Critiques Cinéma

SALE TEMPS À L’HÔTEL EL ROYALE (Critique)

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SYNOPSIS: Sept étrangers, chacun avec un secret à planquer, se retrouvent au El Royale sur les rives du lac Tahoe ; un hôtel miteux au lourd passé. Au cours d’une nuit fatidique, ils auront tous une dernière chance de se racheter… avant de prendre un aller simple pour l’enfer. 

Six  ans que l’on avait pas eu de nouvelles de Drew Goddard réalisateur, depuis l’excellent La Cabane dans les Bois. Lui qui a commencé sa carrière en tant que scénariste sur Buffy contre les Vampires, son spin-off Angel, Alias ou Lost, et qui l’a poursuivie en tant que membre à part entière de la team J.J. Abrams n’a pourtant pas chômé. Présent à la production et/ou au scénario des Cloverfield (l’original, 10 Cloverfield Lane, The Cloverfield Paradox), de Seul sur Mars, World War Z, ou encore des séries Netflix/Marvel The Defenders et Daredevil, Drew Goddard est un homme occupé, et pas sur des petits projets. C’est donc en 2012 qu’il passait derrière la caméra pour nous offrir une expérience unique: celle de La Cabane dans les Bois, un ovni qui se veut un exercice méta du genre horreur, à la fois synthèse complète, hommage d’un fan ultra-référencé et critique acerbe d’à peu près tout ce qui s’est fait dans le frisson ces 50 dernières années. Difficile de parler du film sans en dévoiler les secrets les plus marquants (de toute façon on est là pour parler de Sale temps à l’Hotel El Royale), mais on vous le conseille fortement. 

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Drew Goddard répète ici l’exercice de l’hommage à un genre codifié: là où La Cabane dans les Bois rendait hommage, donc, aux slashers, aux maisons hantées, aux Exorcistes et autres Projet Blair Witch, Sale temps à l’Hotel El Royale lorgne vers les classiques du thriller meurtrier, saupoudré de la classe des films de braquage des années 50/60, le tout emballé dans une esthétique particulièrement soignée des 70’s. Vous le comprendrez, avec un tel cocktail, il est plus simple de faire une bouillie indigeste qu’un nectar que l’on déguste le petit doigt levé. Mais pas Goddard, qui s’assure le succès grâce à une recette gagnante : une structure narrative en béton armé, des personnages écrits au cordeau, portés par un casting sans fausse note, où la mise en scène, solide, n’est plus qu’une formalité, tant le travail est soigné.

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La structure d’abord. Elle est en apparence simple: 7 personnages se retrouvent, le temps d’une nuit dans une Amérique intemporelle (probablement à la fin des années 60), à l’El Royale, un motel rétro, posé sur la frontière entre la Californie et le Nevada. Chacun de ces personnages se révélera être bien différent de ce qu’il semblait être, et c’est là tout l’intérêt du film de faire tomber les masques. En jouant sur le temps (flash-back, ellipses) et l’espace (on passe d’un personnage à l’autre de manière très fluide, le spectateur est plongé peu à peu dans un récit dense et rythmé. Au cœur de ce cadre narratif, Goddard pose une série de personnages incarnant, chacun à sa manière, une facette de l’Amérique de l’après Seconde Guerre Mondiale. Difficile d’en révéler plus ici sans spoiler le récit, aussi se contenterons-nous de dire que les thématiques évoquées résonnent particulièrement bien avec l’Amérique de Trump d’aujourd’hui, dans ses interrogations sociales, politiques et sécuritaires. Le casting du film est parfait, tout simplement. De la Rolls-Royce Jeff Bridges, que l’on n’a décidément jamais vu mauvais, aux toujours inspirés Jon Hamm et Chris Hemsworth, déjà présent dans La Cabane dans les Bois, en passant par les futures pépites Cynthia Erico, Caillee Spaeny et Lewis Pullman, tous trois très impressionnants de finesse, tout le monde brille. Dakota Johnson prouve qu’elle peut exister en dehors de 50 Shades of Grey, tandis que Goddard s’offre des seconds rôles 4 étoiles, tels Shea Whigham (Le Loup de Wall Street, Boardwalk Empire, First Man), Nick Offerman (le culte Ron Swanson de Parks & Recreation) ou Xavier Dolan. 

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La mise en scène de Goddard, souple, usant de gros plans sur le visage de ses acteurs et de travellings inspirés, appuie encore plus l’atmosphère claustrophobe que le film dégage parfois. Beaucoup penseront à Tarantino en sortant de ce film, (structure Pulp Fictionnesque, galerie de personnages finement écrits, casting en or, place centrale des dialogues dans l’action, humour référencé omniprésent, action tendue, etc..) et ils n’auront pas tort. Surtout lorsque l’on sait que le prochain film de QT, qui se déroule lui aussi dans une Amérique fantasmée des années 60, abordera certaines thématiques similaires. S’il est évidemment facile de dresser des parallèles entre les deux réalisateurs, il faut se rendre à l’évidence sur une force commune des deux auteurs: nous offrir un vrai film de cinéma, divertissant, intelligent, et qui ne cherche pas à reproduire une recette déjà vue. C’est la deuxième fois déjà que Goddard nous surprend par la maturité et le sérieux de son travail. Autant dire que l’on est pressé de voir ce qu’il fera de son prochain projet: la suite des aventures de Deadpool et de son équipe, dans le très attendu X-Force. En attendant, si vous ne vous êtes pas encore familiarisé avec Drew Goddard, foncez voir Sale temps à l’Hotel El Royale au cinéma, et rattrapez La Cabane dans les Bois d’urgence. Vous ne le regretterez pas. 

SALETEMPSALHOTELELROYALE-affiche -cliff-and-coTitre Original: BAD TIMES AT THE EL ROYALE

Réalisé par: Drew Goddard

Casting : Chris Hemsworth, Dakota Johnson, Jon Hamm, Jeff Bridges 

Genre: Policier, Thriller

Sortie le: 7 novembre 2018

Distribué par: Twentieth Century Fox France

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