Critiques Cinéma

LE GRAND BAIN (Critique)

SYNOPSIS: C’est dans les couloirs de leur piscine municipale que Bertrand, Marcus, Simon, Laurent, Thierry et les autres s’entraînent sous l’autorité toute relative de Delphine, ancienne gloire des bassins. Ensemble, ils se sentent libres et utiles. Ils vont mettre toute leur énergie dans une discipline jusque-là propriété de la gent féminine : la natation synchronisée. Alors, oui c’est une idée plutôt bizarre, mais ce défi leur permettra de trouver un sens à leur vie…

S’il y a bien un cheval sur lequel nous aurions pas misé à Cannes, c’est bien Gilles Lellouche. Et pourtant, Le Grand Bain, son nouveau film en qualité de réalisateur (et non d’acteur!), fut peut-être LA bonne surprise de ce festival 2018, un vent de fraîcheur et de légèreté qui a fait un bien fou chez les festivaliers après des premiers jours de compétition un peu ternes et pesants. De retour derrière la caméra, et pour la première fois en solo après avoir co-réalisé Narco avec Tristan Aurouet puis un segment du film à sketches Les Infidèles, aux côtés de Jan Kounen, Alexandre Courtès, Emmanuelle Bercot, Eric Lartigau, Jean Dujardin, Michel Hazanavicius et Fred Cavayé, Gilles Lellouche nous plonge cette fois dans le monde insolite de la natation synchronisée masculine, avec un groupe de sportifs hétéroclites composé de Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Guillaume Canet, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katerine, Alban Ivanov, Félix Moati et Tamilchelvan Balasingham, mais aussi des entraîneuses Virginie Efira et Leïla Bekhti.

Mélange réussi de film sportif très feel good centré sur une discipline hautement improbable, s’inscrivant ainsi dans la directe lignée d’œuvres telles que Eddie The Eagle ou Rasta Rockett, et de pure comédie chorale et sociale à l’anglaise, façon The Full Monty, Le Grand Bain tient franchement la route du début à la fin. Grâce à sa subtilité d’une part, mais aussi de l’excellente dynamique créée au sein de l’ensemble cast, particulièrement complice et attachant, sous la caméra toujours attentive et entraînante de Gilles Lellouche. Filmé en effet avec panache et propreté, porté par une mise en scène dynamique, pleine d’humour, de cadrages chiadés et une bande-originale faite de morceaux musicaux judicieusement sélectionnés par Lellouche, Le Grand Bain muscle les zygomatiques dès son ouverture tonitruante, où l’on apprend sous la voix-off accueillante d’Amalric qu’un rond ne peut pas rentrer dans un carré (et vice versa), un adage qui servira en quelque sorte de « fil rouge » à ce récit de quadras à la dérive, mal dans leur peau et avides de se reconstruire, ensemble, à travers la pratique de la natation synchronisée.

Avec cette solide base, Gilles Lellouche parvient par la suite à susciter une certaine émotion chez le spectateur, émanant surtout de l’évolution des arcs des personnages. Des hommes au lot conséquent d’emmerdes et d’impératifs à régler, traités de façon équitable dans l’écriture (quoique deux membres de la bande sont un peu laissés de côté, vrai petit bémol du film) et filmés toujours avec beaucoup de tendresse de la part de Gilles Lellouche, chacun d’entre eux ayant droit à son moment, son petit passage lui permettant de rayonner auprès de ses camarades et de mériter sa place. Jean-Hugues Anglade touchant en rock (non) star et père de famille maladroit. Benoît Poelvoorde cocasse en vendeur de piscines au bord de la faillite. Guillaume Canet troublant en papa anxieux (d’un ado bégayeur) et fiston écorché (d’une mère souffrant d’un Alzheimer avancé). Mathieu Amalric convaincant en mari déprimé face à une Marina Foïs toujours soutenante et bienveillante. Philippe Katerine hilarant en puceau un peu gaffeur. Dans cette chouette troupe, on offre une mention toute particulière à ce dernier, vraiment très drôle, et aussi aux actrices Leïla Bekhti et Virginie Efira, tout aussi géniales que leurs compères masculins dans la peau respective d’une coach sadique et d’une ex-championne déchue devenue alcoolique.

Face à la caméra, le casting a énormément bûché et ça se sent. Les acolytes campent une bande de losers magnifiques qui, en dépit de supposées faibles aptitudes physiques initiales, parviennent à rester crédibles du début à la fin, notamment dans toutes les séquences  » sportives  » où on ne remet jamais en question leur réelle implication. C’est à travers leurs performances que Gilles Lellouche réussit à dresser un tableau social émouvant, doublé d’une ode à l’ambition, où la participation de l’équipe au championnat du monde de natation synchronisée devient salutaire, une authentique lueur d’espoir dans leur vie désespérée pour leur permettre de trouver (nouveau) un sens à leur existence.  Gros carton public à prévoir en salles pour Le Grand Bain, comédie sportive fraîche, drôle, correctement tenue de bout en bout, remarquablement interprétée et relatant une belle aventure humaine.

Titre Original: LE GRAND BAIN

Réalisé par: Gilles Lellouche

Casting :  Mathieu Amalric, Leïla Bekhti, Benoît Poelvoorde…

Genre: Comédie dramatique

Sortie le: 24 Octobre 2018

Distribué par: StudioCanal

TRÈS BIEN

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