Critiques Cinéma

LINE OF FIRE (Critique)

SYNOPSIS: Comme chaque année l’Arizona est ravagé par les incendies de forêt qui déciment la région. Seuls les pompiers certifiés « hotshots » ont la possibilité de se rendre au plus près de l’ennemi pour le combattre. Eric Marsh, chef d’une caserne locale, et son équipe font tout ce qu’ils peuvent pour obtenir cette qualification qui pourra leur permettre de protéger la ville de Prescott et leurs familles. A force de persévérance ils obtiennent leur certification et vont devoir affronter l’incendie le plus gigantesque que la région ait connue . Au péril de leur vie, ils vont tenter d’éteindre ce brasier impitoyable. Alors que les flammes progressent inexorablement, leur temps est compté…

Curieux destin que la sortie française d’Only The Brave, troisième film du réalisateur Joseph Kosinski (Tron Legacy, Oblivion) qui non content de ne pas sortir en salles pour se voir reléguer à une sortie e-cinéma presque un an après sa sortie aux États-Unis, re-titré Line Of Fire dans une logique marketing qui nous échappe encore et être amputé d’une grosse vingtaine de minutes pour des raisons obscures… Si le bide au box office américain explique sans doute ceci ou cela, impossible de ne pas interroger cette distribution internationale hasardeuse et cet échec américain tant le film présente pourtant des qualités qui ont fait le succès de certains des plus gros blockbusters hollywoodiens. En s’inspirant d’un fait divers au sein d’une caserne de pompiers de l’Arizona, Kosinski opère un virage à 180° étonnant après sa reprise de la licence Tron pour Disney et l’auto-adaptation de son comics de science fiction, véhicule à la gloire du last action hero Tom Cruise.


Ici pas d’univers futuriste à bâtir ni de héros isolé, dernier espoir de l’humanité face à une menace étrangère (informatique ou extraterrestre) mais un film choral qui fleure bon l’esprit de caserne des productions Bruckheimer (on comprend tout à fait au visionnage du film pourquoi Cruise a fait appel à Kosinski pour la suite tant attendue de Top Gun). Inspiré de faits réels, ode aux cols bleus faisant passer le travail et la patrie avant le reste, quitte à tout sacrifier dans une veine que ne renierait pas la filmographie récente de Peter Berg (Deepwater, Traque à Boston) sans pour autant sacrifier un spectacle pyrotechnique et plastique ébouriffant comme sait le faire Michael Bay (Armageddon, 13 Hours), le film a plus d’un atout pour faire chauffer la poudre et la rétine du spectateur avec. A l’instar des deux cinéastes pré-cités, le film n’est pas exempt des défauts de ce genre de productions en ayant parfois la main lourde dans sa vision d’americana idéalisée, doté des poncifs du film militaire (le rookie, le chef dur mais en réalité au cœur d’or, l’humour testostéroné, le pathos des conséquences du sacrifice de chacun) et des valeurs prônées de courage, sacrifice et d’amitié entre alpha man bodybuildés qui rebuteront certainement certains spectateurs. D’autres auront le sentiment pas totalement usurpé d’une redite des sempiternels films militaires hollywoodien transposé dans le monde, certes plus rare sur grand écran, des “hotshots”.

Mais passé ces défauts malheureusement quasi inhérent au genre, Only The Brave est une belle proposition de cinéma comportant des vrais morceaux de bravoure, qui a le mérite inhabituel de vraiment prendre son temps pour installer son intrigue, ses personnages et permet de nous éclairer un peu plus sur le cinéaste Kosinski qui ne convainc pas encore tous les cinéphiles. Kosinski est un esthète, un amoureux de la belle image, des plans composés aux millimètres ou tous les éléments de l’image allant du design des costumes au réalisme des effets spéciaux, de l’architecture des décors à la direction artistique toujours très travaillée n’ont pour unique but que de constituer un univers crédible mais esthétique, telle une toile de maître ou le réalisateur peut projeter toutes ses thématiques et ses fantasmes visuels. Car au bout de trois films, il commence à se dessiner quelques pistes intéressantes dans le cinéma du bonhomme que l’on ne qualifierait pas forcément aux premiers abords d’auteur: la figure du rebelle, héros malgré lui, non préparé à sa quête “bigger than life” qui lui tombe dessus (Sam Flynn, Jack Harper, ici Brendan McDonough) face à une menace non humaine et toujours imprévisible (Clu, logiciel maléfique du Grid voulant envahir le monde réel dans Tron; le Tet, entité extraterrestre ayant déjà pris possession de la Terre dans Oblivion, ici le feu par nature incontrôlable), démontrant la résilience de l’humanité face à des forces plus grandes qu’elle. Résilience illustrée à chaque nouvel opus par des hommes plongés dans des arènes désertiques invivables, symbole même de la menace à combattre: le Grid de Tron, territoire numérique sans vie aussi sombre que la nuit, les paysages post-apocalyptiques “irradiés” d’Oblivion empêchant toute remise en cause de l’histoire racontée au protagoniste et les forêts de l’Arizona que l’on ne regarde même plus comme des paysages magnifiques mais comme du “fuel” servant exclusivement à nourrir le feu.


La notion du double est aussi omniprésente, l’Homme en tant que maux et remède de celui ci: que cela soit l’auto-confrontation de Jeff Bridges dans Tron Legacy entre le créateur Kevin Flynn et sa création Clu, celle de Tom Cruise dans Oblivion ou il interprète plusieurs clones créés par les extraterrestres pour coloniser la Terre, à la fois résistant du côté humain et soldat des aliens, désormais pompiers pyromanes qui pour lutter contre les flammes n’hésitent pas à créer eux mêmes des incendies pour tenter de contenir une nature déchaînée. Et si on a régulièrement évoqué en parlant des films de Kosinski qu’il était un disciple du 2001 de Kubrick, on note désormais avec évidence une appétence particulière pour le western, l’utilisation des grands espaces et de l’horizon pour illustrer la petitesse de l’Homme face à l’environnement hostile, la relecture régulière des scènes de duels dans les confrontations des doubles peuplant ses films et des poursuites à cheval même si la monture du héros peut prendre la forme d’une moto ou d’un drone. Comme on le constate, les parallèles sont nombreux bien que pas toujours évidents à déceler d’un film à l’autre et même si l’on conserve quelques réserves, notamment sur la gestion du rythme et de l’émotion pas toujours maîtrisée au sein de sa filmo, force est de constater que Kosinski fait partie des réalisateurs à suivre aujourd’hui, bâtisseur ambitieux d’univers marquants à une époque où les péripéties prennent souvent le pas sur l’ambiance d’un film. Il est d’ailleurs à noter une évolution intéressante, jamais Kosinski ne s’était autant approché de l’humain et éloigné du grand spectacle. Si les scènes d’incendies sont spectaculaires, bien aidé par la photographie de Claudio Miranda (peut être le plus grand chef opérateur en activité avec une caméra numérique dans les mains) qui fait encore des miracles, iconisant ses soldats du feu se dépêtrant dans des flammes de proportions biblique, tel une peinture de Turner illustrant une bataille navale dans des dégradés de couleurs hallucinogènes, la caméra de Kosinski s’attarde finalement très peu sur ses scènes “money shot”, là n’étant pas le cœur du film.

Ce dernier a plutôt pour ambition de dépeindre le choix et les conséquences de la vie de pompier, l’ambiance de caserne, rythmée par les missions dangereuses, les entraînements usants, l’omniprésence de cette famille que l’on se choisit et dont on adopte l’emploi du temps (repos inclus), la pensée unique et où l’individu est le groupe au détriment souvent des familles de sang. C’est en touchant du doigt cet esprit de camaraderie, les blagues potaches, les soirées avec les familles mais aussi les disputes de couples, les embrouilles entre frères de combat que le film capte avec une justesse rare l’engagement et symbolise avec justesse le sacrifice de ses hommes. Sans être dans une optique de documentaire, le film bouleverse là où ne l’attend pas en prenant le temps de narrer le quotidien de ses héros dont on voit la cohésion de groupe se former en même temps qu’elle pèse sur leurs vies à l’extérieur de la caserne, illustrant à la perfection la force du lien qui s’établit entre chacun des membres de l’unité. Le tout bien aidé par un casting full star aux petits oignons qui malgré des rôles plus ou moins clichés signent pour la plupart de superbes prestations entre un Josh Brolin touchant, un Miles Teller qu’on n’avait pas vu autant brillé depuis un moment, une Jennifer Connelly qui dans le rôle a priori cliché de la femme délaissée signe une partition remarquable avec un personnage bien plus fort et présent que prévu et une excellente galerie de seconds rôles tour à tour drôles et poignants avec excusez du peu Jeff Bridges, James Badge Dale, Taylor Kitsch, Andy MacDowell pour n’en citer que quelques uns. On regrettera toutefois, hormis sa non sortie en salles aberrante tant le film a un scope époustouflant, des effets spéciaux réussis et une esthétique léchée, le remontage français réduisant les “petites” scènes d’introduction des personnages ou de leurs enjeux personnels, sans doute au profit des scènes spectaculaires mais qui perdent finalement en impact tant le film se veut être à échelle humaine du début à la fin pour rendre hommage à l’histoire des Granite Mountain Hotshots (nom de l’unité). Pour conclure, un casting de stars, un réalisateur qui confirme film après film un talent indéniable, une mise en scène fabuleuse, une histoire pas toujours subtile ou originale mais toujours juste, doublée d’un hommage touchant… on ne peut que vous encourager à découvrir cet Only The Brave qui méritait bien mieux qu’une sortie technique discrète et un charcutage incompréhensible et défavorable pour le public français. Reste malgré tout une magnifique aventure humaine doublé d’un trip visuel étourdissant à regarder sur le plus grand écran possible.

Titre Original: ONLY THE BRAVE

Réalisé par: Joseph Kosinski

Casting: Josh Brolin, Jeff Bridges, Jennifer Connelly

Genre: Drame, Biopic

Sortie le: 13 septembre 2018 en e-cinema

Distribué par: TF1 Studio

TRÈS BIEN

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