Critiques Cinéma

SAUVER OU PÉRIR (Critique)

SYNOPSIS: Franck est Sapeur-Pompier de Paris. Il sauve des gens. Il vit dans la caserne avec sa femme qui accouche de jumelles. Il est heureux. Lors d’une intervention sur un incendie, il se sacrifie pour sauver ses hommes. A son réveil dans un centre de traitement des Grands Brûlés, il comprend que son visage a fondu dans les flammes. Il va devoir réapprendre à vivre, et accepter d’être sauvé à son tour. 

Avec L’Affaire SK1, Frédéric Tellier avait réussi un premier film glaçant en s’appropriant un fait divers qui avait terrorisé la France entière et en proposant une véritable plongée en apnée dans les méandres de l’appareil policier et judiciaire dans la tradition du grand polar à la française, dont le côté documentaire, renforçait une authenticité saisissante. L’excellence du film ne lui avait pourtant pas permis de rencontrer le public, la sortie quelques jours après les attentats de janvier 2015 étant fatale à son exploitation. Il n’empêche que l’on attendait avec impatience le second opus du metteur en scène, tant on avait été impressionné par son travail. Avec Sauver ou Périr, Frédéric Tellier retrouve son coscénariste David Oelhoffen (Frères ennemis) et embrasse un sujet très éloigné même si l’on peut considérer qu’il rend à nouveau hommage à ces héros anonymes du quotidien, ici les pompiers après les policiers. Pour le reste, on s’éloigne considérablement du fait divers pour s’approcher au plus près du destin dramatique d’un soldat du feu, jeune homme plein de vigueur, marié et père de famille, la vocation chevillée au corps et vivant son métier comme un véritable sacerdoce, jusqu’à ce que tous ses rêves et ses aspirations, professionnelles et personnelles, s’évaporent dans les flammes d’un incendie.

Ce n’est pas tant le destin de ce pompier et de sa vocation à sauver les autres quel que soit le prix à payer que raconte Sauver ou Périr, mais c’est aussi et surtout le récit d’une reconstruction. Comment, quand on a tout perdu, sa passion, sa force physique, sa jeunesse, son amour, ses rêves et ses espoirs et que votre vie n’est plus qu’une succession de douleurs et de renoncements, trouver le déclic pour remonter à la surface? Avec un scénario maitrisé et ultra documenté, Frédéric Tellier raconte d’abord la vie de caserne concomitante à la vie familiale, les interventions du quotidien, la prévenance et le professionnalisme des pompiers, leur gestion des journées et des cas difficiles… On est happé par cette description du métier (bien différente de celle du pourtant très réussi Les Hommes du Feu de Pierre Jolivet), séduit par l’amour qui lie ce couple de jeunes parents, par l’esprit de corps et l’amitié entre collègues, par le désir des plus méritants de grimper dans la hiérarchie, des peurs qui en paralysent certains… Puis après ce premier acte passionnant, survient le drame et le film devient alors un survival où l’émotion le dispute à la foi, à l’envie de (re)vivre et de retrouver une place sur la photo de laquelle on a été gommé. Au delà du fait de suivre ce captivant instinct de survie qui va petit à petit submerger le personnage de Franck, Sauver ou Périr va faire coulisser son récit d’un hommage aux soldats du feu à un hommage aux soignants et à l’abnégation dont ils font eux aussi preuve pour permettre aux accidentés de la vie de retrouver un semblant de lumière. L’occasion aussi de faire un zoom sur le courage des malades et des blessés, déterminant pour s’en sortir.

Si l’on pouvait craindre que le film ne sombre dans le pathos, que le chantage émotionnel soit l’apanage de Sauver ou périr, il n’en est fort heureusement rien. Le réalisme cru, la mise en scène chirurgicale de Frédéric Tellier, au plus près des hommes, couplée à la force intrinsèque qui irrigue le récit font que l’on est constamment sur la brèche à ressentir comme Franck, alternativement l’espoir et le désespoir. L’histoire est classique mais si forte qu’elle nous tient constamment en haleine et la caractérisation des personnages fait que l’on se sent extrêmement impliqués, touchés de part en part par leur combat. Dire que Pierre Niney impressionne dans le rôle de Franck est une litote. Le comédien a déjà eu l’occasion à plusieurs reprises de prouver la profondeur de son talent mais ici il déploie une gamme de jeu si dense et si large, qu’il y trouve sans doute son plus grand rôle à ce jour. D’abord beau et musclé, l’incarnation de la jeunesse et de la vigueur, puis détruit, en perte de repères, désespéré puis reprenant pied comme il peut, il incarne la vaillance et l’envie de vivre avec humilité et respect. Caché derrière du maquillage et un masque, il parvient à nous bouleverser avec une générosité sans bornes. Anaïs Demoustier, dans un rôle difficile qui aurait pu être très vite fonctionnel, fait preuve d’une subtilité et d’une délicatesse dans l’abandon réellement impressionnantes. Autour de ce couple central, les performances de Vincent Rottiers, Sami Bouajila ou Chloé Stéfani (déjà dans L’Affaire SK1) nous valent des séquences traversées d’une intense émotion, jamais ni trafiquée, ni manipulée (et parfaitement accompagnée d’une musique de Christophe La  Pinta et Frédéric Tellier). Avec Sauver ou Périr, Frédéric Tellier confirme sa capacité à embrasser des sujets forts et à faire un cinéma à hauteur d’homme. Pierre Niney et Anaïs Demoustier sont littéralement bouleversants dans un électrochoc émotionnel branché sur l’instinct de survie.

Titre Original: SAUVER OU PÉRIR

Réalisé par: Frédéric Tellier

Casting : Pierre Niney, Anaïs Demoustier, Vincent Rottiers

Genre: Drame

Sortie le: 28 novembre 2018

Distribué par:  Mars Films

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