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JOURNAL DE BORD CANNES 2018 Saison 5 Épisode 4

Festival de Cannes, Saison 5 épisode 4

Se lever tôt le matin pour voir le nouveau film de Guillaume Nicloux, Les confins du monde, il n’y a qu’à Cannes qu’on peut vivre ce type d’expérience. Avis à chaud sur le film, en attendant une éventuelle critique plus complète : bilan mitigé, ce violent portrait de survivant animé par une soif de vengeance espère lorgner du côté du sentier traversé par Coppola (Apocalypse Now) et Herzog (Aguirre), mais le résultat, trop long et inégal, est hélas en deçà de l’ambition affichée. Le casting est toutefois assez remarquable, à commencer par un Gaspard Ulliel bien en jambes.

S’ensuit un rendez-vous incroyable et immanquable avec Ryan Coogler – en odeur de sainteté actuellement après le carton commercial réservé à Black Panther – animé pendant près de 2h (!!) par le journaliste décontracté Elvis Mitchell.

Entrée sur scène triomphale de Ryan Coogler, après avoir exécuté en direct et sous une salve d’applaudissements généreux, le geste de croix de bras si cher et caractéristique au personnage du Black Panther.

Ryan Coogler démarre d’abord sur la relation de proximité qu’il a toujours entretenu avec ses parents, avec qui il regardait un certain nombre de films sur le canapé familial étant plus jeune, et avec Rachel Morrison, sa DP de Fruitvale Station et Black Panther. Il enchaîne ensuite sur les différents visionnages qu’il a effectués pour se préparer avant de mettre en scène Black Panther : une centaine de films, allant de Casino Royale/Goldfinger au Parrain de Coppola (qu’il vénère), en passant par L’étreinte du Serpent ou bien encore Timbuktu, dont il adore la musique.

Le cinéaste name-dropp aussi ses films non anglophones préférés : La Cité de Dieu de Fernando Meirelles, La Haine de Mathieu Kassovitz, Amours Chiennes d’Alejandro Gonzalez Inarritu, Un Prophète de Jacques Audiard ainsi que la quasi totalité des œuvres de Lars Von Trier, tout en bavardant ensuite avec joie sur son amour pour les comics et la culture africaine (musique, rituels en tout genre…).

Coogler distille également des informations sur le tournage bienveillant et chaleureux à Auckland de certaines scènes du tentpole de l’écurie Marvel, balançant au passage quelques confidences sur ses différentes peurs avant de se jeter à l’eau du grand bain du blockbuster.

Coogler s’attarde ensuite sur son approche de l’afro-futurisme dans Black Panther, admettant aussi l’importance accordée au son et à l’écriture des personnages féminins. On goûte dans la foulée à une ou deux anecdotes croustillantes sur ses rencontres avec Forest Whitaker, Michael B. Jordan et Chadewick Boseman, devenus depuis de fidèles collaborateurs du cinéaste qu’il apprécie toujours diriger, puis à un discours touchant et poignant sur l’identité et l’appartenance, la dramaturgie shakespearienne, l’aspect politique du film sur le devoir et la responsabilité d’un chef d’État et sa façon de concevoir Black Panther comme un conte initiatique, où la vision idéalisée et univoque de T’Challah sur son père et son pays se confronte à la réalité et à la personnalité complexe de Killmonger.

Il revient ensuite avec enthousiasme et imagination sur le Wakanda, pays fictif d’où sont originaires les tribus de Black Panther, qu’il a artistiquement conçu en fonction de ses expériences réelles de voyages en Afrique.

Un petit mot aussi du réalisateur sur la première avant-première de Black Panther à L.A., avec sa grand-mère de 90 ans et George Lucas dans la salle. Stressé mais rapidement rassuré par l’énergie de l’audience et les remerciements reçus en masse après le générique de fin.

Évidemment, Ryan Coogler insiste aussi lourdement et tout au long du rendez-vous avec Elvis Mitchell sur la nécessité actuelle de valoriser la représentation et la diversité (au cinéma, et aussi dans la vie de tous les jours).

Et pour le plus grand plaisir des festivaliers, Ryan Coogler conclue l’échange en beauté en lâchant une info sur son envie de mettre en scène un jour une histoire pleinement originale, tout en déclarant ne jamais avoir eu honte d’adapter, en citant notamment Kubrick qui faisait souvent la même chose.

Direction ensuite la salle Bazin pour la projection de Plaire, aimer et courir vite de Christophe Honoré. Une attente qui n’en est pas vraiment une pour moi, au vu de la détestation que j’affiche (et assume) pour les œuvres du cinéaste français. Quelques à priori certes, mais son nouveau film affiche un chouette casting (Vincent Lacoste et Pierre Deladonchamps) qui peut assurer le coup.

Et enfin, pour clôturer cette belle journée j’envisage une bonne veille séance de minuit. J’espère pouvoir découvrir Arctic, survival enneigé du brésilien Joe Penna avec le grand Mads Mikkelsen, mais à Cannes les incertitudes font aussi tout le prix du Festival.

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