Critiques Cinéma

FAHRENHEIT 451 (1966) (Critique)

SYNOPSIS: Dans un pays indéfini, à une époque indéterminée, la lecture est rigoureusement interdite : elle empêcherait les gens d’être heureux. La brigade des pompiers a pour seule mission de traquer les gens qui possèdent des livres et de réduire ces objets en cendres. Guy Montag, pompier zélé et citoyen respectueux des institutions, fait la connaissance de Clarisse, une jeune institutrice qui le fait douter de sa fonction. Peu à peu, il est à son tour gagné par l’amour des livres. 

Réalisé en 1966 par François Truffaut, Fahrenheit 451 sera le premier et le dernier film du maitre tourné en anglais, une fidèle adaptation dans laquelle le réalisateur de la nouvelle vague reprend les personnages et les situations du roman en apportant quelques petites touches personnelles. Tout d’abord, on peut penser qu’à l’aune de mai 68 et plus globalement de l’environnement de l’époque très contestataire envers l’État, ce n’est pas anodin de la part de Truffaut d’avoir choisi le thème du livre de Bradbury. Si Truffaut reprend la trame et les personnages du roman il en déplace le centre de gravité et en change de fait quelque peu la tonalité. La relation entre Montag et Clarisse, entre celui dont la conscience s’éveille et celle qui n’a jamais cessé de se rebeller contre l’ordre établi, donne son tempo et sa couleur au film quand le roman reposait principalement sur la confrontation entre Montag et Beatty, et la fragilité de son statut au sein de la caserne. Beatty est ici beaucoup plus en retrait, réduit au simple rôle d’antagoniste sans grandes nuances. Le film, bien que volontairement assez froid et désincarné pour faire écho à ce qu’est devenue cette société, approfondit néanmoins plus les sentiments de Montag. Son conflit intérieur et son évolution sont plus palpables et progressifs et on mesure ainsi plus ce qu’il a à perdre en se rebellant contre l’ordre établi.

Pour interpréter Montag, Truffaut choisit son Jules de Jules et Jim, l’acteur autrichien Oskar Werner. Manquant un peu de charisme, il a du mal tenir le film sur ses épaules. Sa carrière se terminera d’ailleurs dix ans plus tard dans un relatif anonymat. Julie Christie interprète à la fois le rôle de Clarisse cette mystérieuse enseignante qui voit en Montag les dernières lueurs d’ humanité et celui de Linda, son épouse obsédée par les écrans, pur produit de cette société qui fabrique des citoyens dociles rejetant d’eux mêmes tout ce qui pourrait les extraire à leur condition. Le choix de Truffaut de confier ces deux rôles à une seule et même actrice, l’inoubliable interprète de Lara dans Docteur Jivago, (David Lean) (que l’on retrouva également dans plusieurs films marquants des années 70 comme John McCabe de Robert Altman et Shampoo de Hal Ashby) apporte un sous texte absent du roman de Bradbury. Il matérialise le conflit intérieur de Montag, le choix qu’il doit faire non entre deux femmes, mais entre deux modes de vie: être libre de penser ou libre de mener une petite vie confortable sans entraves.

Le choix de Julie Christie se révèle en outre assez pertinent pour incarner cet archétype de la femme d’un monde nihiliste. En cela, la réussite du film est de nous montrer un monde totalement déshumanisé où les humains sont simplement des pantins au service d’un état totalitaire. La première scène du film sans générique nous fait d’ailleurs penser à un film muet qui accentue ce côté mécanique sans âme. Truffaut est très à l’aise dans cet univers et il est magnifiquement aidé par le compositeur Bernard Hermann (faut-il le présenter ?) et la photo de Nicolas Roeg.

Le film a nécessairement vieilli du point de vue technologique et il est clair qu’au-delà de sa remarquable mise en scène, l’univers fait un peu daté. Mais le livre de Bradbury ne se focalisait pas sur les futures grandes avancées technologiques mais bien sur le rôle des écrans dans notre vie future. Le vrai regret du film réside dans le fait de ne pas avoir complexifié le rôle du capitaine Beatty (joué ici par l’acteur irlandais Cyril Cusack qui n’est malheureusement pas très anxiogène. Trop manichéen alors que le livre laissait une porte ouverte à une autre compréhension du personnage, Truffaut en fait un personnage assez délétère. On peut aussi regretter que le film laisse de côté un pan entier de la dimension politique du roman de Bradbury, en occultant d’avantage le contexte de sorte que l’on puisse comprendre le bénéfice que l’État peut tirer de cette « dictature douce », de cette docilité achetée par les écrans.

Pour retrouver la critique du roman de Ray Bradbury c’est ici

Titre Original: FAHRENHEIT 451

Réalisé par: François Truffaut

Casting : Julie Christie, Oskar Werner, Cyril Cusack…

Genre: Science fiction, fantastique

Sortie le: 11 septembre 1966

Distribué par: MK2 / Diaphana

EXCELLENT

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