Critiques

LES RIVIÈRES POURPRES (Critique Saison 1) Comme on fait son lit…

SYNOPSIS: Suite à l’affaire de Guernon au milieu des années 2000, l’emblématique capitaine Pierre Niemans est muté à la tête de l’Office Central contre les Crimes de Sang (OCCS). Cette nouvelle unité traite des affaires les plus complexes, où les indices sont peu nombreux, et où les meurtres en série se doivent d’être résolus au plus vite. C’est au cours d’une mission particulièrement difficile que Niemans tombe par hasard sur sa meilleure élève et fille spirituelle, Camille Delaunay. Spécialistes du versant noir de l’âme humaine, duo explosif aux méthodes non moins originales, Niemans et Camille sont envoyés aux quatre coins de la France, dans des régions où les légendes, les paysages et les traditions, se mêlent à des meurtres compliqués, à des enquêtes toujours plus nerveuses et denses. Indépendants, efficaces, et d’un courage rare, ce tandem de choc se fond dans le décor, n’hésitant pas à dormir chez l’habitant pour mieux percer à jour leurs secrets. Aussi borderline l’un que l’autre, ils sont vifs, drôles, efficaces – et dangereux.

En 1998, 4 ans après son premier roman, Le Vol des Cigognes, Jean-Christophe Grangé publiait ce qui allait être le premier best-seller d’une longue série toujours en cours. Adapté pour le cinéma en 2000 par Mathieu Kassovitz, pour un film assez réussi si l’on excepte son épilogue et qui rencontra un grand succès, bénéficiant d’une suite totalement ratée signée Olivier Dahan en 2004, le serpent de mer de l’adaptation en série de ce grand thriller qu’était Les Rivières Pourpres prend enfin vie pour 8 épisodes sur France 2. Écrite intégralement par Grangé, cette première saison voit l’auteur revenir sur la chaine après une expérience mitigée en 2015 avec Le Passager. Si il prend toujours soin de ménager ses effets, si son sens du rebondissement et sa science des récits complexes et sombres ne sont plus à prouver, le passage à la série et surtout certains choix posent question et tamisent quelque peu notre enthousiasme. Si on peut parfois se lasser des films ou des séries focalisant systématiquement leurs débuts sur une origin story expliquant le pourquoi du comment les personnages principaux se sont rencontrés, on avouera avoir quelque peu été désarçonné d’entrer ici directement dans le vif du sujet sans que nous soient présentés les relation qui lient les protagonistes entre eux si ce n’est par l’échange de dialogues sibyllins au fil des épisodes, dessinant en creux leur relation. Passé cet état de fait qui nous force plutôt à concentrer notre attention sur les intrigues que sur le cœur des héros caractérisés du coup à gros traits (Niemans est un flic borderline mais pugnace et Delaunay est une jeune recrue au passé trouble et au caractère volcanique), on sera également tempérés sur le format choisi (2 épisodes de 52 minutes pour une seule et même intrigue par soirée, soit le format traditionnel de la télévision de papa qui revient au galop à la télévision française et notamment sur France Télévisions depuis le triomphe de Capitaine Marleau). Non pas que les intrigues soient moins efficaces, mais la série en subit le contrecoup avec un rythme lent et dilué qui date un peu.

Une fois ces constatations effectuées, on sera par contre heureux, si on l’apprécie, de retrouver l’appétence de Grangé pour des thématiques noires, torturées, et pour sa manière à nulle autre pareille de décrire la face sombre de l’humanité ainsi que son obsession à dépeindre les comportements déviants et les tréfonds de l’âme humaine. De fait, Les Rivières Pourpres est une série qui assume sa noirceur et ne cherche pas à se raccrocher à de l’humour ou au comportement singulier de ses héros  pour se différencier. Les univers qu’elle aborde, constitués pour la plupart de communautés secrètes vivant en autarcie dans le monde moderne témoignent d’un sens de l’imagination aiguisé et sont propices à décrire des personnages troubles et fascinants. Les scènes de crimes et les meurtres sont toujours sophistiqués et visuellement on retrouve la méticulosité de l’auteur à décrire des meurtres atroces, des déviances tribales ou une noirceur latente qu’il maitrise parfaitement.

La série baigne dans une  atmosphère mystérieuse, où l’enquête avance pas à pas et où on est plus près de la psychologie des personnages  que dans l’action pure (même si chaque épisode bénéficie de courses poursuites ou de combats à mains nus réalisés efficacement et réellement prenants). Les épisodes s’enchainent et se suivent sans déplaisir, mais le fait que l’on n’en sache pas suffisamment sur nos héros fait que l’on manque d’un ressenti viscéral lorsqu’ils sont en danger. Après Jean Reno, Olivier Marchal apparait tel qu’en lui-même, c’est à dire excellent dans ce qu’il a à faire même si ce n’est pas ce rôle qui lui permet d’aborder un autre registre que celui qu’il maîtrise à la perfection. Malgré tout, son sens du tempo, ses airs blasés et sa façon de lâcher des punchlines définitives sont l’un des grands plaisirs de la série. Face à lui, Erika Sainte n’avait pas la tâche facile et la comédienne belge s’en sort à  merveille, autant dans l’action que dans l’émotion, qu’elle sait véhiculer impeccablement quand les scénarios lui en donnent l’occasion. Si on était dubitatifs sur les épisodes où le binôme est séparé la plupart du temps et qu’il était donc difficile de dire si l’entente entre le duo était vraiment probante, les autres épisodes prouvent qu’ils forment une équipe soudée et complémentaire dans un rapport de filiation qui évite la ficelle de la romance. Si les guests sont dans l’ensemble impeccables (Nicolas Grandhomme, François Levental, Patrick Catalifo, Lubna Azabal…), on s’interrogera sur le fait d’avoir fait appel à trois réalisateurs différents, aussi talentueux soient t-ils, tant au final on a le sentiment que la série manque de personnalité. Il n’en reste pas moins que malgré nos réserves, il est très couillu de proposer ce type d’intrigue en prime (tout comme prochainement Kepler(s)) au milieu des « marques » de la chaine, et que la noirceur assumée tranche avec une fiction parfois trop aseptisée. Certes tout n’est pas réussi dans Les Rivières Pourpres, mais comme on fait son lit, on se couche.

Crédits: France 2 / Storia Télévision

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s