fictions trop souvent policées et bien pensantes.

Par ailleurs les scènes musicales emplies de suspense et mises en scène avec une intensité et une rythmique prenante doivent énormément à la musique symphonique composée par Étienne Perruchon. Mais cette réussite d’ensemble on la doit aussi et surtout aux orfèvres aux manettes : Créée par Marine Gacem (Cherif) d’après une histoire originale de Marine Gacem et Laura Piani et coécrite par Marine Gacem et Clara Bourreau, la série bénéficie d’une rigueur d’écriture et d’un soin pour les dialogues réjouissant ainsi que d’une réalisation d’une efficacité sans pareille signée Louis Choquette (Mafiosa, Versailles) avec Rose Brandford Griffith (Clem) à la production. Un combo gagnant pour Philharmonia donc, même si l’on peut toujours chipoter pour la forme (l’épisode 5 est un poil en dessous du reste). Mais aucune envie de faire la fine bouche devant une réussite exemplaire qui mérite à notre avis tous les superlatifs présents dans ce texte.

Crédits: France 2 / Merlin Productions

 

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