Critiques

AU SERVICE DE LA FRANCE (Critique Saison 2) Une version XXème siècle de la Maison-Qui-Rend-Fou d’Astérix…

SYNOPSIS: Une deuxième saison sur les chapeaux de roue pour la série créée par Jean-François Halin (scénariste d’OSS 117). Le Service est plongé dans la modernité et la guerre froide et tous les mythes de la France gaullienne en ressortent joyeusement pulvérisés. Depuis le faux enterrement d’André Merlaux à la fin de la première saison, le jeune agent secret et son ancien chef Moïse n’ont qu’un but : se venger du colonel Mercaillon, “collabo” et traître à la France.

On l’aura attendue avec impatience celle-là ! Trois ans entre la première saison, diffusée sur Arte en 2015, et la seconde, qui arrive sur la même chaîne en juillet, ça fait long pour les amateurs de la série d’espionnage pince sans-rire du trio Jean-Francois Halin (à qui l’on doit les excellents script de OSS:117), Claire Lemaréchal (Section de Recherche) et Jean-André Yerlès (Julie Lescaut). Tellement longtemps même, qu’Au Service de la France (A Very Secret Service pour les expats qui regardent ça sur Netflix) est sortie en DVD et VOD avant sa diffusion sur les ondes. Mais bon, ça y est, c’est fait, c’est “tamponné”. On note un changement de réalisateur cette année puisqu’Alexandre Courtès (Asylum : Blackout) qui avait réalisé les douze premiers épisodes, a été remplacé par Alexis Charrier (In America), mais que les fans se rassurent, un peu de sang neuf n’a jamais nui à personne et cette deuxième saison tient toutes les promesses de la première, avec en prime, plus d’action, plus d’humour acerbe, plus de satire et plus de personnages féminins qui font autre chose que servir le café à ces messieurs.

Les services secrets français, sous les ordres du colonel Marcel Mercaillon (Wilfred Benaïche), n’ont aucunement l’intention de faillir dans leur combat contre la barbarie, même si leurs victoires sont plus bureaucratiques qu’autre chose. En cette année 1961, la Guerre d’Algérie se profile à l’horizon, la crise des missiles cubains n’est pas bien loin, et au milieu des pulls à cols roulé et l’arrivée imminente de la mini-jupe, les menaces externes se multiplient. Fort heureusement pour nous, nous possédons les meilleurs agents possibles : Jacky Jacquard (Karim Barras), Roger Moulinier (Bruno Paviot) et Jean-René Calot (Jean-Edouard Bodziak), trio d’as du service de renseignements qui se prennent plaisamment les pieds dans leur chauvinisme bienveillant. Face à l’incompétence hilarante de ces trois-là, leur supérieur Georges Moïse (Christophe Kourotchkine) n’a pas le temps de chômer, et se voit même, au vu des circonstances de cette deuxième saison dont on ne parlera pas ici pour des raisons de sécurité nationale, forcé de recruter les services de Marie-Jo (Marie-Julie Baup) pour mener sa mission à son terme. On en apprend un peu plus sur le sort des agents Clayborne (Joséphine de la Baume) et Merlaux (Hugo Becker), ce qui, soit dit en passant, ne rassure pas beaucoup Sophie (Mathilde Warnier), la fiancée de ce dernier. C’est un métier dangereux que celui d’espion, mais tous sont prêt à se sacrifier pour le service de la France. Enfin… s’il n’y a vraiment pas d’autre solution.

Au Service de la France a tout pour plaire : un scénario en acier trempé, impeccablement structuré à l’humour corrosif et qui se moque joyeusement de la mégalomanie de l’État, de la colonisation, du Général de Gaulle, et, oserait-on le dire, de la France des années post-guerre, aussi ; rien n’est sacré dans ce dézinngage en bonne et due forme d’un temps souvent trop idéalisé (particulièrement à l’étranger). La distribution maîtrise parfaitement le deuxième degré et le ton à double, triple et quadruple tranchant des dialogues, et le tout est servi par une photographie ultra-pointue (merci Pascal Rabaud), de parfaits costumes “d’époque” (merci Catherine Marchand) et une lumière phénoménale (merci aux électriciens anonymes qui ont trimballé les câbles, les lentilles de focalisation et ont dû mettre tout ça en place). La série est une raillerie délicieuse mais faite avec un amour du pays qui pourrait se comparer à celui de Victor Hugo durant son exil à Guernesey. Une fiction qui porte un regard acéré sur les montagnes de paperasse et les procédures flirtant avec l’absurde qui régissent le bureau, une version XXème siècle de la Maison-Qui-Rend-Fou d’Astérix, plus grise, plus médiocre, mais qui donne tout autant envie de coller des baffes à ceux qui maintiennent la machine en état de marche. La série ne fera pas que des heureux et en offensera certainement plus d’un, particulièrement ceux dotés d’un patriotisme susceptible sur le sujet de la colonisation. C’est pourtant tellement, tellement bien fait, que le nombre de fans surpassera sans aucun doute celui des détracteurs. Pour ceux qui penseraient encore que la fiction française a du mal à décoller, Au Service de la France est la preuve par A + B que non, ça va, nos scénaristes, nos acteurs et notre industrie télévisée se portent bien, et même de mieux en mieux.

Crédits: Arte

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