Critiques Cinéma

PAPILLON (1973) (Critique)

SYNOPSIS: Henri « Papillon » Charrière, un malfrat de petite envergure, est jugé à tort pour un meurtre qu’il n’a pas commis. Celui-ci est condamné à vie dans une prison d’une colonie française : le bagne de Cayenne. Mais Papillon n’a qu’une seule idée en tête : s’évader. Malheureusement, ses régulières tentatives sont toujours restées sans réussite. Devant son acharnement, les dirigeants l’envoient sur Devil’s Island, une prison dans la prison, dont jamais personne n’a réussi à s’échapper. Une épreuve terrible pour Papillon, qui découvre l’enfer de l’environnement carcéral…

Le réalisateur Franklin J. Schaffner est surtout connu à l’époque pour avoir réalisé en 1968, La Planète des Singes et deux ans plus tard Patton, qui valut à son interprète George C. Scott l’Oscar du meilleur acteur pour l’interprétation de ce charismatique général. Papillon, sorti trois ans plus tard, est tiré de l’autobiographie d’Henri Charrière sorti cinq ans auparavant. Pour interpréter le rôle de ce valeureux prisonnier, le réalisateur prend finalement Steve McQueen après les refus successifs de Jean-Paul Belmondo et Warren Beatty. McQueen est alors à l’apogée de sa carrière après les succès de L’Affaire Thomas Crown, Bullit et Guet-Apens. Dans le rôle de son brave compagnon de prison, on retrouve Dustin Hoffman qui lui aussi enchainait les films cultes (Le Lauréat, Macadam Cowboy, Little Big Man). Cette histoire rocambolesque, absurde, bouleversante et humaniste est marquée par le savoir-faire de Schaffner au service de ses deux acteurs principaux.

Le milieu carcéral a toujours été un sujet très cinématographique qui revient de temps en temps sur nos écrans et donne souvent lieu à des films réussis. Ainsi, on a pu voir ces dernières années des films plus violents qu’à l’accoutumée comme Les Poings contre les Murs de David Mackenzie ou Une Prière avant l’Aube de Jean-Stéphane Sauvaire, mais c’est surtout la série d’HBO Oz qui est devenu au fil du temps le référentiel absolu en terme d’œuvres sur le milieu carcéral. On peut y voir deux intérêts majeurs dans le choix de traiter ce thème. D’une part, c’est un endroit clos qui peut servir à inventer des nouveaux codes de mise en scène et qui oblige à se réinventer dans chaque scène et d’autre part, un endroit où les sentiments des personnages sont exacerbés face à des situations extrêmes. On n’est donc peu étonné de voir un film des seventies, époque de recherche de liberté et de révolte, s’intéresser à ces questions.

Le scénario est signé Dalton Trumbo et on comprend ce qui a pu intéresser le scénariste blacklisté au temps du maccarthysme dans cette histoire de survivant. Car Henri Charrière en est clairement un. Emprisonné à perpétuité dans une des prisons françaises les plus dures en Guyane, il ne cherchera qu’à s’en évader. On voit les conditions déplorables dans lesquelles ces hommes doivent survivre au quotidien. Ils sont traités comme des animaux le tout sous une chaleur écrasante. Les prisonniers-esclaves ne se séparent jamais de leurs tâches de sueur prépondérante sur leur chemise. Le metteur en scène réussit à parfaitement nous immerger dans cet enfer à ciel ouvert dans un style très documentaire. A la différence des autres films sur l’emprisonnement, nous sommes en pleine nature et Schaffner va paradoxalement nous émerveiller avec des plans naturels majestueux notamment dans la dernière partie du film. On se réjouit toujours (à l’heure de la paresse du cinéma actuel et des hideux CGI) de voir des films tournés en décors naturels. La sensation ressentie est ici démultipliée lors de la vision de ces immenses falaises de l’ile du Diable ou de cette forêt sauvage de l’Honduras. On notera également ces magnifiques 10-15 min sans dialogues au bout de plus de deux heures de film et l’utilisation d’une musique symphonique. Le spectateur est souvent troublé par cette beauté de la nature associée à cette cruauté humaine.

L’autre réussite de ce film est principalement due à la qualité de l’interprétation de Steve McQueen. Il porte littéralement le film sur ses épaules et laisse pour une fois son côté dur à cuire perpétuel et nous laisse entrevoir une autre palette de son jeu, plus intimiste, plus profond pour jouer ce condamné à la perpétuité pour un crime qu’il n’aurait pas commis. On est assez fasciné par ce personnage hors du commun. Même brisé par le système, la persévérance du personnage n’en sera que plus exemplaire. Dustin Hoffman est le parfait compagnon de galère et l’amitié qui se créé entre le cérébral Hoffman et le physique McQueen fonctionne à merveille. Car on se doute que dans un tel milieu des amitiés assez improbables peuvent surgir de nulle part. L’intérêt particulier que chacun trouve en l’autre peut être largement dépassé et créer quelque chose de beaucoup plus profond. Il faudra attendre la fin du film pour voir cette association se transformer en véritable amitié fraternelle. Ce film est donc à la fois utile dans la compréhension chère à Malraux de la condition humaine mais aussi pour vivre un vrai plaisir cinématographique.

Titre Original: PAPILLON

Réalisé par: Franklin J. Schaffner

Casting : Steve McQueen, Dustin Hoffmann, Anthony Zerbe…

Genre: Biopic, Judiciaire, Drame, Aventure

Sortie le : 06 février1974

Distribué par: –

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