Critiques Cinéma

DEAD OF NIGHT – AU COEUR DE LA NUIT (Critique)

4,5 STARS TOP NIVEAU

DEAD OF NIGHT AFFICHE CLIFF AND CO

SYNOPSIS: Les invités d’un tranquille cottage content chacun une histoire extraordinaire qu’ils ont vécue. Le premier récit est celui d’un coureur automobile qui échappe de peu à la mort. La deuxième histoire est celle d’une jeune fille rencontrant le fantôme d’un petit garçon assassiné dans un manoir. Et le troisième récit raconte comment un homme pourtant pondéré est conduit à la folie meurtrière.

Lorsque la maison d’édition EC COMICS (Educational Comics) publia ses premiers comics books d’horreur au début des années 50, dont les plus célèbres sont Tales From the Crypt et The Vault Of Horror, elle rencontra un grand succès auprès du public qui contribua en partie à l’émergence d’un genre cinématographique qui connu son apogée dans les années 60 et 70: l’anthologie horrifique/ fantastique. Lorsque l’on pense à ce genre, les films qui nous viennent spontanément à l’esprit sont ceux produits par AMICUS dans lesquels on retrouve le légendaire Peter Cushing: Dr Terror’s House of Horrors (1965), Torture Garden (1967), The House That Dripped Blood (1970), Asylum (1972), Tales from the Crypt (1972), The Vault of Horror (1973) et From Beyond the Grave (1974) , puis deux films des années 80 Creepshow (Joe Dante) et La Quatrième Dimension (Dante, Miller, Spielberg, Landis). Le succès des Comics Books d’EC COMICS, puis des films cités, pour la plupart devenus cultes, fut tel et leur rayonnement demeure encore tellement grand, qu’il a quelque peu laissé dans l’ombre le film que l’on peut considérer comme le précurseur du genre: Dead Of Night.

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Produit par la société Ealing Studios, jusque là surtout réputée pour avoir produit un grand nombre de comédies, Dead Of Night réunit 4 réalisateurs (Charles Crichton , Basil Dearden, Alberto Cavalchanti, Robert Hamer) chargés de mettre en scène 5 petites histoires fantastiques/horrifiques racontées par les différents protagonistes de ce qui constitue la trame principale du film. Citée par Martin Scorsese comme l’un des meilleurs films d’horreur de l’histoire du cinéma, l’influence de cette première anthologie horrifique du cinéma britannique a été clairement revendiquée par l’un des producteurs des films de la AMICUS. L’un de ses segments a par ailleurs inspiré un épisode de la série La Quatrième Dimension puis le film Magic (Richard Attenborough,1978) dans lequel Anthony Hopkins interprète un ventriloque schizophrène. Si Dead of Night peut se prévaloir d’avoir posé les fondations d’un genre, il n’est pas prisonnier de son époque et le maître soutient toujours largement la comparaison avec ses élèves. Il échappe à la double malédiction qui pèse sur tant d’anthologies horrifiques: le manque de cohérence entre les différents segments et le fait que certains d’entre eux peuvent paraître beaucoup plus faibles que les autres.

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Les 5 récits de Dead Of night ne se valent pourtant pas tous. Deux sont clairement au dessus du lot (le miroir, le ventriloque) mais si l’ensemble reste passionnant et cohérent de bout en bout c’est parce que leur intégration et leur ordre d’apparition dans le récit principal l’alimentent et ménagent même un vrai crescendo dramatique. Chaque petite histoire a son ton propre permettant au film d’explorer une large palette dans le genre horrifique/ fantastique: d’un registre proche du gothique jusqu’à la comédie fantastique avec cette rivalité entre deux golfeurs qui se poursuit au delà de la mort de l’un d’entre eux (segment réalisé par Charles Crichton qui réalisera 43 ans plus tard Un Poisson Nommé Wanda). Chaque récit raconté par les convives de la maison dans laquelle Walter Craig (Mervin Johns) a été invité à passer le week-end vient le conforter ou le faire douter sur son état mental alors qu’il est profondément troublé par le fait qu’il a le sentiment d’avoir déjà vécu cette journée dans ses rêves. Le caractère fantastique des évènements décrits dans ces récits est par ailleurs remis en question et rationalisé par l’un des convives, un médecin cartésien qui se fait quelque part le relais des doutes du spectateur. Cette « technique narrative » consistant à s’appuyer sur un personnage cartésien qui finit par se laisser gagner par le doute a été reprise un nombre incalculable de fois par les « descendants » de Dead Of Night. C’est un gage d’identification et donc d’immersion pour le spectateur sans lequel un film d’horreur ne dépassera pas le stade du voyage dans un train fantôme.

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Dans un crescendo très efficace, le doute et la peur vont ainsi contaminer le récit principal à mesure que chacun des récits a contribué à nous faire accepter que quelque chose existe au delà de notre monde et des limites que notre raison lui a posé. Si l’excellent dernier segment – dans lequel Michael Redgrave est exceptionnel en ventriloque sombrant peu à peu dans la folie – a autant d’impact, c’est que tout ce qui a précédé a crée le « climat » propice et qu’il est par ailleurs raconté par le personnage qui représente la voix de la raison dans ce récit.  Le spectateur est à la fois engagé dans chacun des récits et dans leur commentaire, dans ce qu’ils disent sur ce qu’est en train de vivre Walter Craig, entre rêve et réalité, entre raison et folie. Le spectateur d’aujourd’hui et l’on peut même remonter à celui des années 50/60, est sûrement plus enclin à accepter les conventions du genre et faire le grand saut de la foi que ne l’était le spectateur des années 40. Cela obligeait à une rigueur dans l’écriture qui fait défaut à beaucoup d’anthologies horrifiques qui ressemblent plus à d’hasardeuses compils dans lesquelles il est bien difficile de trouver une cohérence et du sens et où l’on se contentera de quelques frissons. On ne pourrait que conseiller à tout réalisateur ayant la volonté de s’essayer au genre de revoir et réfléchir sur Dead Of Night qui a non seulement posé les fondations du genre mais continue d’étendre son influence depuis plus de 7 décennies.

DEAD OF NIGHT AFFICHE CLIFF AND CO

Titre Original: DEAD OF NIGHT

Réalisé par: Charles Crichton , Basil Dearden, Alberto Cavalchanti, Robert Hamer

Casting : Mervyn Johns, Roland Culver, Mary Merrall, Michael Redgrave …

Genre: Epouvante, Horreur, Fantastique

Sortie le: 04 septembre 1945

Distribué par: –

4,5 STARS TOP NIVEAUTOP NIVEAU

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