Critiques

MONSTRE SACRÉ (Critique Mini-Série) Une tragédie au sens shakespearien du terme…

monstre sacré affiche cliff and co

SYNOPSIS: Accusée d’agressions sexuelles, une star de la télé voit sa vie et celle de ses proches basculer.

Pas la peine de vous inquiéter de l’état de santé de la télévision outre-Manche, les séries anglaises se portent bien et s’exportent encore mieux. Arte vient d’acquérir les droits de distribution de Monstre Sacré (National Treasure en anglais), la série sur le scandale sexuel sortie en 2016 chez nos voisins britanniques, en 2017 chez nos amis Américain, chez nous cette année, et qui résonne d’une toute autre manière dans l’ère post-Weinstein (Peut-on toujours dissocier une œuvre de son contexte ? C’est toute la question). C’est à Jack Thorne, co-scénariste du film Wonder avec Julia Roberts, que l’on doit le scénario de cette mini-série en quatre parties, réalisée par Mark Munden, un habitué du format télévisé, à qui l’on doit plusieurs épisodes de Black Sails, produite par John Chapman (Fungus the Bogeyman) et photographiée par Ole Bratt Birkeland. Pas de femmes donc parmi ceux qui décident dans l’équipe créative, un fait qui ferait certainement hausser un des parfaits sourcils de Natalie Portman et que l’on se permet de souligner ici parce qu’il est significatif d’une certaine approche de l’intrigue : ce qu’ont subi les victimes ne sont pas sans conséquence (loin de là), mais elles sont certainement de conséquence moindre.

Dans la peau de Paul Finchley, comédien cultissime accusé de viol par une demi-douzaine de femmes, on retrouve Robbie Coltrane, le Hagrid de la saga Harry Potter, qui nous offre ici une performance tout en demi-teintes, passant en un battement de cils de la vulnérabilité la plus intense, au professionnalisme compassé de l’homme qui a l’habitude des caméras et sait comment “contrôler le fil narratif” (pour reprendre une expression chère à Olivia Pope). Heureusement, d’ailleurs que Coltrane a une telle maîtrise de son visage mobile puisque la caméra passe de longues minutes à le fixer, en gros plan, et que ce genre de décision de cadrage aurait facilement pu se révéler désastreuse avec un acteur de moindre calibre. Julie Walters, (la Molly Weasley de Harry Potter pour les plus jeunes) est magistrale dans la peau de Marie, l’épouse de Paul, qui savait parfaitement que son mari était volage, mais qui n’aurait jamais pu imaginer qu’il irait jusqu’au harcèlement sexuel. Leur fille Dee (Andrea Riseborough), en cure de désintoxication et laisse planer le doute quant à la source de son addiction aux drogues, peut-être justement bien liée aux pratiques sexuelles de son père.

Monstre Sacré est une tragédie, certainement, mais une tragédie au sens shakespearien du terme, qui nous éloigne peu à peu de toute sympathie envers son protagoniste, parce que, au-delà du scandale sexuel, Monstre Sacré est avant tout fasciné par l’idée de peindre le portrait d’un homme puissant et, s’il est bien une chose que le pouvoir permet, c’est de ne pas perdre de temps à s’inquiéter de savoir comment, et à qui on a pu faire le mal autour de soi. La grande force de la série cependant, c’est sa capacité à dépasser le côté légèrement fanfaron du “ripped from the headlines” et à s’enfoncer dans la longue spirale de démarches juridiques et pénales de ce genre d’affaire, sans oublier l’aspect humain. Il serait trop facile (et franchement dommage) de réduire l’enquête centrale à une liste de chiffres (nombre de victimes, dates des agressions, etc.) et de déshumaniser complètement le propos. Heureusement, la série réussit à danser sur le fil avec beaucoup de grâce, même si elle repose sur un principe qui, dès le départ, nous demande de croire à l’innocence de Finchley pour vraiment s’investir dans son évolution et c’est beaucoup demander en ces temps de prédateurs sexuels révélés au grand jour. Cela dit, encore une fois, au-delà du scandale en lui-même, la série se penche davantage sur la personnalité de son protagoniste, et a le mérite de ne pas s’embarrasser de prétentions inutiles. Ça ne révolutionnera pas le propos, le problème, ou le principe, mais ça vaut vraiment le coup d’y jeter un coup d’œil, ne serait-ce que pour la performance étincelante de Robbie Coltrane.

Crédits: Arte

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