Critiques Cinéma

RAZORBACK (Critique)

4 STARS EXCELLENT

RAZORBACK AFFICHE CLIFF AND CO

SYNOPSIS: Un soir, dans une maison isolée au milieu du désert australien, un vieil homme, Jake Cullen, et son petit-fils Scotty sont attaqués par un sanglier monstrueux. L’enfant disparaît et le grand-père, amputé d’une jambe, est un moment accusé du meurtre. Deux ans plus tard, Beth Winters, journaliste américaine, débarque dans la région pour enquêter sur un massacre de kangourous..

Quelque part dans l’Outback Australien, un sanglier géant fonce sur la maison dans laquelle un vieil homme vient de coucher son petit fils. Quelques secondes plus tard, il l’a traversée de part en part, emportant dans sa charge le petit garçon de 2 ans, laissant le vieil homme, désemparé et brisé devant sa maison en flammes, pleurant la disparition de son petit-fils, alors que le titre du film apparait en surimpression. C’est sur cette scène de pure série B, se déroulant dans une nuit bleutée, magnifiquement éclairée par le directeur de la photographie Dean Semler (Mad Max 2), que s’ouvre l’une des très grandes réussites de ce que l’on appelle la Ozploitation, période durant laquelle le cinéma australien produisait en masse des séries B, qui pour la plupart d’entre elles, sont largement supérieures à tout ce que le genre produit actuellement. Faire un film de monstres avec un sanglier surpuissant qui traverse les murs, coupe des maisons en deux, voilà sur le papier la promesse d’une série Z, qui aurait pu terminer sur une étagère aux côtés d’improbables nanars comme l’arbre tueur de From Hell It Came, l’homme dinde de Blood Freak, ou encore les crapauds, crocodiles et autres alligators tueurs des embarrassants films éponymes. Dépassant ce pitch improbable, avec un style et une énergie folle, entre Evil Dead et Mad Max, Russel Mulcahy (Highlander 1&2, Ricochet …) mâtine ce récit de fantastique et réunit dans Razorback les ingrédients qui font d’une modeste série B, un futur film culte qui traversera les décennies.

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Lorsqu’il débuta le tournage de Razorback, adapté du roman de Peter Brennan, Russel Mulcahy était un très prolifique et reconnu réalisateur de vidéo clips qui avait déjà collaboré à plusieurs reprises avec Duran Duran sur la plupart de leurs grands tubes, mais aussi Bonnie Tyler (Total Eclipse of The Heart), Kim Carnes, Elton John, Billy Joel (Pressure), Les Buggles (Video Killed The Radio Star). Si le réalisateur de vidéoclips s’effacera derrière un style plus classique dans ses films suivants, on le retrouve totalement dans Razorback de par son approche du montage, sa façon de travailler chaque scène (cadre, angles et mouvements de caméra, filtres de couleur) et le rythme du film. La grammaire est encore issue du vidéoclip mais elle est terriblement cinématographique dans ce cadre-là, ce récit basique qui ne décollerait pas s’il était mis à nu, sans audaces formelles, sans le flux d’énergie constant injecté par la mise en scène. Comme d’autres réalisateurs venant du vidéoclip (Spike Jonze, Jonathan Glazer, David Fincher, Michel Gondry …), Russel Mulcahy a une façon très visuelle de raconter son histoire, de faire entrer le spectateur au cœur du récit. Le point culminant est atteint au cœur du film dans une longue séquence nocturne totalement inattendue dans une série B d’horreur, pendant laquelle Mulcahy et son directeur de la photographie transforment l’Outback en une tableau surréaliste, plongé dans une nuit bleutée où les arbres deviennent des silhouettes menaçantes.

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S’agissant par ailleurs d’un film dont le budget imposait de faire preuve d’inventivité pour rendre crédible à l’écran la menace de ce sanglier et faire ressentir sa puissance, Mulcahy joue très habilement des apparitions de son monstre et de l’effet de choc provoqué (tôles déchirées, mur transpercés, maison coupée en deux), laissant les morts en hors-champ, plaçant le spectateur dans une position de témoin de l’horreur ne pouvant qu’imaginer les corps mutilés et déchiquetés sous la violence de ces attaques. En étant économe de ses apparitions et en découpant très habilement ses scènes, Russel Mulcahy parvient à iconiser son monstre, ce qui s’agissant d’un sanglier mécanique était un défi à priori impossible.

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Les « ficelles » utilisées sont celles que l’on retrouve dans deux références du film de monstre, dont l’influence est ici très claire: Les Dents de la Mer et Alien. La peur l’emporte sur le gore et se nourrit de l’angoisse des nouvelles attaques plus que du choc que l’on pourrait ressentir face à une accumulation de corps mutilés, montrés complaisamment. Russel Mulcahy, comme Spielberg et Scott, ménage ses effets (certes en partie aussi par  manque de budget) et travaille sur la peur viscérale du monstre, sur un effet de sidération lors de ses apparitions. Le personnage de Jake (Bill Kerr) fait immanquablement penser à celui de Martin Brody (Roy Scheider) dans sa traque solitaire d’un monstre dont il semble être le seul à connaître le danger. Le temps d’une scène, lorsque Jake, lancé sur ses traces, aperçoit enfin celui qui a emporté son petit-fils et brisé sa vie, Russel Mulcahy rend directement hommage aux Dents de la mer en reprenant le fameux travelling compensé utilisé par Steven Spielberg, quand Brody assiste à une attaque du requin. De même, sans pour autant l’exploiter réellement, Mulcahy reprend d’Alien l’idée que les personnages puissent traquer et suivre sur un moniteur les déplacements du monstre. Quand tant de films nous agacent par leurs citations/clins d’œil (quand ce n’est pas du pillage pur et simple) de grands classiques, Razorback assume des influences qui sont « digérées » et comprises pour s’intégrer dans un univers original, dans lequel s’imposent le style et la personnalité de son metteur en scène.

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Russel Mulcahy s’attache à construire la mythologie de son récit dans un univers entre Mad Max et Wake In Fright (Ted Kotcheff, 1971), l’immensité des paysages créant paradoxalement un sentiment de claustrophobie, celui communiqué par un personnage (Beth puis Carl) propulsé dans une région dans laquelle il n’est clairement pas le bienvenu. Il règne dans Razorback un climat de fin du monde dans cette petite ville de l’Outback qui se livre à une chasse incessante aux kangourous, faisant tourner la seule usine aux alentours. Il y a derrière ce récit des attaques d’une bête sauvage dans une bourgade dont les habitants ne le sont pas moins, un sous-texte sur le comportement de l’homme avec les espèces animales et l’idée que ce sanglier est en quelque sorte l’instrument de leur vengeance. Porté par ailleurs par deux personnages endeuillés, bien loin des archétypes des gros bras que l’on peut croiser dans d’autres productions de ce genre, emmenant avec eux des enjeux forts et immédiatement compréhensibles pour le spectateur, Razorback affirme jusqu’à son épilogue une singularité et un style qui ont fantastiquement traversé les décennies. C’est l’un des rares films du genre que l’auteur de ces lignes a découvert à l’aube de l’adolescence  et dont le souvenir n’aura pas été trahi par sa redécouverte 30 ans plus tard.

RAZORBACK AFFICHE CLIFF AND CO

Titre Original: RAZORBACK

Réalisé par: Russel Mulcahy

Casting : Gregory Harrison, Bill Ker, Judy Morris ….

Genre: Épouvante Horreur

Date de sortie: 2 novembre 1984

Distribué par: –

4 STARS EXCELLENT

EXCELLENT

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1 réponse »

  1. (evilashymetrie) Très belle critique pour ce film qui pour moi est le meilleur de son réalisateur. Très surprenant, aussi, dans sa présentation des personnages, notamment la femme, que l’on croit suivre jusqu’au bout alors que…non. Ensuite, j’aime énormément aussi que deux salopards soient dépeints comme finalement plus flippants que le « monstre » lui même. Pour ces détails supplémentaires, la mise en scène, le visuel bleuté crépusculaire, les moments méchants du film : ce film est une totale réussite.
    (ps : dans le genre oz + gros animal, j’adore ROGUE/SOLITAIRE de Greg McLean)

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