Critiques Cinéma

LE CERCLE LITTÉRAIRE DE GUERNESEY (Critique)

SYNOPSIS: Londres, 1946. Juliet Ashton, une jeune écrivaine en manque d’inspiration reçoit une lettre d’un mystérieux membre du Club de Littérature de Guernesey créé durant l’occupation. Curieuse d’en savoir plus, Juliet décide de se rendre sur l’île et rencontre alors les excentriques membres du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates dont Dawsey, le charmant et intriguant fermier à l’origine de la lettre. Leurs confidences, son attachement à l’île et à ses habitants ou encore son affection pour Dawsey changeront à jamais le cours de sa vie.

Le Cercle Littéraire de Guernesey est un événement à plus d’un titre : il s’agit de l’adaptation attendue depuis déjà un moment des fans du bestseller épistolaire Le Cercle Littéraire des amateurs d’épluchures de patates co-écrit par Mary Ann Shaffer et Ann Barrows ainsi que du retour de l’éclectique réalisateur britannique Mike Newell (Harry Potter et la Coupe De Feu, Donnie Brasco, Quatre Mariages et un Enterrement, Prince Of Persia) derrière la caméra après six ans d’absence. Partant d’un matériau de base passionnant sur fond d’occupation des îles anglo-normandes par les nazis pendant la seconde Guerre mondiale et de secrets de famille enfouis, le récit mêlant pêle-mêle romance, mélo, fresque historique, lettre d’amour à la littérature, humour so british et drame social, le film avait tout pour être le patchwork ultime synthétisant les différents courants du cinéma britannique en à peine plus de deux heures.

Le résultat s’avère décevant bien qu’agréable à suivre si l’on est pas allergique aux violons et à la guimauve, la faute à une mise en scène appliquée mais fonctionnelle d’un Newell qu’on a déjà connu plus inspiré visuellement et d’un scénario ayant l’intelligence de tailler dans le bouquin pour aller à l’essentiel, mais n’arrivant jamais à se défaire de la forme épistolaire (et par conséquent anti-cinématographique) du roman, provoquant une narration lourde et maladroite sous forme de flash-back et voix off intempestives, réduisant le tout à un mélo historique doublée d’une romcom un tantinet cliché. On ne s’ennuie jamais mais l’on regrette que le film ne transcende jamais son histoire et son contexte, pourtant rarement évoqué au cinéma, se réduisant à un téléfilm d’époque de luxe de la BBC pour les fêtes de Noël avec tout ce qu’il faut de beaux costumes (il faut admettre que le travail dessus est remarquable) et de côtes anglaises de cartes postales nimbées dans une photo chaleureuse mais complètement dépourvue de vie. Tout y est figé dans la naphtaline et l’on se prend à rêver de la mise en scène romanesque et épique de David Lean dans La Fille De Ryan qui arrivait à capturer la majesté de la campagne/côte irlandaise et de ses habitants tout en se servant des paysages sublimes et de la nature rugueuse pour illustrer la sensibilité des relations complexes de ses personnages ainsi que le contexte violent de l’époque d’alors.


Même si Newell n’a jamais été considéré comme un grand formaliste au style propre, il a toujours su apporter une énergie et une folie anar à ses films d’auteur comme à ses films de commande (on rappellera ici qu’il avait pitché sa vision de La Coupe De Feu aux producteurs en présentant le film comme un croisement entre Hitchcock et Bollywood, il fallait oser), donnant des films très inégaux mais marqué de la patte de leur auteur et l’on se surprend ici à trouver le film soigné mais terriblement sage. Si le film ne brille pas sur la forme et manque parfois de saveur, il reste toutefois appliqué dans la mise en scène proprette de Newell et le montage rythmé de Paul Tothill (monteur habituel de Joe Wright) qui nous font suivre avec intérêt la confrontation entre l’héroïne londonienne et les membres du cercle guernesiais, jouant sur les époques et les lieux pour mieux raconter comment chacun a vécu la guerre différemment.

Mais si le film a une qualité indéniable, c’est qu’il sait parfaitement tirer profit de son casting particulièrement réussi, à commencer par Lily James. On l’avait déjà vu en girl next door dans Baby Driver ou en Cendrillon mais c’est définitivement dans le rôle de Juliet Ashton, écrivaine maladroite, romantique et déterminée qu’elle trouve son plus beau rôle. Le film tient sur ses épaules et elle passe avec maestria du burlesque au drame, ballotté entre ses amours contrariés et sa quête de vérité.

Le Cercle littéraire n’est pas en reste, avec un casting de gueules formidables (péchées du côté de Downton Abbey) plutôt que de grosses stars qui pour le coup sonne très juste, entre l’impayable Penelope Wilton en grand-mère bougonne, l’hilarante Katherine Parkinson, le taiseux Michiel Huisman (vu dans Game Of Thrones) ou encore le distingué Matthew Goode (Watchmen, Stoker), pas de fausse note de ce côté là. Si l’on peut regretter que le film n’arrive pas à égaler la richesse thématique et émotionnelle du roman qu’il adapte, on reconnaîtra de bon cœur avoir passé un bon moment devant cette romance historique au charme typique des productions britanniques qui à défaut d’être mémorable se regardera bien un dimanche d’après-midi pluvieux de novembre, sous un plaid, accompagné d’un thé of course.

Titre Original: THE GUERNSEY LITERARY AND POTATO PEEL PIE SOCIETY

Réalisé par: Mike Newell

Casting : Lily James, Michiel Huisman, Matthew Goode …

Genre: Drame, Romance, Historique

Date de sortie: 13 juin 2018

Distribué par: StudioCanal

MOYEN

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