Critiques Cinéma

Freddy – Chapitre 1 : Les Griffes de la Nuit (Critique)

SYNOPSIS: Nancy est une jeune adolescente qui fait régulièrement des cauchemars sur un homme au visage brûlé, avec un vieux pull déchiré et cinq lames tranchantes à la place des doigts. Elle constate d’ailleurs que parmi ses amis, elle n’est pas la seule à faire ces mauvais rêves. Mais bientôt, l’un d’entre eux est sauvagement assassiné pendant son sommeil. C’est ainsi que le groupe fait la connaissance de l’ignoble Freddy Krueger, qui se sert des cauchemars pour assassiner les gens qui rêvent de lui. Nancy comprend qu’elle n’a plus qu’une seule solution : si elle veut rester en vie, elle doit rester éveillée… 

La nuit nous a toujours passionnés. Son imaginaire nous berce depuis l’aube de l’humanité. Terrifiante par le cauchemar, mais aussi terre des rêves, elle représente un de nos plus grands paradoxes. Son obscurité peut inspirer la crainte comme elle peut apporter un sentiment de sécurité. L’imaginaire de la nuit a toujours été fourni, et ne cesse d’être renouvelé par de nouveaux médiums. On ne peut que se demander d’où nous vient cette peur de la nuit, si ce n’est une représentation à petite échelle de notre peur la plus naturelle et la plus instinctive, la peur de la mort. Ainsi, tels des psychologues, nous pouvons tous rentrer en introspection, regarder au fond de nous-mêmes, pour enfin comprendre. Notre passion paradoxale pour la nuit est donc la même que l’on a pour les histoires et films d’horreur aujourd’hui. On aime se faire peur, on aime tester ses limites sans se mettre physiquement en danger. C’est vrai, c’est à ça que servent les films d’horreur : avoir des montées d’adrénaline stimulantes sans mettre sa vie en danger. Et ça, on le fait depuis notre enfance. Mais dans nos vies, tout commence par un traumatisme, une peur enfantine que l’on a toujours plus ou moins enfoui en nous. La plus connue ou la plus répandue est celle du croquemitaine, ou « boogeyman », cette créature de cauchemar que nos parents menaçaient d’appeler si nous n’étions pas sages, et qu’on imaginait caché dans notre placard ou sous notre lit. Le cinéma décida donc de s’attaquer à ce mythe universel via le genre du slasher.


Le slasher est un genre qui découle du film d’horreur, où un groupe de jeunes adolescents va subir la folie meurtrière d’un tueur amateur d’armes blanches. On en attribue l’origine à Psychose d’Alfred Hitchcock, mais il trouvera son apogée dans les années 70-80 avec entre autre Black Chrismas, la série des Vendredi 13, des Halloween, et, on y arrive, des Freddy. Si on vous dit chapeau marron, pull à rayures vert et rouge, griffes au bout des doigts et visage calciné, on pense tous à l’effrayant et célèbre Freddy Krueger, personnage culte de la saga Freddy, initiée en 1984 par celui que l’on appelle souvent « le maître de l’horreur », Wes Craven. Le réalisateur avait déjà auparavant signé deux très grands succès : La Dernière Maison sur la gauche et La Colline a des Yeux. Le premier volet de la saga du croquemitaine griffu s’intitule Les Griffes de la Nuit (Titre d’ailleurs soufflé par Claude Chabrol), ou A Nightmare on Elm Street en version originale. Il met en scène un groupe de jeunes qui vont être chassés dans leur sommeil par le mystérieux et dangereux Freddy Krueger. Le film commence en mettant en scène le personnage de Tina, qui échappe de justesse à Freddy. Le lendemain, terrorisée par ce cauchemar, elle demande à Nancy et son petit-copain Glen de venir dormir chez elle pour ne pas se retrouver seule. Et à la façon de Psychose qui retourne le film en tuant celle qu’on pense être le personnage principal, Tina ne se réveillera jamais. Nancy devient l’héroïne du long-métrage. Et, bien loin des clichés de l’adolescente stupide qui hurle et décide de monter à l’étage au lieu de sortir par la porte, Nancy est l’archétype de la battante. Elle va tout faire pour éliminer la menace Freddy qui pèse sur elle et ses amis, usant de ruse et de stratégie pour ramener le croquemitaine dans la réalité, seul endroit où il peut être vulnérable.


Condition sine qua non du slasher movie de cette époque, les personnages principaux, les adolescents, sont joués par des inconnus, souvent pour un premier grand rôle. D’ailleurs, être tête d’affiche d’une saga de slasher est souvent considéré comme tueur de carrière. En effet, on n’a pas beaucoup revu Heather Langenkamp depuis ses apparitions dans Freddy, comme on n’a pas beaucoup revu Neve Campbell dans autre chose que les Scream de ce même Wes Craven. Cependant, on reconnaît tout de même une tête connue dans Les Griffes de la Nuit. Glen, le petit ami de Nancy est incarné par nul autre que le jeune Johnny Depp, qui signe ici son premier rôle au cinéma. Et bien sûr, on ne peut pas parler de la distribution du film sans évoquer Robert Englund, qui campe ici le mythique Freddy Krueger, à la fois railleur et cruel, avec une aisance et une capacité d’adaptation terrifiante. Sa prestation est mythique et inoubliable, qui donnera sans nul doute le statut de film culte aux Griffes de la Nuit.


Wes Craven offre dans ce film une expérience où le spectateur, comme les personnages, se retrouvent perdus entre la réalité et le rêve, accentuant la sensation horrifique de l’omniprésence du croquemitaine. Le côté effrayant vient du fait que, de la même façon qu’il est impossible d’échapper à la mort, il est également impossible d’échapper au sommeil. Un moment ou un autre, il sera impossible de lutter, et nos personnages seront obligés de se confronter à Freddy. Wes Craven met un point d’honneur à travailler les phobies et traumatismes du spectateurs sur la longueur, car à l’instar de Nancy, ils ne veulent pas qu’elle succombe à la tentation du sommeil tueur. Il ne s’agit pas de faire peur sur l’instant via des jumpscares, mais de marquer sur la durée, de montrer Freddy un minimum pour mieux le faire jaillir de l’ombre, d’apporter un sentiment de malaise constant qui s’étire à n’en jamais finir. L’objectif de Craven, c’est que sa création soit durable. Il veut que son Freddy marque les esprits, hante le sommeil de ses spectateurs. Car Freddy, c’est un peu de lui. Les peurs et les traumatismes de l’enfance s’effacent inconsciemment à l’âge adulte, mais elles ne disparaissent jamais vraiment. Elles restent là, enfouies, et parfois, elles ressortent. Finalement, les plus grands traumatisés, ce sont les auteurs de films d’horreur…


Et avec Les Griffes de la Nuit, Wes Craven offre une vraie proposition d’un grand auteur de film horrifique, initiant parfaitement une saga, sans en faire trop, ni sans nous laisser sur notre faim. Il crée des scènes cultes du cinéma des années 80-90 (le geyser de sang, la chaufferie, la mort de Tina défiant l’apesanteur, la housse mortuaire dans l’école…). Craven crée un mythe qui influencera le genre des années durant, bien que le film ait un peu mal vieilli par instants. Il maîtrise le slasher avec une aisance impressionnante : il en connaît les codes, qu’il s’amusera à déconstruire dans sa quadrilogie Scream des années plus tard. Car finalement, c’est bien lui et John Carpenter avec son Halloween qui créent et popularisent le genre du slasher, entraînant leur lot de suites/remake/reboot/spin-off qui continuent de faire des entrées encore aujourd’hui (même si le genre est en perte de vitesse). Au final, les nuits n’auront jamais été aussi courtes après que le monde ait fait la connaissance de Freddy...

Titre Original: A NIGHTMARE ON ELM STREET

Réalisé par: Wes Craven

Casting :  Robert Englund, Heather Langenkamp, Johnny Depp …

Genre: Epouvante-horreur, Fantastique, Thriller

Sortie le : 06 mars 1985

Distribué par: Warner Bros. France

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