SYNOPSIS: Un avocat de Los Angeles doit affronter un changement majeur dans sa compagnie
Le second film de Dan Gilroy après l’excellent Night Call s’ouvre sur le gros plan d’un document juridique confus rédigé par le personnage principal, dont Denzel Washington lit le contenu en voix-off. Arborant une coupe Afro indisciplinée, une paire de lunettes datée, portant des vêtements mal ajustés et sur les oreilles des écouteurs branlants, dont on imagine qu’il les a transférés directement de son walkman mourant à son iPod il incarne Roman J. Israel un juriste obsessionnel-compulsif à la limite de l’autisme socialement inepte mais juridiquement brillant. Israël a passé 25 années dans les coulisses d’un petit cabinet d’avocats au service des opprimés de Los Angeles où il a toujours fait des recherches documentaires et construit les arguments juridiques sans jamais mettre les pieds dans une salle d’audience. Le récit revient alors trois semaines en arrière au moment décisif où sa vie et sa carrière vont basculer : le jour où son partenaire de longue date au sein du cabinet est victime d’une crise cardiaque massive qui le laisse dans un état végétatif.
George Pierce (Colin Farrell) qui dirige un grand cabinet de la ville prend le relais du mourant, qui fut son professeur de droit et estimant l’entreprise insolvable dissout le cabinet avec la ferme intention de licencier Israël. Mais quand il entrevoit ses capacités (Roman a mémorisé par exemple des pans entiers du code de procédure pénale), il décide de l’engager dans sa propre étude. Roman, qui a besoin d’argent, est forcé d’accepter l’offre de George – qui représente pourtant tout ce qu’il a longtemps méprisé dans le système de justice pénale – après avoir été refusé pour un poste de juriste dans une association de défense des droits civiques dirigée par l’idéaliste Maya Alston (Carmen Ejogo). Alors qu’il a du mal à s’adapter à son nouvel environnement professionnel, Roman entre en possession d’informations qui pourraient lui rapporter une récompense de 100 000 $. Après avoir lutté avec sa conscience (pendant deux minutes de temps à l’écran) il décide qu’après une vie de sacrifices et d’ascèse, il mérite de vivre une vie à la hauteur de ses talents. Il touche anonymement la somme et commence à la dépenser : nouveaux costumes, nouvelles chaussures et nouvel appartement haut de gamme. Il abandonne sa coupe de cheveux, adopte une vision cynique du monde – ce qui ravi George mais trouble Maya, avec qui il est resté en contact qui le vénère pour son quart de siècle d’engagement envers les opprimés et les oubliés. Mais bientôt quand son secret est dévoilé il se retrouve face à une crise de conscience qui pourrait lui coûter non seulement sa carrière mais aussi sa vie.
Pour un film de scénariste (Dan Gilroy le fut durant 22 ans avant de passer à la réalisation avec Night Call ) l’histoire est étonnamment floue et, quand elle sort d’une longue mise en place il semble que son auteur peine à décider si L’Affaire Roman J. est une comédie-dramatique ou un thriller juridique, les éléments de thriller reposant sur une série d’artifices difficiles à avaler. Bien qu’il soit toujours bon pour un personnage d’être ambigu, c’est un problème quand le scénario ne sait pas quoi penser de lui. Parfois, Gilroy semble vouloir nous faire sympathiser avec Roman, tandis qu’en d’autres occasions il semble traiter sa naïveté avec mépris. Il n’exploite pas assez la dynamique entre Roman et George – un peu de Roman semblant déteindre sur George, et vice versa- qui apparaît vite comme le point fort de son film d’autant que Washington et Farrell sont électriques dans leurs scènes communes. Cette dynamique semble constituer la trame centrale de L’Affaire Roman J. – jusqu’à ce que ce ne soit soudainement plus le cas… Plus problématique encore la décision prise par Roman, qui contredit à peu près tout ce qu’il a toujours défendu et déclenche une série d’événements qui mettent des vies en danger poussant encore plus loin les limites de la crédibilité. Quelques bonnes idées subsistent néanmoins, lorsque par exemple Roman lors d’une réunion sur les droits civiques, prend conscience que des problèmes tels que le sexisme sous-explorés dans sa jeunesse radicale, sont maintenant au centre du mouvement social. La fin du film est censée offrir un sentiment de clôture, mais ne fait qu’ajouter à la frustration face à un récit qui ne semble pas savoir quel message il veut véhiculer et la manière de le faire.
Si le scénariste-réalisateur Dan Gilroy ne sait pas trop où emmener le personnage, Denzel Washington donne son meilleur pour incarner cet avocat excentrique, en conflit moral contre la société et lui-même. C’est surtout grâce à son jeu, -il lui donne de petits tics et maniérismes sans tomber dans la performance trop voyante-, que nous nous attachons au personnage qu’il semble mieux connaitre que Gilroy lui-même. A l’image de Washington, les autres comédiens sont très bons même si, tout comme lui, ils sont obligés d’apporter des dimensions à leur personnages que le script ne leur donne pas. Ainsi Colin Farrell, confère à son requin du barreau une vraie complexité même si son évolution ressemble plus à une construction scénaristique qu’à l’évolution organique de sa personnalité. Carmen Ejogo est la moins bien servie, Maya apparaît comme la conscience de Roman plus que comme une vraie personne alors que sa relation avec lui n’est jamais vraiment définie. Comme dans Night Call , le réalisateur et son directeur de la photo Robert Elswit (There Will Be Blood, les films de Tony Gilroy : Michael Clayton, Duplicity et Jason Bourne L’Héritage) ont un sens aigu de Los Angeles, et parviennent à montrer un côté différent de la ville par rapport à ce qu’on voit généralement à l’écran. Mais cette mise en image élégante et les bonnes performances de Denzel Washington, Colin Farrell et Carmen Ejogo sont finalement perdues dans le brouillard d’une intrigue déroutante, chaotique et parfois invraisemblable qui font malgré ces qualités de L’Affaire Roman J. une déception après le prometteur Night Call .
Titre Original: ROMAN J.ISRAEL Esq.
Réalisé par: DAN GILROY
Casting: Denzel Washington, Carmen Ejogo, Colin Farrell
Genre: Thriller, Drame, Judiciaire
Sortie le: 14 mars 2018
Distribué par: Sony Pictures Releasing France
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Catégories :Critiques Cinéma