Critiques Cinéma

COUP DE FOUDRE A NOTTING HILL (Critique)

SYNOPSIS: Quand un matin, Anna Scott, l’actrice la plus cĂ©lĂšbre d’Hollywood, pousse la porte de la librairie de William Thacket, situĂ©e dans le charmant quartier de Notting Hill, Ă  l’ouest de Londres, le libraire ignore que commence une grande aventure. Par une sĂ©rie de hasards comme seul le destin peut en mettre en scĂšne, William et Anna vivent une rencontre Ă©tonnante, attachante. Lorsque la star le rappelle quelque temps plus tard, William n’ose y croire. 

“I’m just a girl standing in front of a boy, asking him to love her.”

On connaĂźt toutes et tous cette rĂ©plique de ce conte de fĂ©es moderne d’un Monsieur-Tout-le-monde trouvant sa princesse (l’actrice la plus cĂ©lĂšbre de la planĂšte) dans la ville de Big Ben. Ce projet Ă©tait franchement casse-gueule et aurait pu terminer en tĂ©lĂ©film Ă  l’eau de rose diffusĂ© un jeudi aprĂšs-midi sur M6 avec un doublage français horrible, nĂ©gligemment regardĂ© du coin de l’Ɠil par toute crĂ©ature ayant des chemises Ă  repasser d’urgence. Heureusement il n’en est rien ici. Car il fallait bien un scĂ©nariste de gĂ©nie pour faire de cette histoire un conte universel et Richard Curtis l’a fait. L’homme Ă  qui l’on doit les scĂ©narios de 4 mariages et un enterrement (1994), Le journal de Bridget Jones (2001), et les films Love actually (2003), Good Morning England (2010) et Il Ă©tait temps (2013), est aux manettes et ça se sent : de la mĂȘme façon que dans 4 mariages et d’une certaine maniĂšre dans Bridget Jones, ce sont des histoires d’amour mais aussi des films de bandes, oĂč la place accordĂ©e Ă  l’amitiĂ© est presque aussi importante que celle accordĂ©e Ă  la romance. De plus, il s’agit toujours d’une AmĂ©ricaine qui vient mettre le dĂ©sordre dans la vie d’un Anglais rangĂ©. On notera Ă©galement la place toujours accordĂ©e aux personnages marginaux et handicapĂ©s, rarement reprĂ©sentĂ©s au cinĂ©ma, surtout dans des films grand public : un frĂšre muet dans 4 mariages, et ici une meilleure amie dans un fauteuil roulant (la lumineuse Gina McKee). Le long-mĂ©trage pourrait d’ailleurs tout aussi bien ĂȘtre une suite de 4 mariages, car la sƓur de Hugh Grant ici ressemble vraiment au personnage extraverti de Scarlett dans le film de 1994 (l’actrice Charlotte Coleman Ă©tant malheureusement dĂ©cĂ©dĂ©e en 2001, et Emma Chambers, qui joue la sƓur du personnage de Hugh Grant dans Notting Hill a Ă©galement disparu cette annĂ©e). La filiation est donc Ă©vidente et assumĂ©e.

Mais assez parlĂ© de l’Ɠuvre de son scĂ©nariste, revenons-en au film. De façon Ă  la fois trĂšs juste et drĂŽle, il propose une belle rĂ©flexion sur la cĂ©lĂ©britĂ©, qui n’a pas pris une ride, bien que les rĂ©seaux sociaux aient explosĂ© entretemps. Cependant, cela ne fait que surligner justement ce culte de la personnalitĂ© et du glamour auxquels doivent se plier, avec difficultĂ© parfois, les vedettes. Une certaine rançon de la gloire en quelque sorte. En 1999, il s’agissait des journaux people, aujourd’hui ce serait Twitter. Tout passe, rien ne change. Le temps justement. Le temps qui passe est une thĂ©matique capitale chez Richard Curtis (qui se concrĂ©tisera avec Il Ă©tait temps, peut-ĂȘtre son chef-d’Ɠuvre). Elle permet d’approfondir les sentiments, de les dĂ©velopper, de les changer parfois. Dans ce film-ci, il y a d’ailleurs un trĂšs beau plan-sĂ©quence pour symboliser ce phĂ©nomĂšne : Will (Hugh Grant) marche dans une rue de Notting Hill (oĂč il y a un marchĂ©) au rythme des saisons qui passent sur la chanson Ain’t no sunshine when she’s gone de Bill Withers. Moment de grĂące absolue.

A ce sujet, on peut remarquer que la rĂ©alisation comporte peu de folies, avec alternance de plans larges, moyens et de gros plans, mais possĂšde quelques belles trouvailles comme ce plan de grue vertigineux dans un parc de nuit (vertige d’un amour naissant ?), et quelques longs plans en mouvement (le dernier plan sur le banc par exemple et le fameux plan-sĂ©quence reprĂ©sentant le passage des saisons qu’on a mentionnĂ© juste avant). Quant au montage, il apporte beaucoup avec un rythme volontairement lent qui Ă©tire les scĂšnes pour le meilleur (et grĂące au script). Les dialogues sont absolument brillants et sonnent dĂ©licieusement british, et les situations sont tantĂŽt hilarantes (l’interview improvisĂ©e), tantĂŽt Ă©mouvantes (le dĂźner d’anniversaire).

Au niveau des acteurs, il fallait trouver le duo parfait pour que cette histoire marche. L’aura de star de Julia Roberts et son fameux sourire sont utilisĂ©s Ă  bon escient ici, et le charme maladroit de Hugh Grant fait de nouveau mouche. Leur belle alchimie fait que le couple (pourtant au premier abord improbable, elle trĂšs sĂ»re d’elle et lui Ă©tourdi et impressionnĂ©) fonctionne parfaitement. On s’amuse de l’apparition d’Alec Baldwin en petit ami beauf, et on se dĂ©lecte de la performance de l’incroyable Rhys Ifans ! VĂ©ritable acteur camĂ©lĂ©on (pĂšre bouleversant du hĂ©ros dans Mr Noboby, duc Ă©crivant des piĂšces dans Anonymous, et DJ beau gosse (si, si !) dans Good Morning England du mĂȘme Richard Curtis), il vole toutes ses scĂšnes en campant Spike, colocataire crado mais sincĂšre.

AprĂšs tous ces Ă©loges, on pourra simplement regretter que la bande-originale ne soit pas toujours Ă  la hauteur de la subtilitĂ© du film (la chanson au moment de la scĂšne de nuit dans le parc, par exemple), avec l’utilisation de certaines chansons pop amĂ©ricaines bas de gamme. Surtout que d’autres choix se rĂ©vĂšlent payants : She, sublime chanson de feu Aznavour ouvre et clĂŽt le film, avec la voix du grand Charles, puis celle d’Elvis Costello. Et c’est en soit trĂšs Ă©mouvant de l’entendre aprĂšs la disparition de son auteur-compositeur et interprĂšte, et donne une aura supplĂ©mentaire au film. Ce conte de fĂ©es moderne arrive Ă  ĂȘtre crĂ©dible et possĂšde un charme fou, tant et si bien qu’on ne peut que cĂ©der au plaisir de le voir et de le revoir. De plus, le quartier de Notting Hill et a fortiori la ville de Londres sont Ă©galement des personnages Ă  part entiĂšre de cette histoire et confĂšrent Ă  l’élĂ©gance de l’ensemble. Et puis, qui pourrait rĂ©sister au sourire de Julia Roberts ?

Titre Original: NOTTING HILL

Réalisé par: Roger Michell

Casting : Hugh Grant, Julia Roberts, Richard McCabe 


Genre: Comédie, Romance

Sortie le: 18 août 1999

Distribué par:  Universal Pictures France (UPF)

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