Critiques Cinéma

UN TICKET POUR DEUX (Critique)

SYNOPSIS: Le seul désir de Neal Page, c’est de rentrer à temps chez lui pour fêter Thanksgiving. Mais son avion étant annulé pour cause de mauvais temps, il doit se rabattre sur d’autres moyens de transport. Ce qui ne serait pas un problème en soi, s’il ne devait également s’accomoder de la compagnie de Del Griffith, un vendeur ambulant bavard qui ne veut plus le lâcher… 

En 1986, John Hughes a le vent en poupe. Sortant des triomphes critiques et publics réservés à Seize Bougies pour Sam (1984), Breakfast Club (1985), Une créature de rêve (1985) et surtout La Folle Journée de Ferris Bueller (1986) – ce dernier ayant cumulé à lui seul plus de 70 millions de dollars de recettes sur le seul sol américain, pour un budget riquiqui de 5 millions, et restant à ce jour le plus gros succès en salles de la carrière de cinéaste de John Hughes lorsqu’on ajuste le prix du ticket à l’inflation – cet originaire de la banlieue de Chicago, ancien journaliste du magazine d’humour National Lampoon converti scénariste et réalisateur, connaît la gloire dans son pays natal à l’aube des 80’s après être devenu, en un temps record, l’un des principaux artisans du teen movie, genre auquel il a offert ses lettres de noblesse. VRP officiel de la « colère adolescente », qui connaît à l’époque ce groupe social mieux que personne, ayant toujours pris soin de « filmer les ados à hauteur d’ados », John Hughes diversifie son catalogue vers la fin des 80’s en produisant les premières œuvres inégales d’Howard Deutch (Rose Bonbon, La vie à l’envers) et en réalisant consécutivement La vie en plus et Un ticket pour deux, une comédie dramatique « adulte » et un buddy road movie éminemment sympathique sortis respectivement sur les écrans américains en 1988 et 1987. Bien que tourné après La vie en plus, c’est du premier – Un ticket pour deux – dont nous parlerons aujourd’hui dans ces lignes. Un ticket pour deux met en scène Steve Martin dans le rôle de Neal Page, un chargé de marketing assez snob dont le seul désir est de quitter au plus vite son travail à New-York pour rejoindre sa famille à temps à Chicago pour fêter Thanksgiving. Son avion étant annulé pour cause de climat défavorable, il se rabat sur d’autres moyens de transport (le film porte d’ailleurs le titre Planes, Trains & Automobiles dans sa version originale). Ce qui ne serait pas un problème en soi s’il ne devait pas s’accommoder tout au long du trajet de la compagnie de Del Griffith, un vendeur d’anneaux pour rideaux de douches (!!) ventripotent, bavard et un peu pot-de-colle campé par le bien aimable John Candy.


Un Ticket pour deux, c’est un point de départ ultra basique (« deux personnalités diamétralement opposées et mal assorties se retrouvent, bon gré mal gré, confinées dans les mêmes transports pour une improbable traversée des États-Unis d’est en ouest »), usé jusqu’à la corde, et une trame en pilotage automatique (la rencontre fortuite qui commence mal dans les rues bondées de New-York et à l’aéroport, les péripéties rocambolesques et quiproquos à la chaîne pour permettre aux deux protagonistes de s’apprivoiser et d’apprendre à se supporter, et enfin, la naissance d’une grande amitié) qui profitent heureusement de dialogues savoureux, de comédiens talentueux à la bonhommie respectable et à l’alchimie franchement contagieuse, et du savoir-faire appréciable de John Hughes pour figurer dans le haut du panier du genre, aux côtés d’un certain Midnight Run sorti un an plus tard. La force comique d’Un ticket pour deux réside tout d’abord dans ses personnages principaux (le sérieux et propre sur lui Neal qui essaye de garder son calme avant d’exploser de colère, et le décomplexé et gaffeur Del qui a toutefois un cœur gros comme ça et qui est beaucoup plus mature et moins bête qu’on ne l’imagine), dans la relation bien troussée entre eux et dans ses scénettes démesurées. Un duo Francis Veberien (Del est un authentique François Pignon made in USA) qui fonctionne à plein régime, équipé de tout l’humour nécessaire à ce genre de buddy road movie hautement recommandable. L’écriture des personnages est à cet égard très habile (caractérisation exemplaire, refus de la caricature, attachement certain du public pour l’un et l’autre), de même que celle des situations ubuesques que va vivre Neal au fur et à mesure du récit (le pétage de plombs du gars excédé sur la fille au guichet de la compagnie de location de voitures vaut le coup d’œil !), et surtout celle des dialogues qui les ponctuent. Ceux-là mêmes qui permettent de lever intelligemment le voile sur la véritable personnalité des membres du tandem et qui offrent au film le liant nécessaire pour esquiver le piège facile de la simple succession de vignettes.

Enchaînant les morceaux cocasses sur un tempo endiablé, Un ticket pour deux fait ainsi office de comédie routière amusante, plus profonde qu’il n’y paraît et qui brille à la fois par ses catastrophes absurdes, sa science des punchlines insolites et son discours touchant sur la tolérance des différences (sociales, économiques, caractérielles) et l’entraide. A l’instar de Breakfast Club, de La Folle Journée de Ferris Bueller ou encore de L’Oncle Buck (son film suivant, toujours avec John Candy), il est ainsi question pour la paire d’Un ticket pour deux de se révéler, de se livrer entièrement pour mieux combattre les idées reçues à son encontre, s’accepter et s’estimer. Sur le plateau, John Hughes sait diriger ses comédiens – c’est l’une des grandes forces de son cinéma – et le prouve une nouvelle fois ici. Opérant une direction sans faille, il tire le meilleur de la complicité existant entre Steve Martin et John Candy, et c’est d’ailleurs de leur complémentarité que poindra l’émotion dans un final particulièrement déchirant sur le banc d’une gare. Les deux acteurs vedettes sont impeccables tout du long, offrant de beaux moments de joie, de colère et de tendresse dans le film. A noter enfin, sur le plan du casting, qu’Un Ticket pour deux permet aussi à John Hughes de retrouver Kevin Bacon (déjà célèbre à l’époque après avoir explosé dans Diner de Barry Levinson et surtout Footloose de Herbert Ross et que Hughes venait tout juste de diriger dans La Vie en plus), le temps d’une figuration poilante au cours d’une séquence folle et improbable de course contre la montre entre deux personnages pressés de trouver un taxi disponible dans un New-York surpeuplé.


Au niveau des défauts, on pardonnera aisément un score musical décevant, quelques failles scénaristiques (l’homosexualité utilisée en tant que tel comme ressort comique, les retrouvailles complètement hasardeuses et dures à avaler entre les deux perso!), une réalisation relativement quelconque, quoique propre, toujours fonctionnelle et pleine de vie. Doté d’un budget confortable de 30 millions de dollars, Un Ticket pour Deux rassemblera un large public en salles et en rapportera quasiment le double à sa sortie sur le territoire américain. Un succès modéré mais dont la réputation flatteuse n’a eu de cesse de grandir au fil des ans … si bien que Steve Martin et John Candy l’ont régulièrement cité comme « le film préféré de leur carrière », qu’il a sans doute inspiré les frères Farrelly pour le jubilatoire Dumb & Dumber, qu’il a traversé l’Atlantique en 2008 avec le quasi remake Par suite d’un arrêt de travail de Frédéric Andrei, que Warner bros et Todd Phillips en ont tiré une reprise en 2010 avec le désopilant Date Limite, que beaucoup de critiques cinéphiles pointus le considèrent aujourd’hui comme une des meilleures comédies des années 80 et que Seth MacFarlane lui a rendu un hommage direct dans Ted 2 à l’occasion d’un gag hilarant reprenant plan par plan la plus célèbre séquence du film où John Candy, conduisant une automobile la nuit, mime au volant Ray Charles jouant Mess Around et manque de provoquer un carambolage tandis que Steve Martin dort paisiblement emmitouflé dans un plaid sur le siège passager avant. D’une recette aux ingrédients rebattus cent fois, John Hughes a su livrer avec Un ticket pour deux un road movie estimable au capital sympathie indéniable et qui se revoit toujours avec grand plaisir aujourd’hui au moment des fêtes de Noël.

Titre Original: PLANES, TRAINS AND AUTOMOBILES

Réalisé par: John Hughes

Casting : Steve Martin, John Candy, Laila Robins…

Genre: Comédie

Sortie le: 16 mars 1988

Distribué par: –

 TRÈS BIEN

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