Critiques Cinéma

TEMPÊTE A WASHINGTON (Critique)

SYNOPSIS: Le président des Etats-Unis vient de choisir son nouveau secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères: Robert Leffingwell. Avant d’être entériné par le Sénat, ce choix doit être examiné en commission d’enquête. Les ennemis de Leffingwell en profitent pour le discréditer. Un témoin inconnu vient révéler que le futur secrétaire d’Etat a autrefois appartenu à une cellule communiste. 

Le Président des États-Unis décide de nommer Robert Leffingwell au poste de Secrétaire d’État. Cette nomination doit être validée par le vote du Sénat, et c’est là que l’affaire se complique car certains sénateurs, que ce soit du parti de la majorité ou de l’opposition, ne veulent pas nécessairement de cette nomination… Otto Preminger, dans la même veine que son Autopsie d’un meurtre en 1959, reprend le même scénariste (Wendell Mayes, qui adapte le roman d’Allen Drury, prix Pullitzer) et s’attaque ici non plus au système judiciaire américain mais au système politique. De la même façon que dans 12 hommes en colère de Sidney Lumet, il s’agit de convaincre, au cas par cas, les hommes-clés d’un vote primordial, ici pour le pays. On est par conséquent dans les coulisses du pouvoir et l’on découvre les rouages de la politique, en se déplaçant dans différents lieux à Washington D.C. …

Il y a beaucoup de personnages ce qui fait qu’on est un peu perdu au début, mais tout se met vite en place. Peut-être pourra-t-on regretter que le film soit un peu long et très bavard, mais ce long-métrage propose une réflexion passionnante sur le pouvoir, avec ses conflits de domination et sa manipulation. L’ombre traumatisante du maccarthysme est également présente par le biais d’accusations de communisme portées contre le sénateur nommé par le Président. Ce long-métrage est aussi cité dans le film documentaire The Celluloid Closet (1995) pour sa représentation d’un homme qui cache son homosexualité et qui est victime de chantage. Le film aborde donc des sujets qui, à l’époque, étaient difficiles.

A travers une galerie de personnages tous plus manipulateurs les uns que les autres, des grands comédiens, voire mêmes des monstres sacrés, s’affrontent avec délectation (Henry Fonda, Charles Laughton, dont ce fut le dernier film, et Walter Pidgeon notamment). On peut aussi s’amuser à noter les ressemblances de certains personnages avec des hommes politiques réels, comme le personnage du sénateur Lafe Smith, inspiré par John F. Kennedy (dont l’acteur était le beau-frère à l’époque du tournage). Notons également la présence lumineuse de Gene Tierney (la fameuse Laura du même réalisateur) dans un second rôle, qui faisait son grand retour après plusieurs années sans tourner. D’autre part, Betty White, icône de la télévision aujourd’hui, faisait ses débuts au cinéma dans un petit rôle.

Avec une mise en scène inspirée (notamment ses plans larges de groupe), Preminger propose une réflexion sur le pouvoir, le système politique américain, la démocratie et également une prise du pouls des États-Unis à un instant T. D’une grande précision documentaire (appuyée par un tournage dans les vrais lieux, comme le Capitol), ce film passionnant et brillant sur la mécanique du pouvoir et la manipulation en politique n’en oublie pas d’être épique, avec sa quête et ses retournements de situation. De plus, les dialogues sont brillants et la scène finale est particulièrement incroyable. Ce film fascinant a évidemment inspiré les grands films politiques des années suivantes, notamment Les Marches du pouvoir de George Clooney en 2011. On est en droit de penser que le système d’alors n’est pas beaucoup différent de celui d’aujourd’hui et on peut considérer que ce film est important voire nécessaire en ce moment car il fait écho à ce qui se passe aux États-Unis, notamment l’affaire Brett Kavanaugh pour ne pas le citer… Un an avant Le Cardinal (autre film épique sur la religion et l’Histoire), Otto Preminger nous offre l’un de ses meilleurs films, qui demeure pourtant l’un de ses moins connus : tâchons de réparer cette injustice en le (re)découvrant !

Titre Original: ADVISE AND CONSENT

Réalisé par: Otto Preminger

Casting :  Henry Fonda, Walter Pidgeon, Charles Laughton …

Genre: Drame, Thriller

Date de sortie: 1er octobre 1962

Distribué par: –

4,5 STARS TOP NIVEAU

TOP NIVEAU

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