Critiques Cinéma

LOLA ET SES FRÈRES (Critique)

SYNOPSIS:  Lola a deux frères : Benoit, qui se marie pour la 3ème fois, et Pierre, qui débarque en retard au mariage… Excuses, reproches, engueulades, brouilles, chacun essaye de vivre sa vie de son côté. Benoit va devenir père sans y être prêt. Lola fait la rencontre de Zoher alors qu’elle s’occupe de son divorce. Quant à Pierre, ses problèmes professionnels s’enveniment. Tout dans leur vie devrait les éloigner, mais ces trois-là sont inséparables. 

En quatre longs métrages, si l’on excepte le pourtant réussi Sans Arme, Ni Haine, Ni Violence, la carrière de réalisateur de Jean-Paul Rouve démontre une extrême cohérence et une vraie et belle continuité. Depuis Quand Je serai petit et Les Souvenirs il parle avec une sensibilité attachante des relations familiales, des liens qui unissent les enfants entre eux et avec leurs parents et son nouveau film Lola et ses Frères ne déroge pas à cette règle dont il trace le sillon avec une extrême générosité. Après Les Souvenirs, coécrit avec David Foenkinos d’après son roman, les deux hommes se retrouvent cette fois pour un scénario original dans lequel ils explorent l’histoire d’une fratrie dont les vies personnelles et la relation commune vont s’entremêler jusqu’à ce que l’équilibre maintenue par la jeune sœur soit mis à mal par l’émancipation amoureuse de cette dernière. Alors que leur entente connait de violents soubresauts et que tout ce qui les sépare sort au grand jour, l’amour qui les lie leur permettra t-il de dépasser ce virage dans leur vie?

Si vous aimez un cinéma généreux, chaleureux, capable d’alterner les rires et les larmes avec une justesse incroyable, alors Lola et ses Frères est fait pour vous. Car au-delà de l’écriture au cordeau de Foenkinos et Rouve, le mélange de douceur et de pudeur qui traverse le film ne peut que renverser les cœurs. Dans la continuité des Souvenirs, Lola et ses Frères est un film qui fait du bien, traversé d’éclairs du quotidien que le don d’observation de Jean-Paul Rouve restitue parfaitement. Et c’est par la grâce d’un casting savamment choisi que tout fonctionne, que les relations entre les uns et les autres deviennent des miroirs de nos vies et que le film touche la corde sensible du spectateur.

On prend un plaisir immense à retrouver la sublime Ludivine Sagnier dans un rôle à la hauteur de son talent où elle varie les tonalités avec une maestria confondante. Autour d’elle, ses deux frères de cinéma permettent au trio de fonctionner magnifiquement, la maladresse des uns étant compensée par la bienveillance des autres. En se distribuant dans son propre film, avec un rôle plus important que dans Les Souvenirs, Jean-Paul Rouve prenait le risque de se disperser et de voir son film perdre de sa singularité. Si il reste par moments le personnage un peu lunaire qui lui sied parfaitement, il démontre à d’autres qu’il est aussi capable de transpercer d’émotion par un jeu plein de tendresse et de subtilité que l’on n’attendait pas forcément à cette hauteur. Pour compléter la fratrie, le retour de José Garcia dans un registre plus terre-à-terre que celui auquel il nous a habitués ces dernières années est l’un des grands plaisirs de ce film et c’est sans doute lui qui a le droit aux scènes les plus émouvantes et réalistes du film, où il fait preuve d’un jeu dense et intense et  d’une humanité déchirante dans plusieurs de ses séquences, dont une particulièrement, dans un café face à Philippine Leroy-Beaulieu qui lui donne une beauté et une profondeur qu’il avait rarement atteintes. Si le trio était le gage essentiel de la réussite du film, le savoir-faire de Rouve et de Foenkinos pour dessiner des personnages périphériques aussi réussis permet à Lola et ses Frères de dépasser sa fonction première. Ramzy Bédia, sans doute le plus adulte et le plus mature du film, trouve un personnage qui devrait marquer sa carrière car il lui permet de faire preuve d’autant  de tendresse amoureuse que d’intime conviction. Son entente avec Ludivine Sagnier est l’un des points névralgiques du film. On n’oubliera pas non plus la  délicieuse Pauline Clément littéralement irrésistible et  dotée d’un nature criante. Si on pourra regretter que le potentiel dramatique du film ne soit pas plus exploité, ce qui lui fait perdre quelque peu de sa densité, on se réjouit de voir Jean-Paul Rouve faire du cinéma à son image, délicat et subtil comme une fragrance que l’on prend plaisir à humer jusqu’à l’ivresse. Si la patte du réalisateur évoque par moments certains de ses illustres prédécesseurs quelque part entre Yves Robert, Claude Sautet ou Cédric Klapish, il serait peut-être temps après quatre films de cesser de ramener Jean-Paul Rouve à d’autres cinéastes. Il existe une patte Rouve qui entre les shoots émotionnels et l’humour dissimulés dans les plis de la vie, fait que l’on rit et on pleure d’un même élan et c’est une vertu qui fait les grands cinéastes.

Titre Original: LOLA ET SES FRÈRES

Réalisé par: Jean-Paul Rouve

Casting : Ludivine Sagnier, José Garcia, Jean-Paul Rouve, Ramzy Bédia

Genre: Comédie dramatique

Sortie le: 28 novembre 2018

Distribué par: UGC Distribution

TRÈS BIEN

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s