Critiques Cinéma

CHACUN POUR TOUS (Critique)

SYNOPSIS:  Martin, coach de l’équipe française de basketteurs déficients mentaux, est au pied du mur. En pleine préparation des Jeux Paralympiques, ses meilleurs joueurs viennent de le laisser tomber. Refusant de perdre la subvention qui est vitale pour sa fédération, il décide de tricher pour participer coûte que coûte à la compétition. Il complète son effectif par des joueurs valides, dont Stan et Pippo, deux trentenaires désœuvrés. Même Julia, la psychologue de la fédération, ne s’aperçoit pas de la supercherie. En s’envolant pour Sydney, Martin est loin d’imaginer le mélange explosif qu’il vient de créer. 

De Vianney Lebasque on avait beaucoup aimé son premier long métrage, Les Petits Princes, un film atypique et  plein de sensibilité mais c’est surtout avec la série Les Grands pour OCS que l’on a été totalement et irrémédiablement renversé par son talent de metteur en scène précis et délicat. Le voir aux commandes d’un feel  good movie assumé, basé sur un fait divers incroyable, avait de quoi exciter la curiosité. Nanti d’un casting séduisant composé notamment de Jean-Pierre Darroussin, Olivier Barthelemy Ahmed  Sylla, et Camélia  Jordana, les deux derniers sortant respectivement des grandes réussites que furent L’Ascension et Le Brio, Chacun pour tous avait tout pourtant du projet casse-gueule, dont l’équilibre entre la gravité et la comédie se devait  d’être extrêmement respecté pour éviter de sombrer dans des travers dans lesquels nombre de comédies françaises se vautrent avec une régularité de métronome.

Faire rire avec un sujet grave, amuser avec la déficience mentale, prendre le risque de singer et de se moquer de personnes handicapées, les écueils étaient tellement nombreux qu’il est presque miraculeux au final que le film s’en sorte sans casse. A vouloir sans doute éviter à tout prix de se prendre les pieds dans le tapis, Vianney Lebasque et son co-scénariste Franck Bellocq (Love Addict, la série José…) sont parvenus à ne jamais dépasser la ligne jaune au prix peut-être de ne jamais céder à la vanne facile, désamorçant même des situations qui menaçaient de partir en vrille avec une certaine subtilité. Le film en pâtit du coup un peu niveau humour. On rit et on sourit beaucoup et régulièrement mais Chacun pour tous n’a à son actif aucune vraie scène hilarante mais un humour plutôt fin, où l’on ressent malgré tout que chaque mot a été soupesé avant d’être validé. Cela permet au film de bénéficier de cet équilibre évoqué plus haut et d’étreindre les cœurs par une émotion présente en filigrane et qui est le versant le plus réussi de l’entreprise, ne cédant jamais au pathos ou à la mièvrerie mais sachant préserver une sincérité touchante, bien que restant parfois sur la réserve avec une pudeur criante.

Champions un film espagnol sorti en juin 2018 était basé sur la même affaire sans pour autant la reconstituer quand Vianney Lebasque a lui conservé les grandes lignes de cette histoire qui fit scandale lors des Jeux Paralympiques de Sydney en  2000, alors que dans l’équipe d’Espagne de basket réservée aux déficients mentaux, dix joueurs ne souffraient d’aucun handicap mental. Dans cette histoire d’un cynisme noir, c’est le prix des relations humaines qu’à privilégié le metteur en scène, parvenant à faire évoluer les à-priori des ignorants et à abolir la frontière fine qui sépare les efficients et les déficients mentaux, jusqu’à faire découvrir aux imposteurs la tolérance. La réussite de Chacun pour tous résidait aussi dans l’interaction entre les interprètes handicapés et les comédiens traditionnels. Issu de la compagnie Le Théâtre du Cristal dont les acteurs sont exclusivement en situation de handicap, Vincent Chalambert et Clément Langlais sont incroyables d’abattage, d’énergie et de personnalité, leur talent de comédien allant jusqu’à masquer leur handicap. Face à eux, chacun des comédiens joue juste et on se régale de leurs performances. Olivier Barthelemy, irrésistible de drôlerie et Ahmed Sylla qui confirme être aussi très à l’aise entre romantisme et gravité, les deux coulissant vers un terrain qui semble plus naturel à l’autre, sont notamment surprenants. Jean-Pierre Darroussin, tantôt bourru, tantôt tendre, Camélia Jordana au jeu de plus en plus mâture ou Esteban au talent singulier et sans cesse surprenant complètent un casting impeccable. Parvenant à mutualiser avec bonheur et réussite toute sa distribution, Vianney Lebasque offre une réalisation sans fioritures, efficace et énergique, embellie par la photographie de Martin de Chabaneix et la musique de ses complices sur Les Grands, Audrey Ismael et Bastien Burger. Le film a l’intelligence de n’être ni blanc, ni noir mais de flirter dans des  zones entre gris clair et gris foncé, sans donner ni leçon, ni jugement et d’être un feel good movie comme on les aime, un film qui, quels que soient ses défauts, vous rend meilleur après l’avoir vu.

 

Titre Original: CHACUN POUR TOUS

Réalisé par: Vianney Lebasque

Casting : Jean-Pierre Darroussin, Ahmed Sylla, Olivier Barthelemy…

Genre: Comédie

Sortie le: 31 octobre 2018

Distribué par:  SND

TRÈS BIEN

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