Critiques

BILLIONS (Critique Saison 2) D’une limpidité remarquable…

SYNOPSIS: Dans le monde de la finance, Chuck Rhoades, un procureur fédéral de New York, affronte certains des plus riches gestionnaires de fonds d’investissement des Etats-Unis. Dans la ligne de mire, l’ambitieux et brillant Bobby « Axe » Axelrod, dont la puissance ne cesse de croître. Les deux hommes rivalisent d’ingéniosité pour manoeuvrer au mieux au grand dam de l’autre. 

La série Billions, c’est d’abord, comme l’annonce le titre, une série sur l’argent. Mais comme dans l’ensemble, les nombres, c’est pas très sexy, la série s’est davantage construite comme une partie d’échec géante (beaucoup plus sexy, les échecs), qui se joue entre le milliardaire Bobby Axelrod (Damian Lewis) et le procureur fédéral de New York, Chuck Rhoades (Paul Giamatti). Le premier est self-made, bien sûr, riche à ne plus quoi savoir-faire de son argent, mais complètement accroc au sentiment de toute-puissance qu’il ressent à chaque fois qu’il assouvit son “désir insatiable d’entasser écu sur écu”, pour citer Molière. Le second est un homme à la droiture exemplaire, qui s’est bâti une réputation de limier quand il s’agit de débusquer les criminels en col blanc. Entre ces deux-là se jouent de nombreux destins, ceux de leurs employés respectifs, bien sûr, mais aussi de leurs femmes. Celle d’Axelrod, d’abord, la très blonde Lara (Malin Akerman), qui sous ses airs de parfaite potiche cache en fait un intellect redoutable et un instinct maternel de louve, et puis surtout, Wendy Rhoades (Maggie Siff), la femme de Chuck, qui travaille pour Axelrod depuis des années et qui a tissé des liens d’amitié ambigus avec son patron. Si la saison un se concentrait surtout sur la mise en place des pièces sur l’échiquier, progressant vers les premiers déplacements de pions et échauffourées en bonne et due forme, la saison deux fait monter la tension d’un cran en introduisant des troubles psychologiques chez nos deux personnages principaux. Axelrod est en proie à une paranoïa de plus en plus extrême, pris comme il l’est au piège de la mythologie qu’il s’est forgé, celle de l’homme qui survit à tout et qui doit gagner, absolument, quel que soient les enjeux. De l’autre, il y a Rhoades avec son mariage qui se désagrège, les limites de la médiation et de la diplomatie, et surtout, l’arrivée d’Oliver Dake, (Christopher Denham), envoyé par le bureau du procureur général de Washington, DC, pour enquêter sur la probité de Chuck et de son équipe.

Billions est sorti en 2016 sur la chaîne Showtime, dans un contexte bien différent de celui d’aujourd’hui. Donald Trump n’était pas encore président, l’ingérence russe dans les élections présidentielles n’était pas encore d’actualité, et surtout, l’administration ne menaçait pas encore de crouler sous les scandales financiers. La série résonne différemment en 2018, se rapprochant sans doute un peu trop de la réalité pour être complètement acceptée comme une œuvre de fiction, et c’est là tout ce qui fait la pertinence du propos, même si l’un des effets secondaires est que l’on a de plus en plus de mal à ressentir de la sympathie pour tous ces milliardaires. Oui, milliardaires, au pluriel, parce que dans le monde des hedgefunds, on en rencontre à chaque coin de palace. La distribution est, comme à son habitude, absolument parfaite, mais on soulignera, encore une fois, la performance de Paul Giamatti, qui brille de mille feux dans ce rôle compliqué, conflictuel, et magnifiquement écrit, le rôle d’un homme qui voit venir les conséquences de toutes ses actions et qui pourtant toujours ne renonce jamais à faire le nécessaire pour que justice soit rendue. La qualité des scénarios est d’ailleurs l’un des piliers de la série, un fait que l’on doit au travail des créateurs Brian Koppelman, David Levien et Andrew Ross Sorkin et à leur équipe de scénaristes. Les stratégies changent constamment, les attaques se multiplient, et c’est à qui des deux titans aura le plus de coups d’avance sur son adversaire, le tout dans un casse-tête qui donnerait la migraine à beaucoup, mais que la writer’s room réussit à rendre d’une limpidité remarquable. C’est intellectuellement stimulant et chaque coup porté est extrêmement satisfaisant, au point qu’on perd parfois un peu de vue le personnage que l’on est censé encourager. Un peu comme de regarder un match serré entre deux grands du tennis, ou un tournoi entre deux équipes au sommet de leur forme : au final, la victoire en elle-même importe moins que la lutte acharnée.

Crédits: Showtime / Canal +

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