Critiques

MR. SUNSHINE (Critique Saison 1) Un manque de rigueur historique mais visuellement sublime…

SYNOPSIS: Débarqué aux États-Unis en 1871 après l’expédition du Shinmiyangyo, un jeune homme retourne plus tard en Corée où il tombe sous le charme d’une ravissante aristocrate.

C’est sans doute l’un des projets les plus ambitieux de Netflix. Suite à l’énorme succès de Gobelin et des Descendants du Soleil, les deux dernières mini-séries de la scénariste Eun-Sook Kim, avec près de 20% de part d’audience pour le premier et plus de 40% pour le second, la plateforme de streaming américaine s’est dit que peut-être, il y avait de quoi se faire des sous du côté de la Corée du Sud. C’est comme ça que Mr. Sunshine, la nouvelle série de l’auteure à succès, créée en collaboration avec le réalisateur Eun-Bok Lee, avec qui elle avait déjà travaillé sur Gobelin et Les Descendants, se retrouve disponible sur Netflix. La compagnie américaine a fait une entorse à sa règle d’or qui veut que tous les épisodes d’une saison soient disponibles au même moment (il faut encourage le binge-watching après tout, c’est leur marque de fabrique), forcé par les circonstances de suivre le programme de diffusion de tvN, la chaîne coréenne derrière le projet. Avec un budget de 27,8 millions de dollars, Mr. Sunshine est la production coréenne télévisée la plus chère de tous les temps, et ça se voit. La cinématographie digne du grand écran nous plonge dans la Corée du début du XXème siècle, où influences japonaise et américaines clashent avec les rebelles coréens qui veulent l’indépendance. Un grand spectacle made in Korea, à voir tranquillement sur son canapé, et qui vous en met plein les yeux dès les premières minutes.

L’intrigue se centre sur quatre personnages principaux. Il y a tout d’abord Eugene Choi (la superstar Byung-Hun Lee), un fils d’esclave qui, à la suite de la mort de ses parents, s’échappe aux États-Unis, où il entre dans l’armée après avoir américanisé son prénom. Il retourne en Corée trente ans plus tard, pour des raisons assez mystérieuses, et va se heurter à un pays qui change ainsi qu’à de nombreux préjugés (les siens compris). Il est pro-américain, parle couramment l’anglais, et vit entre deux cultures : trop occidentaux pour les coréens et pas assez blancs pour les américains. De l’autre côté de la balance se trouve Dong-Mae Goo (Yoo Yeon-Seok), fils de boucher, une caste très mal vue en Corée puisqu’ils sont tout en bas de l’échelle sociale et constamment opprimés par leurs pairs. Dong-Mae a trouvé sa place au sein de la Société du Dragon Noir, un groupe paramilitaire japonais ultra nationaliste qui se réjouit allègrement de voir l’extension de l’influence japonaise en Corée. Ces deux hommes issus d’un milieu modeste se positionnent donc de chaque côté de l’échiquier politique, en opposition directe avec la demoiselle Ae-Shin Go (la fabuleuse Tae-Ri Kim que beaucoup ont découvert grâce au Mademoiselle de Chang-Wook Park). En dépit de sa position aristocratique, cette dernière fait en fait partie d’un groupe de résistants qui se battent pour l’Indépendance de leur pays. Un fait que tout le monde autour d’elle ignore, en particulier son fiancé, le très privilégié Hee-Sung Kim (Byun Yo-Han, excellent) qui revient du Japon et ne semble intéressé que par deux choses : les femmes et les jeux d’argent. Ces quatre personnages vont se croiser, se recroiser, s’affronter, se respecter, s’aimer, se haïr, et notre héroïne deviendra vite l’objet de tous les désirs de ces messieurs. Pour l’amour de la patrie, et pour l’Amour tout court.

L’intrigue est brouillonne, confuse et risque de fatiguer ceux qui ne savent pas grand-chose de l’Histoire de la Corée (autrement dit, pas mal de monde). Ajoutez à ça un manque total d’intérêt pour la rigueur historique, le fait qu’on n’est jamais vraiment sûr si tout cela se déroule au début des années 1900 ou à la fin des années 1800, et de grandes largesses prises la politique de l’époque, et vous obtiendrez une espèce mélange insoluble d’idées et de philosophies plus ou moins en phase. Cependant, en dépit d’un fil narratif qui s’effiloche très vite et s’embrouille beaucoup, surtout au cours des cinq premiers épisodes, Mr. Sunshine a de gros avantages : visuellement, d’abord, c’est absolument sublime. L’équipe créative a recréé la Corée du tournant du siècle dernier avec un panache que n’aurait pas démenti Cyrano de Bergerac et personne ne se demande où sont passé les millions du budget ; ils sont là sous nos yeux. Puis ensuite, il y a les acteurs. Des acteurs qui, dans l’ensemble, crèvent complètement l’écran et ancrent l’attention du spectateur, au point qu’on en vient à oublier l’intrigue pour se soucier uniquement du sort des personnages. Si Byun-Hun Lee, raide comme un pingouin, manque de passion sous sa mâchoire carrée, le reste de la distribution est franchement phénoménal. Mention spéciale à Tae-Ri Kim, qui porte le poids émotionnel de la série sur ses épaules et dont la performance éclatante lui vaudra certainement un prix d’interprétation. A voir, certainement, ne serait-ce que pour se rendre compte que la télévision va bien et fait de très belles choses, partout dans le monde.

Crédits: Netflix

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