Critiques

BEN (Critique Saison 1) Une première saison singulière et captivante…

SYNOPSIS: Bénédicte, journaliste de faits divers, est de retour à Nantes, sa ville natale. Elle y recherche l’enfant que ses parents lui ont arraché quand elle était adolescente. Son travail la plonge au cœur de trois enquêtes passionnantes et émouvantes qui questionnent les liens familiaux. Une femme à la croisée de son histoire intime et des vérités qui se cachent au cœur des faits divers.

La fiction du service public en général et de France 2 en particulier est parvenue à créer des marques qui peu à peu sont devenues pérennes, mais que ce soit Cherif, Caïn, Candice Renoir, on constate que c’est surtout la série policière qui est toujours bien ancrée dans la mentalité française. Il faut regarder vers Dix Pour Cent, Nina ou On va s’aimer un peu beaucoup pour trouver trace de séries qui ne soient pas centrées sur la personnalité chaleureuse ou fantasque d’un flic et voir enfin une légère tendance se dégager en dehors des unitaires pour aborder d’autres professions et d’autres types de personnages. Comme si s’intéresser à d’autres métiers faisait peur à la chaine qui n’oserait s’aventurer hors de sa zone de confort qu’avec parcimonie. C’est sur ce constat désabusé quoique légèrement confiant que l’on voit arriver la première saison de Ben, nouvelle série dévolue à la case sociétale du mercredi soir. Adaptée d’un format danois intitulé Dicte, Ben s’intéresse aux enquêtes d’une journaliste de faits divers qui revient à Nantes sa ville natale. A ses reportages aux confins d’affaires familiales complexes s’entrecroisent ses rapports difficiles avec la police avec qui elle se trouve en compétition sur ses enquêtes puis un fil rouge autour de son enfant qu’on lui a arraché adolescente. Des intrigues touffues qui, si elles n’étaient pas bien menées pourraient très vite nous perdre dans leurs méandres.

Fort heureusement, Ben, écrit par Anne et Marine Rambach bénéficie de scénarios et de dialogues parfaitement exécutés. Les histoires adaptées sont prenantes et captivantes, leurs avancées inattendues et menées tambour battant et les dialogues sont d’une justesse telle qu’on y croit constamment. Évidemment la réussite du casting sert parfaitement le texte. Si Barbara Schulz est totalement convaincante et donne la pleine mesure d’un personnage qui balance entre bagout professionnel et fragilité personnelle, le duo de flics, Samir Guesmi-Sigrid Bouaziz fonctionne magnifiquement, flirtant avec la frontière ténue entre le comique de situation et le drame avec une belle virtuosité jamais prise en défaut, bien aidé encore une fois par des phrases que l’on dirait écrites pour eux. Le jeu du chat et de la souris que se livre Barbara Schulz et Samir Guesmi se révèle également extrêmement savoureux. Les jeunes comédiens Axelle Dodier et Paul Bartel sont eux aussi bluffants de naturel avec des émotions à retranscrire qui n’ont rien d’évident et ils s’en sortent avec les honneurs. Ce qui est agréable ici c’est que les seconds rôles autant que les têtes d’affiche ont des choses à défendre et que chacun fait avancer le récit à sa manière, aucun d’entre eux ne s’avérant programmatique ou fonctionnel. On saluera donc aussi la justesse de Anne Girouard et Bérénice Baoo et la présence des toujours impeccables Flore Bonaventura, Moussa Maaskri, Jean-Michel Fête et David Kammenos (même si le personnage de ce dernier semble être celui qui a le moins de grain à moudre).

Le rythme impulsé par la réalisation d’Akim Isker est également pour beaucoup dans ce sentiment d’urgence qui émane de six épisodes qui filent à toute vitesse avec une énergie et un punch saisissant. Formellement, la série bénéficie également d’un beau travail (récompensé par le Prix de la meilleure photographie au festival de Luchon 2018 pour le Directeur de la photo Philippe Piffeteau). De belles idées parsèment également l’ensemble, sur la filiation avant tout, mais aussi sur le poids des secrets de famille, la rédemption, la culpabilité, le sacerdoce du métier de journaliste et la pugnacité qu’il faut pour s’imposer en tant que femme dans un milieu encore trop macho et l’on a également beaucoup aimé la très jolie idée de faire entendre Ben lire les articles qu’elle écrit en voix off puis lorsqu’elle écrit un papier avec un de ses collègues entendre leurs deux voix qui alternent… Bref, Ben c’est de la belle ouvrage, efficace et pleine de peps mais venons-en aux (quelques) choses qui fâchent. Malgré les personnages formidables de flics et le fait que leur présence fasse sens avec la spécialité qu’exerce Ben, et bien que la série danoise était construite de la même manière on regrette un peu qu’encore plus de place n’ait été laissée au métier de journaliste pour en faire une description plus pointue. On nous rétorquera sans doute que dans une case sociétale, les faits divers doivent sont plus importants que la vulgarisation d’une profession (et que les flics à la télé ça marche toujours), mais on ne peut s’empêcher de regretter que Ben ne soit pas la véritable série sur le quatrième pouvoir, ses devoirs, ses paradoxes, ses luttes intestines et sa complexité comme avait pu l’être en son temps une série comme Reporters et comme on l’espère encore. Autre reproche, la série est composée de six épisodes de 52 minutes. Dès lors, qu’il agissent plus vraisemblablement comme des épisodes de 90 minutes découpés en deux parties, on ne peut s’empêcher de penser à une régression narrative et d’un retour à une télé de papa qui a longtemps sévi à la télévision française, fort heureusement ici absolument pas préjudiciable au rythme intrinsèque de la série. Mais cette façon de faire (que l’on a vu aussi sur L’Art du Crime) ne mérite t-elle pas une réflexion en profondeur lorsque l’on sait le temps qu’il a fallu en France pour imposer le format de 52 minutes et sa spécificité ? Ces deux légères réserves qui nous ont fait nous interroger n’empêchent pas pour autant, Ben d’être une belle réussite portée à la fois par une écriture au cordeau, une distribution qui déploie son talent avec maestria et une vérité et une profondeur qui émanent de tout cela sans que jamais le fragile équilibre qui court en filigrane ne se fissure, ce qui lui confère au final toute sa singularité. Pour une première saison c’est déjà énorme.

Crédits : France 2 / Capa Drama

 

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