Critiques Cinéma

HUMAINS (Critique)

SYNOPSIS: Lorsque vous prenez le métro le matin, n’avez-vous jamais l’impression de croiser des êtres étranges aux physiques bien singuliers ? Sommes nous vraiment la seule espèce humaine sur Terre, la seule espèce a avoir survécu à des millions d’années d’évolution ? Le professeur Schneider et son fils partent dans le Lötschental dans les Alpes suisses enquêter sur une découverte scientifique qui pourrait remettre en question toute la filiation de l’espèce humaine. Ils sont accompagnés d’une jeune paléontologue, chouchoute du professeur. Une famille de touristes (Gildas, sa fille et sa nouvelle femme), venus voir le carnaval du Lötschental et ses fameux Tchagattas, se retrouvent par hasard avec eux. Le voyage prendra une tournure inattendue… 

Il est des ratages qui revêtent une réelle importance dès leur sortie en salles, et qui contraignent bon nombre de cinéphiles à vouloir de temps en temps y revenir, histoire de garder en mémoire un repère solide en matière de catastrophe artistique. Humains est en cela un spécimen hors du commun, du genre à servir d’ici quelques siècles de vestige filmique de l’époque des balbutiements du cinéma de genre hexagonal. Et à une époque où pullulaient aussi bien les réussites frontales (Frontière(s), Vertige, Martyrs, A l’intérieur…) que les échecs fatals (Mutants, La Meute, Djinns…), autant dire qu’on pensait ne jamais voir le genre tomber un jour plus bas que ça. Revoir le film aujourd’hui nous permet de conserver à 100% notre jugement : auréolé du statut de premier film français à avoir obtenu sa critique sur Nanarland dès sa sortie en salles (en général, il faut attendre le DVD pour acquérir un tel honneur), Humains mérite encore haut la main son bonnet d’âne, sa couronne d’épines et la grosse volée de bois vert que critique et public lui ont expédié en pleine tronche. Et si l’on prendra toujours un plaisir sincère à le revoir, ce sera bien entendu pour de mauvaises raisons, histoire de faire rire les collègues lors de la pause café du matin ou d’assimiler le petit manuel de tout ce qu’il ne faut surtout pas faire dans un film de genre.

Concrètement, le projet partait d’une fausse bonne idée de la part de La Fabrique de Films – société de production à qui l’on devait déjà A l’intérieur du duo Maury/Bustillo et 800 Balles d’Alex de la Iglesia – dont le désir de réconcilier le public français avec le genre horrifique aura fait germer l’idée d’un projet hybride, censé jongler entre l’aventure populaire en milieu hostile et le survival sanguinolent. Soit deux genres tellement radicaux et antagonistes dans leur approche que leur fusion ne pouvait qu’aboutir à un résultat bâtard, dont on se demande sans cesse en cours de visionnage à quel public il était réellement destiné. La singularité du film aurait pu se dénicher là, mais en collant derrière la caméra deux apprentis réalisateurs sans aucune expérience en la matière (on leur devait jusqu’ici un travail glorieux dans le maquillage et les effets spéciaux), les initiateurs de la chose se tiraient déjà une balle dans le pied, faute d’un positionnement clair et net. Sur la base d’un survival confrontant un couple de paléontologues (un Lorànt Deutsch à barbichette et une Sara Forestier à grosses lunettes) et une famille dysfonctionnelle à une tripotée d’hommes de Néanderthal (rires) ayant survécu depuis des millénaires (re-rires) dans une vallée isolée au plein cœur des Alpes suisses (hilarité générale), Humains foire dans les grandes largeurs tout ce qu’il entreprend, la faute à une écriture affreusement bâclée, à des péripéties qui n’ont de trépidantes que l’intention de départ, et à des scènes supposément horrifiques qui auraient bien plus leur place dans un épisode raté de la série Chair de poule.

En guise d’aventure, attendez-vous simplement à voir les personnages faire de petites foulées sous les sapins ou traverser un torrent avec un peu de courant – ce qui constitue le quotidien de n’importe quel visiteur de Center Parcs. En guise d’horreur, il faudra juste se farcir un jeu de massacre timoré et en décalage total avec la trame pépère du récit (zéro dynamique ici), où tout le monde meurt hors champ sous les assauts répétés d’une bande d’hommes préhistoriques au faciès de Jean-Pierre Castaldi. Le reste est au diapason, entre un accident de voiture qui s’impose comme le plus mal foutu de l’Histoire du 7ème Art (à peine quelques égratignures après une hideuse chute dans un faux précipice en 3D !), des dialogues hallucinants qui suscitent un fou rire nerveux neuf fois sur dix, et un casting abscons digne d’un téléfilm pour samedi soir de France 3 qui met tout le monde (surtout Deutsch et Forestier) à égalité en matière de méconnaissance totale des codes du genre. Totalement schizophrène en l’état, ne sachant jamais faire son choix entre la ballade sylvestre grand public et le déferlement d’horreur sèche, et révélant au passage de sacrées énormités en matière de direction artistique (on voit bien qu’il suffit aux héros de lever un petit bâton pour sortir d’une prison fabriquée avec des branches en bois… et ils ne le font pas !), le premier film du duo Molon/Thévenin se sera imposé comme un ratage si spectaculaire que son encadrement et son exposition au musée du nanar devrait être considéré en soi comme un acte militant. Au moins, le revoir reste un bonheur de chaque instant, et rien que pour ça, la postérité lui est acquise.

Titre Original: HUMAINS

Réalisé par: Jacques-Olivier Molon, Pierre-Olivier Thévenin

Casting :  Sara Forestier, Lorànt Deutsch, Dominique Pinon…

Genre: Thriller, Aventure, Fantastique

Sortie le: 22 avril 2009

Distribué par: Luminor (La Fabrique)

NUL

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1 réponse »

  1. (evilashymetrie) Clair que ce film catastroph(iqu)e est une sommité en son genre. Rien que l’accident de voiture, comme tu le précises, est d’un ridicule conduisant (!) à l’explosion de rires. Un plaisir coupable à ranger aux côtés de Broceliande et Samouraïs !

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