Critiques Cinéma

LADY BIRD (Critique)

lady bird affiche cliff and co

SYNOPSIS: Christine « Lady Bird » McPherson se bat désespérément pour ne pas ressembler à sa mère, aimante mais butée et au fort caractère, qui travaille sans relâche en tant qu’infirmière pour garder sa famille à flot après que le père de Lady Bird a perdu son emploi.  

En faisant un raccourci de la carrière de Greta Gerwig on pourrait dire qu’elle a débuté dans des films appartenant au mouvement mumblecore (du cinéma indépendant à très faible budget dont les films sont principalement tournés en numérique et dont les frères Duplass ou Joe Swanberg par exemple sont des représentants émérites) puis qu’elle a été cataloguée comme l’égérie de Noah Baumbach qui l’a dirigée dans Greenberg, Frances Ha et Mistress America. Mais ce serait allé un peu vite en besogne et oublier que la jeune artiste est aussi scénariste, productrice et qu’elle a joué entre autres devant la caméra de Woody Allen (To Rome with Love) Barry Levinson (The Humbling), Todd Solondz (Le Teckel), Pablo Larrain (Jackie)… Dix ans après Nights and Weekends coréalisé avec Joe Swanberg, Greta Gerwig se jette dans le grand bain de la mise en scène en solo avec Lady Bird, un film, qui sous ses atours de comédie dramatique sur les affres de l’adolescence, révèle au fur et à mesure un potentiel et une densité qui le font basculer dans la catégorie supérieure de celle où l’on s’apprêtait à l’y ranger. Car force est de constater que Lady Bird est bien plus que ce qu’il semble être, un film protéiforme qui passe par différentes étapes, de la teenage comedy sensible et délicate avec ses passages imposés jusqu’à devenir un récit subtil sur la puissance des racines par rapport au miroir aux alouettes, en même temps qu’un portrait assez juste de la classe moyenne américaine.

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Situé en 2002, Lady Bird raconte le parcours d’une jeune fille de 17 ans en pleine révolte adolescente et qui rêve de s’extraire de sa condition et de sa ville natale -Sacramento- pour échapper à un destin similaire à celui de sa mère et qui ne souhaite qu’une chose, rejoindre une grande métropole lui apparaissant comme le Graal. Alors qu’elle s’apprête à entrer à l’université, que son père vient d’être licencié et que sa mère essaye de maintenir à flots avec une poigne de fer une famille aux moyens limités, celle qui cherche à se singulariser en se faisant appeler Lady Bird en tentant de montrer ses différences dans un lycée et une ville où elle est anonyme et fondue dans la masse, va connaitre une véritable crise d’adolescence avec des répercussions intimes qui vont la faire grandir et devenir adulte. Le film, s’il est d’une pertinence et d’une justesse savoureuse, entre drôlerie décalée et émotion diffuse, prend son temps pour déployer sa vraie nature, et la première heure, pleine de charme, bien qu’elle pétille et nous embarque dans un récit délicieux, reste pourtant circonscrit à une trame très classique. Si le plaisir que l’on y prend n’est pas à remettre en question une seule seconde, il faut attendre une scène à priori anodine pour que le film ne bascule émotionnellement et nous fasse instantanément lever toutes nos réserves, dévoilant la nature profonde d’une écriture en trompe-l’œil qu’il faut laisser infuser.

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Paradoxalement, alors qu’il se déroule au début des années 2000, Lady Bird est un film extrêmement moderne, racontant beaucoup de choses sur la jeunesse, l’atavisme familial, les premiers émois sentimentaux, le trouble d’une période où les sentiments sont exacerbés, où le plus petit épiphénomène prend des proportions exagérées et où l’exaltation est souvent une seconde nature. Évidemment si nombreux des passages obligés du teen movie nous placent en terrain familier, Greta Gerwig apporte son écot au genre en le transcendant grâce à des personnages magnifiquement écrits, au-delà de l’héroïne elle-même. Que ce soit sa meilleure amie, ses deux prétendants (avec qui elle vit ses premières déconvenues alors qu’elle rêve d’absolu), tous les membres de sa famille, chacun apporte à l’ensemble une véritable puissance qui décuple la simplicité apparente des situations. On pense ainsi forcément à certains des meilleurs films du genre, qui se sont toujours singularisés par des seconds rôles marquants qui amenaient le personnage principal à se révéler (Breakfast Club et La Folle Journée de Ferris Bueller de John Hughes (1985, 1986), Pump up the volume d’Allan Moyle (1990), Le Monde de Charlie de Stephen Chbosky (2013), The Edge of Seventeen de Kelly Fremon Craig (2016)). Tout cela donne au film ce parfum connu mais tellement envoûtant qu’il vous enveloppe de son essence, aidé en cela par une réalisation pudique, peu démonstrative mais entièrement au service du propos. Par ailleurs,  formellement le film bénéficie d’une photo superbe de Sam Levy et de très jolis plans, Greta Gerwig faisant preuve d’un vrai sens de l’image, qui plus est enjolivés par une très belle BO.

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Si Lady Bird sonne si juste c’est que l’on sent que la réalisatrice a mis beaucoup d’elle même dans ce récit et le film en devient naturaliste en laissant transparaitre une sincérité qui traverse l’écran. Toute la distribution (Tracy Letts, Beanie Feldstein, Timothée Chalamet qui confirme une présence magnétique ou Lucas Hedges la pertinence de ses choix (Manchester by the sea, 3 billboards) apporte ce petit plus qui fait toute la différence et le prix d’une œuvre qui devient même sans crier gare absolument bouleversante grâce à deux comédiennes sensationnelles qui semblent être le cœur battant de ce film. On finit en effet par être convaincu qu’il raconte aussi une magnifique histoire d’amour pleine de non dits entre une mère et sa fille : Saoirse Ronan, solaire et magnétique offre une performance incroyable qui mériterait tout un flot de superlatifs. Face à elle, Laurie Metcalf déploie une palette d’émotions saisissante. Leurs interactions entre tendresse et querelles récurrentes sont magnifiques d’authenticité. Nous interrogeant au final pour savoir si l’essentiel n’est pas là où on pense pouvoir le trouver mais dans nos racines et notre famille, Greta Gerwig capte les interstices des mouvements du cœur et raconte en creux la relation entre une mère et sa fille, sublimes Saoirse Ronan et Laurie Metcalf.

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Titre Original: LADY BIRD

Réalisé par: Greta Gerwig

Casting : Saoirse Ronan, Laurie Metcalf, Tracy Letts…

Genre: Drame, Comédie

Sortie le: 28 février 2018

Distribué par: Universal Pictures International France

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