Critiques

THE LOOMING TOWER (Critique Saison 1 Épisodes 1×01 – 1×02) Sans ivresse et sans déplaisir…

SYNOPSIS: The Looming Tower décrit la menace grandissante représentée par Oussama Ben Laden et Al-Qaida et offre un regard polémique sur la façon dont la rivalité entre la CIA et le FBI a pu involontairement ouvrir la voie à la tragédie du 11 septembre et à la guerre en Irak.

Avant d’être une série diffusée sur Hulu, The Looming Tower : Al-Qaeda and the Road to 9/11 est un essai écrit par Lawrence Wright en 2006, lauréat du prix Pulitzer en 2007. A la suite des attentats du 11 septembre 2001, Wright, un journaliste pour le New Yorker, décide de faire son possible pour comprendre le pourquoi du comment ayant culminé avec l’attaque terroriste étrangère la plus meurtrière que les États-Unis aient connus sur leur sol. Il lui faudra des années de travail, de fouille d’archives rigoureuses, de voyages à travers le globe et près de 600 interviews avant de publier son livre, un livre qui fait beaucoup de bruit et dont Hulu s’empresse d’acheter les droits. La plateforme de streaming américaine avait en effet bien du mal à s’imposer face à son grand rival Netflix, jusqu’à l’année dernière, quand la série ultra-politique The Handmaid’s Tale s’imposait comme LE truc à voir durant les années Trump. Et puisque les abonnés Hulu semblent apprécier les séries aux points de vue politiques, pourquoi ne pas leur offrir une œuvre dans la même lignée ? Lawrence Wright et son ami documentariste Alex Gibney sont crédités comme créateurs de la série, mais c’est Dan Futterman (Gracepoint) qui se glisse dans le rôle du showrunner et se charge de mener la barque.

Contrairement à The Handmaid’s Tale, The Looming Tower n’est pas une œuvre de fiction bâtie sur une structure narrative facilement transposable d’un milieu (le roman) à un autre (la télé). La série de voit donc forcée de danser sur le fil qui sépare la fiction de la réalité et se fixe un objectif ambitieux : rester fidèle aux faits, tout en restant divertissant. Un challenge un peu ardu sans doute, mais que nombre d’autres séries comme Unsolved ou Waco se sont empressées de relever avec brio. Malheureusement, en ce qui concerne The Looming Tower, c’est là que le bât blesse quelque peu, car si les événements réels dépeints par la série sont des mines d’or en termes de conflit, d’enjeux et de potentiel dramatique, cette “fictionnalisation” pour Hulu leur retire parfum et perspective. On peut par exemple regretter le manque de profondeur des personnages secondaires, parmi lesquels on peut compter les épouses, copines et autres partenaires de romance, qui se fondent dans le décor et n’apportent pas beaucoup, ni à l’intrigue centrale, ni aux personnages principaux, qui sont, soit dit en passant, brillamment interprétés par des acteurs de haut calibre. Ça ne gâche pas le fil de la narration en soi, mais cela maintient l’univers de la série dans un bain de superficialité, ce qui n’était sans doute pas l’intention de départ des créateurs et on ne peut s’empêcher de contempler cette occasion ratée d’étoffer un monde aussi fascinant que celui du FBI juste avant les attentats qui ont tout changé. L’esthétique de la série est très fortement inspirée par les films documentaires (ce qui tombe sous le sens quand on sait que l’épisode pilote en particulier a été réalisé par Alex Gibney (lauréat de l’Oscar du Documentaire pour Taxi to the Dark Side en 2008), mêlant images d’archives et transcriptions d’interviews aux scènes écrites pour la série, et si l’avantage est que cette décision prête un réalisme bluffant à l’action, on sent toujours un légère perte de contrôle dans les scènes plus intimes. La tension dramatique repose en effet en grande majorité sur la capacité de ces messieurs à établir leur domination dans les bureaux que Washington, à la façon des animaux qui combattent pour la position très convoitée de l’alpha, le tout à l’aide de dialogue très colorés mais sans grand fond.

Cela dit, en dépit d’un script qui a encore du chemin à faire, les acteurs font un boulot absolument incroyable, Jeff Daniels et notre Tahar Rahim national en tête, le premier dans la peau de de John O’Neill, sans doute l’homme le plus déterminé à capturer Oussama Ben Laden, et le second dans celle d’Ali Soufan, l’un des rares musulmans du bureau et protégé du premier. Les deux hommes sont extrêmement bien entourés, et entre Peter Skarsgård, qui interprète Martin Schmidt, le rival d’O’Neill, le fantastique Bill Camp totalement à l’aise dans les costumes mal coupés de Robert Chestney et Michael Stuhlbarg qui fait des étincelles dans son rôle de Richard Clarke, on peut dire que la distribution s’en tire avec tous les honneurs. Une série qui se regarde sans ivresse et sans déplaisir.

Crédits Hulu / Amazon Prime

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