Critiques Cinéma

DEATH WISH (Critique)

2 STARS PAS GENIAL

Death_wish_affiche-cliff-and-coSYNOPSIS: Quand il ne sauve pas des vies, Paul Kersey, chirurgien urgentiste, mène une vie de rêve, en famille, dans les beaux quartiers de Chicago… Jusqu’au jour où tout bascule. Sa femme est sauvagement tuée lors d’un cambriolage qui tourne mal… Sa fille de 18 ans est plongée dans le coma. Face à la lenteur de l’enquête, il se lance dans une chasse à l’homme sans merci.

Le Death Wish original (Un justicier dans la ville) qui, si il n’a rien perdu de son aura malsaine liée au thème de l’autodéfense, reste un classique du cinéma des années 70, sommet de la carrière de Charles Bronson, qui y trouva grâce à ses suites nanardesques qu’il arpentait tel un zombie, une pension de retraite inespérée. Un remake paraissait inévitable et le projet est devenu au cours des années un véritable serpent de mer, même si il faut noter que le méconnu Death Sentence librement inspiré de la suite littéraire de Brian Garfield en revisitait les thèmes. Mais le temps a joué contre ce projet puisque d’une part la figure du vigilante n’est plus exclusive à Death Wish mais s’est imposée dans la pop-culture au cinéma mais aussi dans les jeux vidéos et d’autre part le sujet de l’auto-justice qui pouvait apparaître tolérable durant la vague de criminalité que connut le pays dans les années soixante-dix semble désormais déplacé et pour ainsi dire toxique dans une Amérique où la question de la libre circulation des armes à feu est brûlante. Cette figure du justicier devenu plus polémique, une relecture se doit de trouver une approche originale pour ne pas sombrer dans l’apologie d’une idéologie douteuse ne pouvant se permettre d’être explicite comme le film de Michael Winner dans leur adhésion à une vue pro-arme, pro-peine de mort et anti-liberale. La version qui parvient sur nos écrans signée par Eli Roth plus spécialisé dans le film d’horreur, sans doute inspirée par Joe Carnahan qui en signe le scénario (et qui devait le mettre en scène) tente de présenter une vision équilibrée du sujet rappelant le taux de criminalité très élevé dans la ville de Chicago ou se déroule l’action du remake (qui se termine à New York prenant ainsi le chemin inverse de l’original) mais en condamnant par exemple la facilité avec laquelle on peut acquérir une arme de guerre dans une séquence où Paul Kersey est guidé par une pimpante vendeuse. Mais on ne peut échapper à la nature même du concept  Death Wish qui requiert une police laxiste et incompétente, des criminels inhumains et un grand public qui doit se rallier aux actions du héros « ordinaire » obligé de se faire justice faisant de facto du film un film de droite dure. Mais contrairement à l’original qui reflétait clairement les vues de ses concepteurs, le remake n’est essentiellement qu’une entreprise commerciale destinée à entretenir une marque essentielle pour la MGM qui tente de se vendre et relancer la carrière d’action-hero de Bruce Willis  dans le créneau papy flingueur qui a si bien réussi à Liam Neeson avec Taken. Ainsi passé de mains avant d’atterrir dans celles d’Eli Roth ce nouveau Death Wish est un film d’action aux standards télévisuels plus qu’un manifeste politique.

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Le film se veut « modernisé » incluant le contexte des réseaux sociaux, une vidéo des exploits du justicier devient virale et une intrigue parallèle avec le frère du héros, interprété par Vincent D’Onofrion aurait pu être intéressante si elle avait été plus développée mais Death Wish est un produit standardisé dont on devine le déroulement et qui baigne dans les clichés : la fille adolescente de Kersey interprétée par un mannequin Camila Morrone (belle fille de Al Pacino dans la vie) se réveille d’un coma censé être quasi-irréversible comme la Belle au Bois Dormant prête à défiler. Pour montrer qu’avant l’agression Paul Kersey est un homme non violent on a droit à une scène ou il reste stoïque face aux insultes d’un père de famille caricatural lors d’un match de soccer. Le remake se montre systématiquement moins complexe que  l’original qui, malgré son parti pris idéologique, dressait un portrait plus réaliste du Paul Kersey « libéral » et de son aversion pour les armes ainsi que de sa transition vers l’auto-justice. Le personnage du policier qui enquête sur le vigilante, malgré l’interprétation du bon Dean Norris est un bien moins intéressant et ambigu que  celui incarné par Vincent Gardenia. Mais le vrai problème du film est résumé dans son plan final qui reprend paresseusement celui -iconique- de l’original  avec à la place de l’éclair cruel et malicieux qui illuminait l’œil  de Bronson le regard vide de Bruce Willis. La star de Die Hard est incapable d’animer son personnage. C’est une vraie tristesse de voir le comédien  dont l’œil pétillant, l’humour et l’humanité furent les marques de fabrique se retrancher derrière un jeu qui se veut minimaliste mais qui est devenu inexistant. Il y a quelque chose d’ironique à avoir choisi un Bruce Willis sur la même trajectoire que Charles Bronson dans sa fin de carrière, enchaînant des films de moins en moins prestigieux, qu’il traverse tel un automate.

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Tout n’est toutefois pas à jeter dans ce remake sauvé par les techniciens derrière la caméra, la photographie du néerlandais Rogier Stoffers (Brimstone qui marche sur les traces de son prestigieux aîné Jan DeBont) donne un beau cachet au film en particulier dans les moments les plus intéressants où Roth se repose sur ses talents de réalisateur horrifique en particulier lors d’une séance de torture (sa spécialité avec les films Hostel) bien crasse qui ramène ce produit standardisé dans le giron du grindhouse et de l’exploitation. Il n’hésite pas à  ajouter un supplément de gore dans les fusillades, sèches et sanglantes auquel le montage du maître Mark Goldblatt (Terminator, Commando) à nos yeux le meilleur monteur d’action d’Hollywood, confère un véritable impact. En conclusion malgré ses éclats de violence, ce Death Wish 2018 est un remake inutile faute d’apporter un point de vue nouveau sur cette histoire et plombé par la désertion de sa vedette complètement lessivée.

Death_wish_affiche-cliff-and-coTitre Original: DEATH WISH

Réalisé par: Eli Roth

Casting : Bruce Willis, Elisabeth Shue, Camila Morrone  …

Genre: Action

Sortie le : 9 mai 2018

Distribué par:  Paramount Pictures France

2 STARS PAS GENIAL PAS GÉNIAL

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2 réponses »

  1. (evilashymetrie) la seule crainte que j’avais autour de ce projet était sa facture dtvisuelle… Vu que Willis se compromet à cachetonner dans des dtv depuis pas mal de temps… Bon ben je ne vais pas courir le voir, celui là.

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